Benjamin Lavernhe, A69 et santé planétaire : les fronts culture et écologie qui engagent
Entre l’hommage à la photographie, la mobilisation contre l’A69 et les menaces sur la santé mondiale, culture et écologie dessinent des engagements qui dépassent les clivages.
Benjamin Lavernhe, ou l’enfance comme boussole du cinéma
Le comédien Benjamin Lavernhe, dont la carrière s’étend du théâtre classique au cinéma d’auteur, a confié au Monde une confidence rare : c’est l’enfance, et non les planches, qui a façonné son rapport au septième art. Dans un entretien publié ce week-end, il évoque une famille « aimante et privilégiée » comme socle de sa liberté créative. « Le cinéma me ramène à ce qui m’a fait rêver enfant », explique-t-il, soulignant que cette nostalgie n’est pas un refuge, mais un moteur. Une déclaration qui résonne dans un paysage culturel français où les artistes, de plus en plus, lient leur pratique à des questions de transmission et d’héritage – qu’il soit familial, social ou écologique.
Cette introspection survient alors que Lavernhe incarne Jean Valjean dans une nouvelle adaptation des Misérables, aux côtés de Vincent Lindon et Tahar Rahim. Le projet, porté par une distribution prestigieuse, interroge la place du roman de Victor Hugo dans l’imaginaire contemporain. « On attend tous des Valjean aujourd’hui, en France et dans le monde », a déclaré Lindon, suggérant que la figure du héros sacrificiel reste un miroir tendu à une société en crise. Le film, dont la sortie est prévue en 2027, pourrait ainsi devenir un marqueur des tensions entre engagement individuel et responsabilité collective – un thème qui traverse aussi les mobilisations écologistes actuelles.
Bicentenaire de la photographie : à la recherche des invisibles de l’Histoire
Paris célèbre cette année les 200 ans de la photographie, et avec elle, une révolution : celle d’avoir fixé sur plaque des fragments de réalité jusqu’alors éphémères. Parmi les hommages rendus, une exposition met en lumière un daguerréotype de 1838, Boulevard du Temple, où apparaît, par hasard, la silhouette d’un cireur de chaussures et de son client. Ces deux hommes, dont les noms sont perdus, sont considérés comme les premiers êtres humains immortalisés par l’objectif. Leur présence fortuite rappelle que la technique, souvent présentée comme neutre, a toujours été un outil de pouvoir – celui de choisir qui mérite d’être vu, et qui reste dans l’ombre.
L’exposition interroge aussi la photographie comme archive de l’invisible : les travailleurs précaires, les femmes, les colonisés, longtemps absents des images officielles. En 2026, alors que les algorithmes et l’intelligence artificielle redéfinissent la représentation, cette question prend une acuité nouvelle. Les musées, comme le souligne un conservateur du Getty Research Institute, sont désormais sommés de « rendre visibles ceux que l’Histoire a effacés ». Un enjeu qui dépasse le cadre artistique pour toucher à la mémoire collective – et à la manière dont une société se raconte.
Autoroute A69 : la dernière marche avant l’irréversible
Samedi, entre 1 000 et 1 500 personnes ont défilé à Cambounet-sur-le-Sor (Tarn) pour dénoncer la mise en service prochaine de l’autoroute A69, qui doit relier Castres à Toulouse début novembre. Soutenue par La Voie est libre, Les Soulèvements de la Terre et Extinction Rebellion, la manifestation a marqué une étape symbolique : celle de la résistance face à un projet présenté par ses promoteurs comme un « aménagement nécessaire », mais qualifié par ses opposants de « crime écologique ».
Le tracé de l’A69, long de 53 kilomètres, traverse des zones agricoles et des espaces naturels, dont certains abritent des espèces protégées. Les recours juridiques, épuisés, n’ont pas permis d’enrayer le chantier. Pour les militants, cette autoroute incarne une logique de développement à l’ancienne, où la croissance prime sur la préservation des sols et du climat. « C’est un symbole de l’échec des politiques publiques à penser la transition autrement que par le béton », résume un porte-parole des Soulèvements de la Terre. Le gouvernement, lui, met en avant les emplois créés et la fluidité du trafic – un argument qui peine à convaincre dans un contexte où les émissions liées aux transports représentent près de 30 % du bilan carbone français.
La mobilisation, bien que pacifique, intervient dans un climat tendu. Comme le note Stéphane Foucart dans une chronique du Monde, « la question environnementale a banalisé l’usage politique du maintien de l’ordre ». Les images de lycéens gazés lors de manifestations pour le climat, en octobre, ont rappelé que la contestation écologique est désormais perçue comme une menace par une partie de l’État. Dans ce contexte, l’A69 devient un test : jusqu’où une démocratie peut-elle aller dans la défense d’un modèle de développement contesté ?
Santé planétaire : les 17 menaces qui pèsent sur l’humanité d’ici 2100
La revue The Lancet a publié cette semaine une étude prospective identifiant les 17 principaux facteurs susceptibles de détériorer la santé humaine d’ici la fin du siècle. Parmi eux, des risques connus – réchauffement climatique, obésité, résistance aux antibiotiques – mais aussi des scénarios moins médiatisés, comme les conflits nucléaires ou l’effondrement des systèmes de santé dans les pays pauvres. L’objectif de cette cartographie ? « Encourager les décideurs à agir en prévention », explique un des auteurs, tout en reconnaissant que certains de ces dangers, comme les pandémies ou les guerres, échappent en partie au contrôle des États.
L’étude met en lumière un paradoxe : alors que l’espérance de vie a progressé dans la plupart des régions du monde, les inégalités sanitaires se creusent. Par exemple, l’obésité, souvent associée aux pays riches, touche désormais des populations défavorisées en Afrique et en Asie, où l’accès à une alimentation saine reste limité. Autre enseignement : les menaces sont interconnectées. Le réchauffement climatique aggrave les risques de malnutrition, tandis que la pollution de l’air, responsable de 7 millions de morts par an selon l’OMS, est liée à l’industrialisation galopante des pays émergents.
Face à ces défis, The Lancet appelle à une approche globale, mêlant santé publique, justice sociale et écologie. Un appel qui résonne en France, où les débats sur les perturbateurs endocriniens ou les PFAS (ces « polluants éternels » rejetés par des entreprises comme SEB) montrent que la santé environnementale est devenue un enjeu politique majeur. Reste à savoir si les gouvernements sauront passer des constats aux actes – avant que les scénarios les plus sombres ne deviennent réalité.