Géopolitique : le Maroc face aux défis africains et aux ambitions chinoises
Entre l'émergence de la Chine à l'OMS, les transferts d'entraîneurs marocains vers l'Arabie saoudite et les tensions régionales, le Maroc navigue dans un paysage géopolitique en mutation.
La Chine brigue la direction de l’OMS : un défi pour le Maroc ?
La candidature chinoise à la tête de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) marque un tournant dans les équilibres géopolitiques de la santé mondiale. Pékin a officiellement présenté le Dr Song Li, une figure du système sanitaire chinois, pour succéder à Tedros Adhanom Ghebreyesus, dont le mandat s’achève en août 2027. Cette initiative, présentée comme un engagement en faveur du multilatéralisme, intervient dans un contexte où les institutions onusiennes sont de plus en plus contestées, notamment par les puissances occidentales.
Pour le Maroc, cette candidature soulève des questions stratégiques. Rabat entretient des relations étroites avec la Chine, notamment dans les domaines économique et infrastructurel, mais aussi avec les partenaires traditionnels comme l’Union européenne et les États-Unis, qui pourraient voir d’un mauvais œil une influence accrue de Pékin dans les instances sanitaires internationales. Le royaume, qui a joué un rôle actif dans la gestion de la pandémie de Covid-19 et dans la promotion de l’accès aux vaccins en Afrique, pourrait se retrouver dans une position délicate : soutenir une candidature chinoise, au risque de froisser ses alliés occidentaux, ou adopter une neutralité prudente, qui pourrait être interprétée comme un manque de soutien à un partenaire clé.
L’enjeu dépasse le simple cadre de l’OMS. La santé est devenue un terrain de rivalité géopolitique, où se jouent des questions de souveraineté, d’influence et de normes internationales. Le Maroc, qui a fait de la coopération Sud-Sud un pilier de sa diplomatie, devra naviguer avec habileté entre ces tensions pour préserver ses intérêts.
Jamal Sellami en Arabie saoudite : le football marocain à l’épreuve des ambitions saoudiennes
L’annonce du recrutement de Jamal Sellami par le club saoudien Al-Fateh marque une nouvelle étape dans l’expansion du football marocain au-delà de ses frontières. L’entraîneur, connu pour son parcours au sein des Lions de l’Atlas et son expérience en Botola Pro, rejoint ainsi une ligue saoudienne en pleine transformation, où les investissements massifs attirent de plus en plus de talents africains et européens.
Ce transfert s’inscrit dans une dynamique plus large : celle de l’Arabie saoudite, qui utilise le sport comme levier d’influence régionale et internationale. Le royaume, qui a déjà recruté des stars mondiales comme Cristiano Ronaldo ou Karim Benzema, cherche désormais à s’imposer comme une destination privilégiée pour les entraîneurs et les joueurs africains. Pour le Maroc, cette tendance présente à la fois des opportunités et des défis. D’un côté, elle offre une vitrine supplémentaire aux techniciens marocains, qui peuvent ainsi acquérir une expérience internationale précieuse. De l’autre, elle risque d’accélérer la fuite des talents, déjà perceptible avec le départ de joueurs comme Yassir Zabiri vers l’Europe ou l’Asie.
Le cas de Sellami illustre aussi une réalité plus large : celle d’un football africain de plus en plus courtisé par les pétromonarchies du Golfe, qui voient dans le continent un réservoir de talents et un marché en pleine expansion. Pour le Maroc, qui ambitionne de devenir une puissance footballistique continentale, cette concurrence pourrait compliquer ses projets, notamment en matière de formation et de rétention des talents.
L’Afrique du Sud en crise : un avertissement pour le Maroc ?
La déroute de l’ANC en Afrique du Sud, marquée par des dysfonctionnements internes et une perte de confiance des électeurs, offre un miroir inquiétant pour les partis politiques africains, y compris au Maroc. Le parti historique de Nelson Mandela, au pouvoir depuis la fin de l’apartheid, traverse une crise profonde, symbolisée par l’échec de l’enregistrement de dizaines de candidats aux élections municipales du 4 novembre. Ces couacs, révélateurs de tensions internes et d’un manque de cohésion, ont été largement commentés par la presse internationale, qui y voit les signes d’un mouvement en pleine déliquescence.
Pour le Maroc, cette situation doit servir de rappel. Le royaume, qui a connu une alternance politique pacifique lors des dernières élections législatives, n’est pas à l’abri de telles fractures. Les partis marocains, qu’ils soient au pouvoir ou dans l’opposition, sont confrontés à des défis similaires : renouvellement des élites, transparence, et capacité à répondre aux attentes d’une population de plus en plus exigeante. La crise sud-africaine souligne aussi l’importance de la stabilité institutionnelle, un atout que le Maroc a su préserver jusqu’ici, mais qui ne doit pas être tenu pour acquis.
Dans un contexte régional marqué par des tensions géopolitiques et des défis économiques, la solidité des institutions politiques marocaines sera un facteur clé pour maintenir la confiance des citoyens et des partenaires internationaux.
Ce qu’il faut retenir
Le Maroc se trouve aujourd’hui à la croisée de plusieurs dynamiques géopolitiques. La candidature chinoise à la tête de l’OMS rappelle que les institutions internationales sont devenues des arènes de rivalité entre grandes puissances, où Rabat doit défendre ses intérêts sans s’aliéner ses partenaires traditionnels. Dans le domaine du football, l’attractivité croissante de l’Arabie saoudite pour les talents marocains pose la question de la capacité du royaume à conserver son vivier de joueurs et d’entraîneurs, essentiels à son ambition sportive. Enfin, la crise de l’ANC en Afrique du Sud rappelle que la stabilité politique, si elle est un atout majeur pour le Maroc, ne doit jamais être considérée comme acquise.
Dans les semaines à venir, ces enjeux pourraient se cristalliser autour de plusieurs rendez-vous : les négociations sur la succession à l’OMS, les prochaines échéances sportives africaines, et les préparatifs pour les prochaines élections locales au Maroc. Autant de dossiers qui exigeront de la diplomatie marocaine une approche à la fois ferme et pragmatique.