Honfleur s'effondre : le surtourisme ronge le patrimoine français
À Honfleur, deux immeubles menacent de s’effondrer, révélant l’impact destructeur du surtourisme. Enquête sur un modèle économique qui dévore nos villes historiques.
Quand le Vieux Bassin devient une bombe à retardement
Honfleur, joyau normand, étouffe sous son propre succès. Deux immeubles du quai Sainte-Catherine, évacués en urgence, menacent d’emporter tout un quartier historique. Derrière les façades à colombages se cache une réalité brutale : le surtourisme a transformé la ville en un parc d’attractions pour Airbnb, où les locations saisonnières rapportent plus que l’entretien des bâtiments. Le maire, lui-même, pointe l’« appât du gain » comme catalyseur de cette crise. Dix-neuf commerces ont déjà baissé le rideau. La circulation est interdite. Et personne ne sait combien de temps les autres immeubles tiendront.
Ce n’est pas un accident, mais le résultat d’un système. À Honfleur, comme à Venise, Saint-Malo ou Bordeaux, les propriétaires préfèrent louer à la semaine plutôt qu’à l’année. Les loyers explosent, les résidents fuient, et les bâtiments, privés de maintenance, se dégradent. Le paradoxe ? Plus la ville attire de touristes, plus elle devient invivable – et plus son patrimoine se fragilise. Les autorités locales parlent de « péril imminent ». Mais comment enrayer la machine quand l’économie locale dépend à 70% du tourisme ?
La justice des mineurs : quand l’État externalise sa responsabilité
Ils ont entre 14 et 17 ans, commettent des infractions, et se retrouvent placés… chez des familles d’accueil. Pas dans des centres éducatifs fermés, mais dans des foyers bénévoles, sous la houlette de la Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ). Une mesure méconnue, mais en plein essor : 370 familles accueillent aujourd’hui des mineurs sous mandat judiciaire, avec pour mission de les « aider à s’en sortir ». Un mélange détonant de bienveillance et de contrainte, où des particuliers deviennent, sans formation spécifique, les derniers remparts contre la récidive.
Le ministère de la Justice lance une campagne de recrutement, arguant que ces placements coûtent moins cher que les centres fermés. Mais les familles racontent une autre réalité : celle d’un système qui externalise ses échecs. « On nous demande de jouer les éducateurs, les psychologues, et parfois même les flics », confie Alexandra, accueillante en Nouvelle-Aquitaine. Son « pensionnaire », Paul, 16 ans, a été condamné pour vol. « Il a besoin de cadre, mais aussi d’affection. Comment faire quand on sait qu’il peut replonger du jour au lendemain ? »
La PJJ assume : ces placements visent à « humaniser » la justice des mineurs. Mais dans un contexte de durcissement pénal, où le gouvernement multiplie les annonces sur la « tolérance zéro », cette approche ressemble à une fuite en avant. Externaliser la réinsertion, est-ce vraiment la solution ? Ou simplement la moins chère ?
Cannes 2026 : Jeanne Herry, ou l’art de filmer l’humain sans mièvrerie
Elle avait déjà marqué les esprits avec Pupille (adoption) et Je verrai toujours vos visages (justice restaurative). Cette année, Jeanne Herry revient en compétition avec Garance, un film sur l’alcoolisme porté par Adèle Exarchopoulos. Son secret ? Transformer des sujets de société en récits universels, sans jamais tomber dans le misérabilisme ou le didactisme.
Herry parle peu d’elle, mais beaucoup des autres. « Je veux montrer la complexité des êtres, pas les réduire à leur problème », explique-t-elle. Dans Garance, son héroïne n’est pas une victime, mais une femme qui lutte – et parfois trébuche. Un parti pris audacieux, à l’heure où le cinéma français est souvent sommé de « donner des leçons ».
Pourtant, derrière cette apparente simplicité se cache un travail méticuleux. Herry passe des mois à rencontrer des spécialistes, des témoins, avant d’écrire une seule ligne. Son film sur la justice restaurative avait nécessité deux ans de préparation, avec des victimes et des criminels. « Le cinéma, c’est du réel passé au tamis de la fiction », résume-t-elle. Une approche qui, à Cannes, tranche avec les blockbusters formatés.
Andorre, le paradis fiscal qui séduit les sportifs (et les États)
Ils s’appellent Fabio Quartararo, Antoine Dupont, ou encore Kylian Mbappé. Tous ont un point commun : ils résident en Andorre, ce micro-État niché entre la France et l’Espagne, où l’impôt sur le revenu plafonne à 10%. Vingt ans après avoir été un simple eldorado pour les achats détaxés, la Principauté est devenue le refuge des élites sportives mondiales.
Le calcul est simple : un sportif gagnant 10 millions d’euros par an économise jusqu’à 4 millions en impôts en s’installant à Andorre. Et l’État français, lui, ferme les yeux. Pire : il encourage cette fuite des talents, en signant des conventions fiscales avantageuses. Résultat ? Les clubs français peinent à garder leurs stars, tandis que les finances publiques perdent des centaines de millions d’euros.
Pourtant, Andorre n’est pas un paradis sans nuages. La vie y est chère, l’espace limité, et les contrôles fiscaux se durcissent. Mais tant que les États européens joueront le jeu de la concurrence fiscale, la Principauté restera un aimant pour ceux qui veulent « optimiser » leur fortune. Une hypocrisie de plus dans un système où les règles ne s’appliquent pas à tous de la même façon.
Ce que la journée dit de nous
Honfleur s’effondre, les mineurs délinquants sont confiés à des familles bénévoles, les stars fuient l’impôt, et Cannes récompense ceux qui filment la complexité humaine. Quatre histoires, un même fil rouge : une France qui se débat avec ses contradictions. Entre patrimoine et profit, justice et compassion, fiscalité et inégalités, le pays cherche désespérément un équilibre. Mais à force de privilégier le court terme, ne risque-t-il pas de perdre ce qui fait sa singularité ?