G7, free-parties, psychiatrie : la France qui verrouille et qui panique

Entre sommet sécurisé, répression des raves et justice psychiatrique, la France durcit ses dispositifs sans régler les crises. Enquête sur un pays qui serre les boulons.

G7, free-parties, psychiatrie : la France qui verrouille et qui panique
Photo de Koshu Kunii sur Unsplash

La France a peur. Pas une peur sourde, diffuse, mais une peur qui se matérialise en barrières, en lois, en gendarmes. Ce dimanche 14 juin 2026, alors que le G7 s’ouvre à Évian sous une bulle sécuritaire de 16 000 hommes, que des milliers de manifestants défilent contre la criminalisation des free-parties, et qu’une juge des libertés auditionne des patients psychiatriques sous contrainte, le pays donne l’image d’un État qui verrouille tout – sauf ses propres contradictions.

G7 : quand la sécurité devient une fin en soi

16 000 gendarmes et policiers pour un sommet de trois jours. Un mort, deux blessés dans un accident de la route impliquant un véhicule du dispositif. Des patrouilles franco-italiennes dans les rues d’Yvoire, des contrôles d’identité aléatoires, des hélicoptères en survol permanent. Le G7 d’Évian n’est pas un sommet diplomatique : c’est une démonstration de force.

Pourquoi un tel déploiement ? Officiellement, pour protéger les dirigeants des sept pays les plus riches du monde. Officieusement, pour montrer que la France sait encore organiser un événement international sans que cela tourne au fiasco – après les Jeux olympiques de 2024, marqués par des ratés logistiques et des polémiques sécuritaires. Mais à quel prix ?

Le coût humain est déjà là : un gendarme de 38 ans tué dans un accident dont les circonstances restent floues. Le coût politique aussi : en transformant Évian en forteresse, l’État envoie un message clair aux citoyens. "Votre sécurité justifie notre toute-puissance." Sauf que cette toute-puissance ne protège personne des vrais dangers – ceux qui, justement, ne se règlent pas avec des barrières et des drones.

Free-parties : la répression comme politique publique

Ils étaient des milliers samedi à Paris et Bordeaux, drapeaux noirs et sound-systems portatifs, pour défendre les free-parties. Leur crime ? Exister. Le projet de loi Ripost, adopté au Sénat en mai, prévoit de sanctionner les participants à ces rassemblements non autorisés – jusqu’à un an de prison.

La ministre de l’Intérieur justifie cette mesure par la "lutte contre les trafics et les nuisances". Pourtant, les free-parties ne sont pas des zones de non-droit : ce sont des espaces de liberté, souvent autogérés, où la musique et la fête échappent à la marchandisation. En les criminalisant, l’État ne combat pas le crime organisé – il s’attaque à une culture populaire, celle des raves et des teknivals, qui a toujours été un exutoire pour une jeunesse en mal de lieux de vie.

Pire : cette répression arrive alors que les véritables trafics, ceux qui gangrènent des régions entières (comme l’Oaxaca mexicain, où un maire vient d’être assassiné par balle), prospèrent sans que personne ne semble s’en émouvoir. La France préfère traquer les fêtards que les narcotrafiquants. Drôle de priorité.

Psychiatrie : la justice qui enferme sans soigner

À Nantes, Lucile Cattoir, juge des libertés et de la détention, passe ses journées à auditionner des patients hospitalisés sous contrainte. Son rôle ? Décider si leur internement doit être prolongé. "La fugue était une manière de m’émanciper", confie l’un d’eux. Mais dans le système psychiatrique français, l’émancipation n’est pas une option.

La loi de 2011 sur les soins sans consentement a renforcé les pouvoirs des juges – et ceux des psychiatres. Résultat : les hospitalisations sous contrainte ont explosé (+30 % en dix ans). Les patients se retrouvent coincés entre deux logiques : celle du soin, qui devrait être prioritaire, et celle de la sécurité, qui prime désormais.

Lucile Cattoir le reconnaît : "On nous demande de protéger la société, pas forcément le patient." Une phrase qui résume à elle seule l’échec français. La psychiatrie n’est plus un lieu de soin, mais un outil de contrôle social. Et les juges, malgré leur bonne volonté, en sont les rouages.

Ce qu’il faut retenir : un pays qui serre les boulons sans régler les crises

La France de 2026 est un pays qui a peur de tout : des émeutes, des rassemblements spontanés, des malades mentaux, des trafics, des attentats. Alors elle verrouille. Elle multiplie les lois répressives, les dispositifs sécuritaires, les contrôles. Mais à force de tout verrouiller, elle étouffe.

Le G7 d’Évian est un symbole : derrière les barrières, les dirigeants parlent de climat, d’économie, de géopolitique. Pendant ce temps, à quelques kilomètres de là, des gendarmes patrouillent, des manifestants crient leur colère, et une juge tente de rendre un peu d’humanité à un système qui en manque cruellement.

La question n’est pas de savoir si la France a besoin de sécurité. La question est de savoir si elle est prête à payer le prix de cette obsession sécuritaire : une société où la liberté devient une exception, et la répression, la règle.