Mondial 2026 : le Maroc a tenu, mais le football marocain doit grandir

Le Maroc a surpris en tenant tête au Brésil (1-1) au Mondial 2026. Mais derrière ce résultat, les limites du football marocain resurgissent : dépendance aux talents formés à l'étranger, crise des infrastructures locales et gouvernance opaque.

Mondial 2026 : le Maroc a tenu, mais le football marocain doit grandir
Photo de Michael Lee sur Unsplash

Le Maroc a fait mieux que résister face au Brésil. Il a dominé, bousculé, et surtout, il a cru. Ce 1-1 arraché samedi soir au MetLife Stadium n’est pas un exploit isolé – c’est la preuve que les Lions de l’Atlas peuvent jouer les trouble-fêtes dans ce Mondial 2026. Mais attention : ce match nul cache mal les failles d’un football marocain qui reste prisonnier de ses propres contradictions.

Un résultat qui flatte, des limites qui inquiètent

Ismael Saibari a ouvert le score d’une frappe précise, et pendant près d’une heure, le Maroc a fait jeu égal avec la Seleção. Les Brésiliens, eux, ont semblé désorientés par cette équipe marocaine plus organisée, plus combative que prévu. Pourtant, à y regarder de plus près, ce match a révélé deux réalités qui devraient alerter.

D’abord, la dépendance aux talents formés à l’étranger. Sur les onze titulaires alignés contre le Brésil, sept évoluent dans des clubs européens. Saibari (PSV Eindhoven), Achraf Hakimi (PSG), Azzedine Ounahi (Olympique de Marseille)… Ces joueurs, formés hors des frontières, sont aujourd’hui le socle de l’équipe nationale. Le problème ? Le Maroc ne produit plus assez de joueurs capables de rivaliser avec les grandes nations. La Botola, malgré ses efforts, reste un championnat de second plan, incapable de retenir ses meilleurs éléments. Résultat : la FRMF mise tout sur une diaspora qui, un jour, pourrait se lasser de porter le maillot national.

Ensuite, l’absence de jeu collectif. Le Maroc a dominé en première mi-temps, mais son football reste trop dépendant des individualités. Les passes étaient souvent approximatives, les transitions défensives chaotiques. Contre une équipe brésilienne en reconstruction, cela a suffi. Mais face à des nations plus organisées – l’Espagne, l’Allemagne, ou même le Japon –, cette faiblesse pourrait coûter cher.

La FRMF, entre ambitions et opacité

Derrière ce match se cache une autre question, plus politique : celle de la gouvernance du football marocain. La Fédération royale marocaine de football (FRMF), dirigée par Fouzi Lekjaa depuis 2014, a fait du Maroc une puissance continentale. Organisation de la CAN 2018, qualification historique en demi-finales de la Coupe du Monde 2022, lancement d’un championnat féminin en plein essor… Les succès sont réels.

Mais l’opacité reste la règle. La FRMF refuse toujours de publier ses comptes détaillés, malgré les demandes répétées des médias. Les contrats des sponsors, les salaires des dirigeants, les budgets alloués aux clubs locaux… Tout reste flou. Pire : les clubs marocains étouffent sous les dettes. Le Wydad AC et le Raja Casablanca, les deux géants du pays, sont en crise financière chronique, avec des dettes estimées à plusieurs centaines de millions de dirhams. Comment, dans ces conditions, espérer construire un football compétitif sur le long terme ?

Lekjaa a annoncé récemment que le Maroc ne se porterait plus candidat pour organiser les compétitions africaines de jeunes. Une décision présentée comme un acte de solidarité envers les autres nations du continent. En réalité, c’est un aveu d’échec. Le Maroc a longtemps joué les pompiers du football africain, organisant des tournois que personne ne voulait accueillir. Mais aujourd’hui, avec l’ambition d’un Mondial 2030 co-organisé avec l’Espagne et le Portugal, le pays ne peut plus se permettre de gaspiller ses ressources dans des compétitions mineures.

Le Mondial 2026, un test grandeur nature

Ce Mondial 2026 est une opportunité unique pour le football marocain. Mais il pourrait aussi être un miroir grossissant de ses faiblesses.

  • Les infrastructures : Les stades marocains, rénovés pour la CAN 2025, sont-ils à la hauteur ? Le complexe Mohammed V de Casablanca, qui doit accueillir des matchs du Mondial 2030, est toujours en travaux. Et que dire des terrains d’entraînement, souvent vétustes en dehors des grandes villes ?
  • La formation : Le Maroc a produit des talents comme Hakimi ou Ounahi, mais le vivier s’épuise. Les centres de formation locaux manquent de moyens, et les jeunes joueurs préfèrent souvent partir très tôt en Europe, où les conditions sont meilleures.
  • La gestion des talents : Les joueurs marocains évoluant à l’étranger sont de plus en plus sollicités par leurs clubs pour limiter les déplacements en sélection. Combien de temps encore Hakimi ou Ziyech accepteront-ils de faire des milliers de kilomètres pour des matchs amicaux ?

Ce qu’il faut retenir

Le Maroc a tenu tête au Brésil. C’est une performance, mais ce n’est pas une révolution. Pour espérer aller loin dans ce Mondial, et surtout pour préparer 2030, le football marocain doit cesser de vivre sur ses acquis.

  • Il faut investir dans la formation, pas seulement dans les stars de l’équipe nationale.
  • Il faut assainir la gestion des clubs, pour éviter que le Wydad et le Raja ne sombrent dans le chaos financier.
  • Il faut plus de transparence à la FRMF, parce qu’un football fort a besoin de confiance, pas de secrets.

Le Brésil était un bon test. Les prochains matchs seront cruels. Le Maroc a montré qu’il pouvait surprendre. Mais pour durer, il doit grandir. Et vite.