Géopolitique 2026 : la France prise en étau entre douanes, culture et guerre froide

Entre baisse des droits de douane USA-Chine, offensive culturelle de l’extrême droite et tensions au Moyen-Orient, la France navigue dans un monde où les alliances se recomposent sans elle.

Géopolitique 2026 : la France prise en étau entre douanes, culture et guerre froide
Photo de Europeana sur Unsplash

La France se réveille ce matin avec le sentiment désagréable d’être devenue un spectateur de sa propre influence. Trois fronts s’ouvrent simultanément, chacun révélant une facette de son impuissance grandissante : le commerce, la culture et la guerre. Et dans chacun de ces dossiers, Paris semble condamné à réagir plutôt qu’à agir.

1. Douanes : quand Washington et Pékin négocient sans Paris

L’annonce est tombée hier : les États-Unis et la Chine s’apprêtent à réduire mutuellement leurs droits de douane sur 30 milliards de dollars de biens chacun. Une trêve commerciale qui intervient après des années de guerre tarifaire, et surtout, quelques jours seulement après la visite de Donald Trump à Pékin. Le timing n’est pas anodin : en pleine campagne électorale américaine, le président sortant cherche à afficher une victoire économique avant les urnes. Mais pour l’Europe, et singulièrement pour la France, cette annonce sonne comme un camouflet.

Pourquoi ? Parce que l’Union européenne, qui négocie d’arrache-pied depuis des mois avec Washington pour éviter de nouvelles surtaxes sur ses exportations (notamment automobiles et agricoles), se retrouve une fois de plus mise devant le fait accompli. L’accord UE-USA, laborieusement négocié l’été dernier, est toujours en suspens, bloqué par des désaccords sur les modalités de mise en œuvre. Et voilà que Trump, fidèle à sa méthode, menace désormais de nouvelles sanctions si l’Europe ne ratifie pas le texte avant le 4 juillet. "Le Conseil et le Parlement parviennent à un accord sur la mise en œuvre des dispositions relatives aux droits de douane", annonce Chypre, qui préside l’UE. Mais derrière cette formule administrative se cache une réalité crue : l’Europe est sommée de choisir entre plier ou subir.

La France, qui a longtemps joué les médiateurs dans les tensions commerciales transatlantiques, se retrouve aujourd’hui marginalisée. Son poids économique ne pèse plus face à la realpolitik de Trump, qui préfère traiter directement avec Xi Jinping. Et quand l’UE tente de riposter, comme avec ses propres taxes sur les produits chinois, elle se heurte à la dépendance industrielle du continent. Résultat : la France, championne autoproclamée du multilatéralisme, assiste impuissante à la naissance d’un nouveau duopole commercial. Un monde où les règles se décident à deux, et où les autres n’ont qu’à s’adapter.


2. Culture : l’extrême droite avance masquée

Pendant ce temps, sur le front intérieur, une autre bataille se joue – moins visible, mais tout aussi stratégique. Celle de la métapolitique, ce concept forgé par l’extrême droite dans les années 1970 pour désigner la conquête des esprits bien avant celle du pouvoir. Et aujourd’hui, cette stratégie porte ses fruits.

Le limogeage du patron des éditions Grasset, suivi de près par le rachat d’UGC par un fonds proche de Vincent Bolloré, ne sont pas des événements isolés. Ils s’inscrivent dans une offensive plus large, méthodique, visant à infiltrer tous les champs culturels : l’édition, le cinéma, les médias, l’éducation. L’objectif ? "Diffuser une idéologie dans tous les interstices de la société", comme le résume un article du Monde, jusqu’à ce qu’elle devienne hégémonique.

La droite réactionnaire française a compris une chose : le pouvoir ne se prend pas seulement dans les urnes, mais aussi dans les récits. Et elle avance masquée. Pas de manifestes tonitruants, pas de déclarations fracassantes – juste une lente imprégnation des esprits, via des nominations discrètes, des rachats d’entreprises culturelles, et une présence de plus en plus visible dans les débats publics. Le tout, bien sûr, sous couvert de "défense de la liberté d’expression" ou de "lutte contre le wokisme".

Le plus inquiétant ? Cette stratégie fonctionne. Les idées d’extrême droite, autrefois cantonnées aux marges, sont aujourd’hui reprises par une partie de la droite classique, voire par certains médias mainstream. Et quand un ministre de la Culture (ou ce qu’il en reste) se contente de déclarations lénifiantes sur "le pluralisme", on mesure l’ampleur du retard pris par l’État. La culture, en France, est en train de devenir un champ de bataille – et l’extrême droite y avance ses pions sans que personne ne semble capable de l’arrêter.


3. Moyen-Orient : la Chine joue les médiateurs, la France regarde

Enfin, il y a la guerre. Celle qui déchire le Moyen-Orient depuis des mois, et qui menace aujourd’hui de s’étendre bien au-delà de ses frontières. Et là encore, la France brille par son absence.

Hier, à Pékin, Xi Jinping a reçu Vladimir Poutine et lancé un appel solennel à "un arrêt total de la guerre" au Moyen-Orient. "La situation dans la région du Golfe se trouve à un moment charnière entre guerre et paix", a-t-il déclaré, avant d’appeler à "poursuivre les négociations". Derrière ces mots, une réalité géopolitique s’impose : la Chine se pose en médiateur, aux côtés de la Russie, dans un conflit où les États-Unis et l’Europe ont perdu toute crédibilité.

La France, elle, n’a plus grand-chose à dire. Son discours sur "la nécessité d’une solution politique" sonne creux, alors que ses alliés traditionnels (Israël, les monarchies du Golfe) mènent leur propre agenda. Et quand la marine israélienne intercepte une "flottille pour Gaza" au large de Chypre, c’est encore une fois l’impuissance de Paris qui saute aux yeux. Que fait la diplomatie française ? Où sont ses initiatives ? Ses propositions ? Ses leviers ?

La réponse est simple : elle n’en a plus. Entre son alignement sur Washington, qui la discrédite auprès des pays arabes, et son incapacité à peser face à la Chine et à la Russie, la France se retrouve reléguée au rang de spectateur. Pire : elle donne l’impression de ne même plus chercher à jouer un rôle. Comme si, après des années de discours sur "l’autonomie stratégique", elle avait finalement abdiqué, préférant se contenter de commenter les événements plutôt que de les influencer.


Ce qu’il faut retenir : la France en mode survie

Trois fronts, trois constats :

  1. Sur le commerce, elle subit un monde où les règles se décident sans elle.
  2. Sur la culture, elle laisse l’extrême droite avancer ses pions sans réaction forte.
  3. Sur la guerre, elle n’a plus les moyens de ses ambitions.

La France de 2026 n’est plus celle qui prétendait incarner une "troisième voie" entre les États-Unis et la Chine. Elle n’est même plus celle qui, il y a quelques années encore, défendait une "Europe puissance". Aujourd’hui, elle navigue à vue, entre résignation et improvisation. Et dans un monde où les alliances se recomposent à toute vitesse, cette position est intenable.

Le plus ironique ? Alors que Paris se débat sur ces trois fronts, le reste du monde, lui, continue d’avancer. Les États-Unis et la Chine négocient. L’extrême droite française conquiert les esprits. La Chine et la Russie jouent les médiateurs au Moyen-Orient. Et la France ? Elle regarde. En espérant, peut-être, que personne ne remarque son absence.