Maroc : énergie, emploi et pêche, les défis structurels du 10 août 2026

Le Maroc avance sur sa transition énergétique avec la future station de dessalement de Casablanca, mais fait face à un chômage des diplômés et un déclin de la pêche côtière.

Maroc : énergie, emploi et pêche, les défis structurels du 10 août 2026
Photo de Lin Ji sur Unsplash

Une transition énergétique qui avance sans débat politique

Le Maroc a mis sous tension, le 19 juillet dernier, une ligne électrique de cinquante kilomètres près d’El Jadida, destinée à alimenter la future station de dessalement de Casablanca. Ce projet, mené par l’Office national de l’électricité et de l’eau potable (ONEE) pour un coût de 486 millions de dirhams, illustre la continuité d’une stratégie énergétique lancée en 2009. La station, présentée comme la plus grande d’Afrique, devrait être opérationnelle en février 2027 et sera exploitée par un consortium pendant trente ans.

Pourtant, ce chantier phare – comme d’autres infrastructures énergétiques – ne suscite guère de discussions dans le débat politique marocain. Les partis représentés au Parlement restent silencieux sur ces enjeux, alors même que le prochain gouvernement héritera de ces projets. Comme le souligne Hespress, cette absence de débat contraste avec l’ambition affichée du Royaume : « Un pays qui sait faire », mais qui peine à associer sa classe politique à ses choix stratégiques.


43 % des jeunes diplômés en situation de surqualification

Le diplôme ne protège plus contre le chômage ou la précarité. Selon un rapport de la Banque mondiale, plus de 43 % des jeunes Marocains diplômés de l’enseignement supérieur âgés de 25 à 34 ans occupent un emploi dont le niveau de qualification est inférieur à leur formation. Ce taux, en hausse de neuf points depuis 2019, révèle un décalage croissant entre l’offre éducative et les besoins du marché du travail.

Les données du Haut-Commissariat au Plan (HCP) confirment cette tendance : les secteurs porteurs d’emplois qualifiés – comme les technologies ou l’industrie – ne parviennent pas à absorber les flux de diplômés. Résultat, des ingénieurs deviennent commerciaux, des juristes travaillent dans l’administration subalterne, et des médecins peinent à trouver des postes dans le public. Ce phénomène de « surqualification » n’est pas seulement un gaspillage de compétences : il alimente aussi une frustration sociale, alors que le Maroc mise sur son capital humain pour se positionner comme hub régional.


La pêche côtière en déclin : Safi perd 37 % de ses débarquements

Le port de Safi, l’un des principaux points de débarquement de la pêche côtière et artisanale au Maroc, enregistre un recul alarmant de son activité. Selon l’Office national des pêches (ONP), les captures ont chuté de 37 % au premier semestre 2026 par rapport à la même période en 2025, passant de 22 200 à 14 039 tonnes. La valeur marchande de ces prises a même reculé de 42 %, à 95,5 millions de dirhams.

Les poissons pélagiques, qui représentent l’essentiel des débarquements, sont les plus touchés : -37 % en volume, -48 % en valeur. Seuls les poissons blancs résistent, avec une légère hausse de 1 % en tonnage. Ces chiffres reflètent une crise plus large du secteur, marquée par la surpêche, le changement climatique et la concurrence des flottes industrielles. Pour les communautés côtières, déjà fragilisées par la désertification des zones rurales, ce déclin aggrave les tensions économiques et sociales.


Ce qu’il faut retenir

  1. Une transition énergétique en marche, mais sans débat : Le Maroc continue de développer des infrastructures stratégiques, comme la station de dessalement de Casablanca, sans que ces choix ne fassent l’objet de discussions politiques. Un paradoxe alors que ces projets engagent le pays sur plusieurs décennies.
  2. Un marché du travail qui ne valorise pas les diplômés : La surqualification touche désormais plus de quatre jeunes diplômés sur dix. Un signe que le système éducatif et l’économie ne sont pas alignés, malgré les discours sur l’innovation et la compétitivité.
  3. La pêche, secteur en crise : Le recul des débarquements à Safi (-37 %) est symptomatique des difficultés du secteur. Entre pression environnementale et concurrence industrielle, les pêcheurs artisanaux paient le prix d’un modèle de développement à bout de souffle.
  4. L’industrie montre des signes de reprise : Après des mois de stagnation, l’industrie manufacturière a connu une embellie en juin 2026, avec une hausse de la production et des ventes. Une lueur d’espoir, mais qui reste fragile face aux incertitudes économiques mondiales.

Le Maroc avance, mais ces défis structurels – énergie, emploi, ressources naturelles – rappellent que la croissance ne se décrète pas. Elle se construit, secteur par secteur, avec des politiques publiques cohérentes et un débat démocratique qui dépasse les clivages partisans.