Gustave Fayet, sangliers et pesticides : les fronts culture et écologie qui engagent

À la Fondation Louis Vuitton, une exposition révèle l’œuvre méconnue de Gustave Fayet, tandis que la prolifération des sangliers et la mobilisation contre les pesticides interrogent notre rapport au vivant.

Gustave Fayet, sangliers et pesticides : les fronts culture et écologie qui engagent
Photo de Markus Winkler sur Unsplash

Gustave Fayet, l’artiste touche-à-tout qui défie les catégories

À la Fondation Louis Vuitton, une exposition inédite met en lumière l’œuvre protéiforme de Gustave Fayet (1865-1925), figure atypique du monde de l’art. Collectionneur passionné, mécène des avant-gardes, mais aussi peintre, céramiste et créateur de tapis, Fayet a longtemps été réduit au rôle de commanditaire éclairé – celui qui a sauvé l’abbaye de Fontfroide ou soutenu Odilon Redon. Pourtant, comme le révèle cette rétrospective, il fut bien plus qu’un amateur fortuné : un artiste à part entière, explorant des formes abstraites et des motifs organiques dans des médiums aussi variés que l’aquarelle, le vitrail ou la tapisserie.

L’exposition, qui rassemble quelque 350 pièces issues de collections privées et publiques, révèle un univers visuel où se mêlent influences symbolistes et prémices de l’art moderne. Ses tapis, réalisés à partir de ses propres aquarelles, frappent par leur audace chromatique et leur liberté formelle. « Fayet était un touche-à-tout de génie, un toucheatouiste, comme il se qualifiait lui-même avec autodérision », souligne un conservateur de la Fondation. Son travail, longtemps éclipsé par celui des artistes qu’il collectionnait, interroge aujourd’hui notre rapport à la création : et si le vrai talent résidait moins dans la spécialisation que dans l’hybridation des pratiques ?


Sangliers : l’animal qui défie la frontière entre sauvage et domestique

Ils sont partout, et pourtant, personne ne semble savoir comment les arrêter. Les sangliers, autrefois cantonnés aux forêts, investissent désormais les villes, les jardins, et même les salons. En France, leur population a explosé ces dernières décennies, passant de 50 000 individus dans les années 1970 à plus d’1,5 million aujourd’hui. Les dégâts agricoles se chiffrent en dizaines de millions d’euros chaque année, tandis que les collisions routières causées par ces animaux coûtent cher en vies humaines et en assurances.

Comment en est-on arrivé là ? Les explications sont multiples. La disparition des prédateurs naturels, comme le loup, a joué un rôle, tout comme l’abandon des terres agricoles, qui a offert aux sangliers de nouveaux territoires de reproduction. Mais le facteur le plus déterminant reste sans doute l’alimentation. « Les sangliers sont des opportunistes, explique un lieutenant de louveterie dans le Cher. Ils ont appris à se nourrir dans les champs de maïs, les vignes, et même les poubelles des villes. » Leur intelligence et leur adaptabilité en font des adversaires redoutables pour les chasseurs, chargés de réguler leur population. Dans certaines régions, comme l’Aube, des particuliers recueillent même des marcassins, les élèvent au biberon, avant de réaliser trop tard qu’un sanglier adulte de 150 kg n’a plus grand-chose à voir avec le « petit mignon » des débuts.

Face à cette prolifération, les solutions peinent à émerger. La chasse, même intensifiée, ne suffit plus : malgré 700 000 sangliers abattus chaque année, leur population continue de croître. Certains plaident pour un retour du loup, d’autres pour des clôtures électrifiées ou des campagnes de stérilisation. Une chose est sûre : le sanglier, en s’invitant dans nos vies, nous force à repenser notre rapport au sauvage. « Il nous rappelle que la nature n’est pas un décor, mais un écosystème dont nous faisons partie », résume un écologue.


Pesticides : l’Europe au pied du mur

« Pesticides à vie ? Non merci ! » Ce week-end, des rassemblements sont organisés dans toute la France pour dénoncer un projet de règlement européen jugé « dévastateur » par ses détracteurs. La Commission européenne envisage en effet d’assouplir les règles encadrant l’usage des pesticides, au nom de la « simplification administrative » et de la « compétitivité » de l’agriculture européenne. Parmi les mesures contestées : la suppression de certaines évaluations de risques pour les produits phytosanitaires, ou encore l’allègement des obligations de transparence pour les industriels.

Pour les associations environnementales, ce projet marque un recul sans précédent. « C’est une capitulation face aux lobbies de l’agrochimie », accuse un porte-parole de Générations Futures. Les mobilisations, prévues samedi et dimanche, s’inscrivent dans un mouvement plus large de contestation contre les dérives d’un modèle agricole intensif, accusé de menacer la biodiversité, la santé des sols et celle des agriculteurs eux-mêmes. En 2026, près de 100 000 tonnes de pesticides sont encore épandues chaque année en France, malgré les promesses de réduction.

Le débat dépasse largement les frontières hexagonales. Au Brésil, le parquet vient ainsi de poursuivre Shell en justice, estimant que le géant pétrolier porte une « responsabilité climatique » dans les inondations meurtrières qui ont frappé le pays en 2024. Une première mondiale, qui pourrait faire jurisprudence. En Europe, la bataille des pesticides s’annonce tout aussi cruciale : elle déterminera si l’Union choisit de protéger ses citoyens et ses écosystèmes, ou de sacrifier l’un et l’autre sur l’autel de la productivité.


Ce qu’il faut retenir

  1. Gustave Fayet, enfin reconnu : L’exposition de la Fondation Louis Vuitton révèle un artiste complet, dont l’œuvre hybride interroge les frontières entre collection et création. Une redécouverte qui invite à repenser l’histoire de l’art, trop souvent écrite par les seuls « génies » autoproclamés.
  2. Le sanglier, miroir de nos contradictions : Symbole d’une nature qui résiste, l’animal cristallise les tensions entre protection de la biodiversité et gestion des nuisibles. Sa prolifération pose une question simple : sommes-nous prêts à partager notre territoire avec le sauvage ?
  3. Pesticides : l’Europe à la croisée des chemins : Entre pression des lobbies et mobilisations citoyennes, le projet de dérégulation européenne marque un tournant. Son issue déterminera si l’agriculture de demain sera durable… ou définitivement toxique.