Maroc 2026 : quand l’énergie et la géopolitique dictent les choix économiques
Le Maroc face à une équation complexe : sécuriser ses approvisionnements énergétiques tout en navigant entre les tensions régionales et les pressions internationales.
Le Maroc dans l’étau de la crise énergétique mondiale
La réunion de l’ECOSOC à New York a sonné comme un avertissement. Les Nations Unies ne parlent plus de "risque" mais de "crise immédiate" : les perturbations des corridors commerciaux et des approvisionnements énergétiques font flamber les coûts, étouffent les pays en développement et menacent la stabilité économique du Maroc. Le président de l’ECOSOC, Lok Bahadur Thapa, a été clair : "C’est un défi de développement, pas seulement énergétique." Pour Rabat, cette crise tombe au pire moment.
Le Royaume dépend encore à 90 % des importations pour son énergie, malgré les progrès des énergies renouvelables. Les prix de l’électricité et des carburants ont déjà augmenté de 15 % depuis janvier 2026, et la tendance ne faiblit pas. Pire : les tensions au Moyen-Orient, notamment autour du détroit d’Ormuz, pourraient faire exploser les coûts du transport maritime. Un cargo qui met deux semaines de plus pour livrer du gaz ou du pétrole, c’est une facture qui grimpe de 30 %. Et cette hausse se répercute directement sur les prix des denrées alimentaires, déjà sous pression à cause des sécheresses répétées.
La FAO a tiré la sonnette d’alarme : 32 millions de personnes supplémentaires pourraient basculer dans l’insécurité alimentaire en 2026. Le Maroc, avec ses 37 millions d’habitants, n’est pas épargné. Les ménages marocains consacrent déjà 40 % de leur budget à l’alimentation. Une nouvelle hausse des prix pourrait déclencher des mouvements sociaux, comme ceux de 2022, quand les manifestations contre la vie chère avaient secoué plusieurs villes.
Détroit d’Ormuz : l’abstention algérienne, un signal qui dérange
L’Algérie a choisi de s’abstenir lors du vote à l’ONU sur la protection de la liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz. Une décision qui a surpris, voire choqué, dans les capitales arabes et occidentales. Pourquoi cette abstention ? Officiellement, Alger invoque sa "neutralité" dans les conflits régionaux. Mais sur le terrain, cette position relance les spéculations sur un rapprochement avec l’Iran – ou du moins, une volonté de ne pas froisser Téhéran.
Pour le Maroc, cette abstention est un mauvais signal. Le détroit d’Ormuz est un passage stratégique pour les exportations marocaines vers l’Asie, notamment les phosphates et les produits agricoles. Une fermeture, même partielle, du détroit aurait des conséquences désastreuses. Les assurances maritimes ont déjà augmenté leurs tarifs de 20 % depuis le début de l’année, et les armateurs hésitent à emprunter cette route.
Mais au-delà des aspects économiques, cette abstention algérienne pose une question plus large : où se situe le Maroc dans les équilibres géopolitiques régionaux ? Rabat a toujours joué la carte de l’alliance avec les États-Unis et l’Europe, notamment sur les questions de sécurité maritime. L’abstention d’Alger pourrait être interprétée comme une volonté de saper cette stratégie, ou du moins, de rappeler que le Maghreb n’est pas un bloc uni.
Le ministère des Affaires étrangères marocain n’a pas encore réagi officiellement. Mais dans les couloirs de Rabat, on murmure que cette abstention pourrait compliquer les négociations en cours avec l’UE sur les accords commerciaux. Bruxelles, déjà sous pression pour sécuriser ses approvisionnements énergétiques, pourrait exiger des garanties supplémentaires de la part du Maroc.
Souveraineté énergétique : le Maroc peut-il échapper à la dépendance ?
Face à cette crise, le Maroc mise sur deux leviers : les énergies renouvelables et les partenariats stratégiques. Le Royaume a accéléré ses projets solaires et éoliens, avec l’objectif de porter la part des énergies vertes à 52 % de son mix énergétique d’ici 2030. Mais ces projets prennent du temps, et la crise actuelle exige des solutions immédiates.
Rabat a donc renforcé ses discussions avec des pays comme le Nigeria et le Sénégal pour sécuriser des approvisionnements en gaz. Le Maroc négocie également avec l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis pour des livraisons de pétrole à des tarifs préférentiels. Mais ces partenariats ont un coût : ils lient le Maroc à des régimes dont les intérêts ne coïncident pas toujours avec ceux de l’Europe ou des États-Unis.
Autre piste : le nucléaire. Le Maroc a signé en 2025 un accord avec la France pour étudier la faisabilité d’une centrale nucléaire. Mais ce projet, s’il se concrétise, ne verra pas le jour avant 2035. Trop tard pour répondre à la crise actuelle.
La dépendance énergétique du Maroc n’est pas seulement une question économique. C’est une question de souveraineté. Tant que le Royaume dépendra des importations pour son énergie, il restera vulnérable aux chocs géopolitiques. Et dans un monde où les tensions régionales s’exacerbent, cette vulnérabilité pourrait coûter cher.
Ce qu’il faut retenir
- La crise énergétique mondiale frappe le Maroc de plein fouet : les perturbations des approvisionnements et les tensions au Moyen-Orient font flamber les coûts, menaçant la stabilité économique et sociale du pays.
- L’abstention algérienne à l’ONU sur le détroit d’Ormuz est un signal inquiétant : elle relance les spéculations sur un rapprochement avec l’Iran et pourrait compliquer les relations du Maroc avec l’UE et les États-Unis.
- Le Maroc mise sur les énergies renouvelables et les partenariats stratégiques pour réduire sa dépendance, mais ces solutions ne porteront leurs fruits qu’à moyen terme. En attendant, le Royaume reste vulnérable.
- La souveraineté énergétique est un enjeu clé pour le Maroc : sans elle, le pays restera à la merci des chocs géopolitiques et économiques. Mais les solutions existent-elles vraiment ?