Indivision, euro numérique, chômage : l'économie française face à ses blocages

L'indivision successorale étouffe l'immobilier, l'euro numérique divise l'Europe, et le chômage résiste aux réformes. Trois symptômes d'une économie qui tourne en rond.

Indivision, euro numérique, chômage : l'économie française face à ses blocages
Photo de Christian Lue sur Unsplash

La France se débat dans ses propres contradictions. Entre une loi censée fluidifier les successions et un chômage qui persiste malgré les promesses présidentielles, le pays donne l’impression d’avancer à cloche-pied. Pendant ce temps, l’Europe tente de reprendre la main sur les paiements numériques, mais se heurte à un mur : la domination américaine. Trois dossiers qui révèlent les limites d’un système économique à bout de souffle.


L’indivision, ce boulet qui étrangle l’immobilier français

Une loi adoptée en avril devait enfin permettre de sortir des indivisions successorales bloquées. Le problème ? Ces situations, où plusieurs héritiers se partagent un bien sans parvenir à s’entendre, paralysent des milliers de logements chaque année. Selon Le Monde, les solutions existent – vente aux enchères, partage judiciaire –, mais elles ont un coût : temps, argent, et souvent des relations familiales brisées.

Pourtant, le vrai scandale n’est pas là. Il réside dans l’absence de volonté politique de s’attaquer à la racine du problème : un système successoral conçu pour une époque où les familles étaient stables et les patrimoines modestes. Aujourd’hui, avec des divorces multiples, des héritiers dispersés aux quatre coins du globe et des biens immobiliers devenus des actifs spéculatifs, l’indivision est devenue un piège. Et l’État, plutôt que de réformer en profondeur, se contente de colmater les brèches.

Résultat : des logements vides, des héritiers exaspérés, et un marché immobilier déjà tendu qui voit des milliers de mètres carrés retirés de la circulation. La loi d’avril ? Un sparadrap sur une jambe de bois.


L’euro numérique, ou comment l’Europe joue à se faire peur

Mardi, le Parlement européen doit examiner la création d’un euro numérique. Officiellement, l’objectif est double : rendre les paiements plus rapides et moins chers, et réduire la dépendance aux géants américains du secteur – Visa, Mastercard, et surtout… le dollar.

Sauf que derrière les discours sur la souveraineté numérique, se cache une réalité moins glorieuse. D’abord, l’Europe part avec un handicap : les États-Unis et la Chine ont déjà une longueur d’avance sur les monnaies digitales de banque centrale (CBDC). Ensuite, les réticences sont nombreuses. Les banques commerciales craignent de perdre une partie de leur business, les citoyens s’inquiètent de la surveillance accrue, et les États membres peinent à s’entendre sur les modalités techniques.

Pire : même si l’euro numérique voit le jour, rien ne garantit qu’il parviendra à concurrencer le dollar. Car la domination américaine ne repose pas seulement sur la monnaie, mais sur tout un écosystème – marchés financiers profonds, liquidités abondantes, et une stabilité géopolitique (relative) qui fait défaut à l’Europe.

L’euro numérique, c’est un peu comme le projet de cloud souverain Gaia-X : beaucoup de bruit pour un résultat incertain. L’Europe veut jouer dans la cour des grands, mais elle oublie qu’on ne rattrape pas une décennie de retard en claquant des doigts.


Chômage : Macron et ses sept erreurs

Emmanuel Macron avait promis le plein-emploi pour 2027. L’INSEE vient de doucher ses espoirs : le taux de chômage devrait atteindre 8,4 % en décembre, loin des 5 % espérés. Dans une chronique au Figaro, l’économiste Jean-Pierre Robin pointe les sept erreurs du président.

  1. La réforme du marché du travail, mal calibrée : Flexibilisation oui, mais sans filet social suffisant. Résultat, les précaires sont plus nombreux, mais pas moins au chômage.
  2. L’apprentissage, un succès en trompe-l’œil : Les chiffres sont bons, mais beaucoup de jeunes se retrouvent dans des formations peu qualifiantes, sans débouchés réels.
  3. L’absence de politique industrielle ambitieuse : La France a misé sur les services et le numérique, mais a laissé filer son tissu industriel, pourtant créateur d’emplois stables.
  4. La formation professionnelle, un gâchis : Des milliards dépensés, mais peu de résultats concrets. Les chômeurs de longue durée restent sur le carreau.
  5. Le mépris pour les territoires : Les bassins d’emploi en déclin (Nord, Lorraine, zones rurales) ont été abandonnés, sans plan de reconversion crédible.
  6. La fiscalité, toujours aussi lourde : Malgré les baisses d’impôts pour les entreprises, le coût du travail reste un frein à l’embauche.
  7. L’illusion du "ruissellement" : Les cadeaux aux plus riches n’ont pas créé les emplois promis. La croissance est là, mais elle profite surtout aux actionnaires.

Le plus ironique ? Macron a fait le contraire de ce qu’il prônait en 2017. Il a gouverné comme un libéral pur jus, alors que la France avait besoin d’un mélange de flexibilité et de protection sociale renforcée. Aujourd’hui, le pays paie l’addition : un chômage structurel qui résiste, et des millions de Français qui doutent.


Ce qu’il faut retenir

  1. L’immobilier français étouffe sous le poids des successions bloquées – Une loi récente ne suffira pas à résoudre un problème structurel.
  2. L’euro numérique est un leurre – L’Europe veut concurrencer le dollar, mais elle part avec trop de handicaps.
  3. Le chômage résiste, et Macron en porte la responsabilité – Ses réformes ont échoué à créer les emplois promis.

La France est comme un coureur qui sprinte sur place : elle dépense beaucoup d’énergie, mais n’avance pas. Entre les blocages juridiques, les illusions technologiques et les réformes mal ficelées, le pays donne l’impression de tourner en rond. Et pendant ce temps, les citoyens trinquent.