Acier, tourisme, CAN U17 : le Maroc économique en équilibre sous 45°C

Le Maroc confirme sa place de 5e producteur d'acier arabe et bat des records touristiques, mais la chaleur et les fractures sociales testent sa résilience économique.

Acier, tourisme, CAN U17 : le Maroc économique en équilibre sous 45°C
Photo de Shai Pal sur Unsplash

Quand l’acier marocain défie les géants arabes

Le Maroc produit 3,32 millions de tonnes d’acier par an, intégralement via des fours à arc électrique. Un chiffre qui le place cinquième producteur du monde arabe, derrière l’Égypte et l’Arabie saoudite, mais devant des économies bien plus peuplées comme l’Algérie ou les Émirats. Selon l’Energy Research Unit, cette performance repose sur une technologie moins dépendante du charbon – un atout alors que la transition énergétique s’accélère.

Pourtant, cette souveraineté industrielle a un goût amer. Le Royaume reste un importateur net d’acier, dépendant des marchés internationaux pour ses besoins en infrastructures et en automobile. La filière locale, concentrée autour de complexes comme celui de Jorf Lasfar, peine à couvrir la demande intérieure, notamment pour les projets pharaoniques comme la LGV ou les stades de la Coupe du Monde 2026. Résultat : les prix fluctuent au gré des tensions géopolitiques, et les marges des industriels marocains se réduisent comme peau de chagrin.

La Banque africaine de développement (BAD) vient de sacrer le Maroc "première puissance industrielle du continent". Un titre flatteur, mais qui sonne comme un rappel à l’ordre : comment concilier cette reconnaissance avec une balance commerciale déficitaire et une dépendance aux importations de matières premières ?


Marrakech, aéroport millionnaire : le tourisme résiste, mais à quel prix ?

Un million de passagers en avril. 3,8 millions sur les quatre premiers mois de 2026. Marrakech-Menara pulvérise ses records, avec une hausse de 8,4 % sur un an. L’aéroport est devenu le poumon économique de la ville ocre, et par ricochet, du Royaume. Les liaisons Paris-Marrakech et Paris-Casablanca sont désormais parmi les plus fréquentées au monde, avec un avion toutes les quelques heures.

Mais derrière ces chiffres se cache une réalité moins reluisante. Le tourisme marocain reste dépendant d’une poignée de marchés : la France, l’Espagne et le Royaume-Uni représentent à eux seuls 60 % des arrivées. Une fragilité exposée lors des crises géopolitiques ou sanitaires passées. Et si les touristes affluent, les retombées locales sont inégalement réparties. À Marrakech, les faux gardiens de parking – récemment arrêtés par centaines – symbolisent cette économie informelle qui prospère à l’ombre des palaces et des riads luxueux.

L’Office national des aéroports (ONDA) se félicite de ces performances. Mais dans un pays où les températures dépassent les 45°C et où les fractures sociales s’aggravent, le tourisme de masse est-il encore un modèle durable ? Ou simplement un pansement sur une économie en surchauffe ?


CAN U17 : le football marocain, miroir des contradictions nationales

Ce lundi 1er juin, le Maroc affronte l’Égypte pour la troisième place de la CAN U17. Une revanche après leur précédente confrontation, remportée par les Lions de l’Atlas. Sur le papier, c’est une belle histoire : une jeune génération qui défie les géants du continent.

Mais derrière le sport se jouent des enjeux bien plus lourds. Le football marocain, malgré ses exploits récents (demi-finale de la Coupe du Monde 2022, finale de la CAN 2023), reste miné par des fractures structurelles. Les infrastructures sont inégales, la formation des jeunes talents dépend souvent de clubs privés, et les scandales de gouvernance éclatent régulièrement.

Pire : alors que le Maroc se prépare pour le Mondial 2026, les problèmes logistiques s’accumulent. La sélection sud-africaine, elle, a vu son départ pour le Mexique retardé par des problèmes de visas. Un détail ? Pas vraiment. Dans un pays où le sport est censé incarner l’unité nationale, ces dysfonctionnements révèlent une administration en retard sur ses ambitions.


Ce qu’il faut retenir : une économie sous tension, mais qui résiste

Le Maroc de juin 2026 est un pays de contrastes. D’un côté, une industrie acier qui se modernise, un tourisme qui bat des records, et un football qui fait rêver. De l’autre, une chaleur étouffante, des fractures sociales béantes, et une dépendance économique qui persiste.

La Banque africaine de développement a raison sur un point : le Maroc a les moyens de ses ambitions. Mais à quel prix ? Les records touristiques et industriels ne suffiront pas à masquer les inégalités, ni à préparer le pays aux chocs climatiques et géopolitiques à venir. La souveraineté, qu’elle soit industrielle, alimentaire ou sportive, ne se décrète pas. Elle se construit, jour après jour, loin des communiqués triomphalistes.