Macron-Saadé : quand l'État et l'armateur s'échangent des faveurs sous les radars
Rodolphe Saadé et Emmanuel Macron entretiennent une relation opaque où intérêts privés et publics s'entremêlent. Enquête sur un système où l'État subventionne et le patron de CMA CGM soutient.
La France de 2026 est un pays où les frontières entre l’État et le capital s’effritent à vue d’œil. Ce lundi, deux histoires le rappellent avec une brutalité rare : d’un côté, un armateur marseillais qui reçoit des centaines de millions d’euros de fonds publics tout en licenciant à tour de bras ; de l’autre, un président qui cultive une relation trouble avec ce même patron, au point de transformer l’action publique en outil de promotion privée. La démocratie française n’est plus en crise – elle est en négociation permanente.
Macron et Saadé : le deal qui sent le piston d’État
Rodolphe Saadé, PDG de CMA CGM, et Emmanuel Macron entretiennent une relation que ni l’un ni l’autre ne cherchent à rendre transparente. Officiellement, il s’agit d’un partenariat public-privé pour la transition écologique du transport maritime. Officieusement, les observateurs parlent d’un système de faveurs croisées où l’État finance et le patron soutient.
Le dernier épisode en date ? L’inauguration, le 8 mai, du centre Tangram à Marseille, un complexe de formation dédié aux "métiers durables" de la logistique. Coût pour CMA CGM : inconnu. Coût pour l’État : plusieurs millions d’euros de subventions, selon des sources internes citées par Le Monde. En échange, Macron obtient une vitrine médiatique pour son plan "France 2030", tandis que Saadé renforce son image d’entrepreneur vert – un argument utile quand on sait que CMA CGM est l’un des plus gros pollueurs maritimes au monde.
Mais le vrai scandale se cache ailleurs. Depuis 2022, l’État a injecté plus de 500 millions d’euros dans des projets liés à CMA CGM, via des dispositifs comme le Programme d’investissements d’avenir (PIA) ou des aides régionales. En parallèle, Saadé a multiplié les prises de position en faveur de la politique économique de Macron, allant jusqu’à qualifier le président de "visionnaire" lors d’un dîner privé en 2024. Coïncidence ? Les deux hommes partagent surtout une vision commune : celle d’un État qui doit servir les champions nationaux, quitte à fermer les yeux sur leurs dérives.
Car CMA CGM n’est pas un modèle de vertu sociale. En 2025, le groupe a supprimé 1 200 emplois en France, tout en externalisant une partie de sa logistique vers des pays à bas coûts. Pire : selon des documents internes obtenus par Mediapart, l’entreprise aurait utilisé des sociétés écrans pour contourner le droit du travail français, notamment dans ses entrepôts de Fos-sur-Mer. Des pratiques que l’État, pourtant actionnaire indirect via la Banque publique d’investissement (BPI), n’a jamais sanctionnées.
La question n’est plus de savoir si cette relation est malsaine – elle l’est. La vraie question, c’est : jusqu’où ira cette collusion ? Avec une présidentielle en 2027 et Saadé qui rêve de jouer un rôle politique (il a été cité comme possible ministre de l’Économie dans un gouvernement d’union nationale), les paris sont ouverts.
Symbio : l’hydrogène français, ou comment brûler 350 millions d’euros en deux ans
L’histoire de Symbio, la pépite française de l’hydrogène, est un cas d’école de l’échec de la politique industrielle macroniste. En deux ans, l’entreprise a brûlé 350 millions d’euros de fonds publics, licencié 70 % de ses salariés, et laissé derrière elle un champ de ruines – le tout avec la bénédiction de l’État.
Symbio, coentreprise entre Michelin et Faurecia (groupe Stellantis), était censée incarner la révolution de l’hydrogène en France. Soutenue à coups de subventions européennes (312 millions d’euros via le programme PIIEC) et de prêts garantis par l’État, l’entreprise promettait de créer 1 000 emplois et de devenir un leader mondial. Résultat ? En 2026, elle n’emploie plus que 300 personnes, et son usine de Saint-Fons (Rhône) tourne au ralenti.
Pourquoi un tel fiasco ? D’abord, parce que l’hydrogène n’est pas rentable. Malgré les milliards d’euros de subventions, le coût de production reste prohibitif, et les infrastructures manquent cruellement. Ensuite, parce que Symbio a été victime de mauvais choix stratégiques : l’entreprise a misé sur des technologies immatures, comme les piles à combustible pour camions, alors que le marché privilégie encore les véhicules électriques.
Mais le plus choquant, c’est l’absence de contrôle. Comment l’État a-t-il pu laisser une entreprise engloutir autant d’argent public sans exiger de résultats ? La réponse tient en un mot : clientélisme. Symbio était une vitrine du plan "France 2030", et personne, ni à Bercy ni à l’Élysée, n’avait intérêt à ce que l’échec éclate au grand jour.
Aujourd’hui, les salariés licenciés manifestent devant l’usine, les syndicats parlent de "hold-up social", et les contribuables se demandent où sont passés leurs impôts. Pendant ce temps, à Paris, on prépare déjà la prochaine pépite… qui finira probablement comme Symbio.
Wembanyama exclu, Deschamps en légende : le sport français à l’épreuve de ses mythes
Le sport français aime se raconter des histoires. Celle de Victor Wembanyama, prodige intouchable, en est une. Celle de Didier Deschamps, entraîneur mythique, en est une autre. Dimanche, ces deux récits ont pris un coup dans l’aile.
Wembanyama, exclu pour un coup de coude lors du match des Spurs contre les Timberwolves, a rappelé que même les génies ont leurs limites. La faute, grossière, a coûté cher à son équipe (défaite 109-102), et la NBA va devoir trancher : suspension ou simple rappel à l’ordre ? Peu importe. Ce qui compte, c’est que le Français, présenté comme le messie du basket, reste un humain – avec ses colères, ses erreurs, et ses doutes.
Pendant ce temps, Deschamps s’apprête à écrire une nouvelle page de l’histoire des Bleus. Avec une possible quatrième Coupe du monde en 2026 (après 1998, 2018 et 2022), il deviendrait le sélectionneur le plus titré de l’histoire. Pourtant, son bilan est loin d’être parfait. Sous son règne, les Bleus ont perdu deux finales d’Euro (2016 et 2021), et leur jeu a souvent été critiqué pour son manque d’audace. Mais peu importe : en France, on aime les légendes, surtout quand elles rapportent des trophées.
Ces deux histoires, en apparence opposées, disent la même chose : le sport français vit dans l’illusion. Illusion que ses champions sont invincibles. Illusion que ses entraîneurs sont infaillibles. Illusion, surtout, que le talent suffit à masquer les failles d’un système qui, ailleurs, a déjà montré ses limites.
Fin de vie : quand la France choisit la peur plutôt que la loi
La France a peur. Peur de la mort, peur de la douleur, peur de la liberté. Depuis des années, le débat sur la fin de vie agite le pays, mais chaque fois que la loi avance, la peur l’emporte.
Dernier exemple en date : le procès intenté par le fils d’un patient mort sans sédation terminale, malgré ses demandes répétées. L’hôpital, mis en cause, se défend en invoquant "l’éthique médicale". Une éthique qui, visiblement, n’inclut pas le respect de la volonté du malade.
Pourtant, la loi existe. Depuis 2016, la sédation profonde et continue est légale en France. Mais dans les faits, seuls 2 % des décès y ont recours, selon un rapport de l’IGAS. Pourquoi ? Parce que les soignants, formés à sauver des vies, refusent souvent de laisser partir leurs patients. Parce que les hôpitaux, sous pression budgétaire, préfèrent éviter les complications. Parce que la société française, encore largement influencée par l’Église, considère la mort comme un tabou.
Le gouvernement, lui, tergiverse. Après des mois de débats, il a enfin présenté un projet de loi sur l’euthanasie et le suicide assisté. Mais le calendrier est serré à l’extrême : l’exécutif veut une adoption définitive avant l’été. Pourquoi cette précipitation ? Parce que Macron sait que le sujet divise, et qu’il n’a pas envie de le traîner jusqu’à la présidentielle de 2027.
Résultat : une loi bâclée, qui risque de reproduire les mêmes erreurs que la sédation terminale – une belle idée sur le papier, mais inapplicable dans la réalité. Pendant ce temps, des milliers de Français continuent de mourir dans la souffrance, parce que personne n’ose affronter la peur.
Ce qu’il faut retenir
La France de 2026 est un pays où l’État et le capital s’allient pour mieux se servir, où les subventions publiques financent les échecs privés, où le sport se nourrit d’illusions, et où la peur l’emporte sur la raison. Ce lundi, une question s’impose : jusqu’où irons-nous dans cette fuite en avant ?
Demain, peut-être, les réponses commenceront à émerger. En attendant, une chose est sûre : les radars, eux, continuent de tourner.