Liban-Israël, Trump, Bolloré : la géopolitique française à l'épreuve des feux croisés

Entre trêve fragile au Liban, offensive idéologique de Bolloré et retour de Trump, la France tente de garder pied dans un monde où ses alliés doutent et ses ennemis avancent.

Liban-Israël, Trump, Bolloré : la géopolitique française à l'épreuve des feux croisés
Photo de Konstantin Dyadyun sur Unsplash

La trêve qui cache la guerre

Quarante-cinq jours. C’est le répit que se sont accordé Israël et le Liban sous l’égide de Washington, alors que les frappes continuent de pleuvoir sur le sud du pays. Officiellement, les deux camps ont accepté de prolonger le cessez-le-feu pour "consolider les négociations politiques et militaires". Officieusement, personne n’y croit. Le Hezbollah, absent des pourparlers, maintient ses tirs de roquettes, tandis que Tsahal bombarde des positions présumées du mouvement chiite avec une régularité de métronome. À Paris, on observe, on s’inquiète, mais on ne dit rien.

Pourquoi ce silence ? Parce que la France, déjà marginalisée au Proche-Orient, n’a plus les moyens de ses ambitions. Ses tentatives de médiation en 2023 et 2024 se sont soldées par des échecs cuisants, et aujourd’hui, même ses alliés traditionnels au Liban lui préfèrent Riyad ou Ankara. Pire : l’administration Biden, qui mène les négociations, a ostensiblement ignoré les diplomates français, comme pour leur rappeler que l’ère Macron – où la France se rêvait encore en puissance médiatrice – est bel et bien révolue.

Le message est clair : dans un conflit où les États-Unis et l’Iran tirent les ficelles, la France n’est plus qu’un figurant. Et quand on est réduit à compter les jours d’une trêve qui n’en est pas une, on mesure l’étendue du désastre.


Trump, l’EI, et le Nigeria : quand l’Amérique réécrit les règles

Donald Trump a annoncé hier la mort d’Abu-Bilal Al-Minuki, présenté comme le numéro deux de l’État islamique, lors d’une opération conjointe avec le Nigeria. Une victoire symbolique, mais surtout une démonstration de force : Washington montre qu’il peut frapper où il veut, quand il veut, et avec qui il veut. Le Nigeria, allié de circonstance, en sort renforcé. La France, elle, en sort humiliée.

Car cette opération, c’est aussi une gifle pour Paris. Depuis des années, la France se targue d’être le fer de lance de la lutte antiterroriste au Sahel. Pourtant, c’est bien l’armée américaine, en collaboration avec Abuja, qui a mené l’assaut. Où étaient les forces françaises ? Occupées à gérer leur retrait chaotique du Mali et du Burkina Faso, ou à négocier des accords de sécurité avec des juntes qui les méprisent ouvertement.

Trump, lui, n’a pas ces scrupules. Il a compris une chose : dans un monde où les alliances se font et se défont au gré des intérêts, la France n’est plus un partenaire incontournable. Elle est devenue un pays dont on sollicite l’avis par politesse, avant de l’écarter dès qu’une meilleure option se présente.

Et ce n’est pas fini. Car si l’Amérique peut se permettre de jouer les gendarmes en Afrique, c’est aussi parce qu’elle a les moyens de ses ambitions. Pendant ce temps, la France, engluée dans ses crises internes, regarde passer les trains.


Bolloré, Grasset, et la bataille pour l’âme de la France

Vincent Bolloré a encore frappé. Après avoir évincé Olivier Nora, le PDG des éditions Grasset, le milliardaire breton poursuit son offensive idéologique dans le champ culturel. Son objectif ? Rien de moins que de réécrire le récit national, en imposant une vision néoconservatrice de la France – une France où l’identité précède la liberté, où la tradition prime sur la création, et où les médias servent de relais à un projet politique.

Face à lui, une résistance s’organise. Des intellectuels, des éditeurs, des journalistes tentent de former un front commun pour défendre l’indépendance de la pensée. Mais le combat est inégal. Bolloré a l’argent, les réseaux, et surtout, une stratégie à long terme. Lui ne se contente pas de racheter des médias : il les transforme en machines de guerre idéologique, où chaque livre, chaque article, chaque émission doit servir sa vision du monde.

La France est-elle en train de devenir un laboratoire de l’extrême droite culturelle ? La question n’est plus taboue. Car ce qui se joue chez Grasset, c’est bien plus qu’une bataille d’éditeurs : c’est une lutte pour le contrôle des imaginaires. Et dans cette guerre, Bolloré a une longueur d’avance.


Ce qu’il faut retenir

  1. La France n’est plus un acteur clé au Proche-Orient. La trêve Liban-Israël, négociée sans elle, montre que ses tentatives de médiation sont devenues inaudibles. Dans un conflit où les États-Unis et l’Iran dictent les règles, Paris n’a plus qu’un strapontin.
  2. L’Amérique de Trump joue solo en Afrique. La mort d’un haut responsable de l’EI au Nigeria, annoncée par Washington, est un camouflet pour la France. Alors que Paris se débat avec son retrait du Sahel, les États-Unis montrent qu’ils n’ont pas besoin d’elle pour agir.
  3. Bolloré mène une guerre culturelle. Son éviction d’Olivier Nora chez Grasset n’est qu’un épisode d’une offensive plus large : transformer les médias en outils de propagande néoconservatrice. Face à lui, la résistance s’organise, mais le rapport de forces est défavorable.
  4. La France est prise en étau. Entre un Proche-Orient où elle ne pèse plus, une Afrique où elle est contestée, et une bataille culturelle interne qui menace ses valeurs, le pays semble incapable de définir une ligne claire. Et dans ce flou, ses ennemis avancent.