Géopolitique 2026 : la France joue-t-elle double jeu en Afrique et en Europe ?
Entre l'offensive africaine de Macron et les importations record de GNL russe, la France navigue entre realpolitik et contradictions. Analyse des choix qui engagent son avenir.
L'Afrique, nouveau terrain de jeu de la France - mais à quel prix ?
Nairobi, 11 mai 2026. Emmanuel Macron parade aux côtés d'Aliko Dangote, l'homme le plus riche d'Afrique, sous les projecteurs du sommet Africa Forward. Le message est clair : la France veut investir, et vite. Mais dans quel but ? Officiellement, il s'agit de "rééquilibrer" les relations postcoloniales et de saisir les opportunités d'un continent en pleine croissance. Officieusement, c'est une course contre la montre face à la Chine, la Turquie et les États-Unis, qui ont déjà pris une longueur d'avance.
Le Kenya, pays hôte, incarne cette nouvelle donne. Son PIB a crû de 5,6 % en 2025, porté par les technologies et les infrastructures. Une aubaine pour les entreprises françaises, mais aussi un marché où la concurrence est féroce. "La France arrive tard, et elle le sait", glisse un diplomate européen sous couvert d'anonymat. "Elle mise sur des partenariats ciblés, comme avec Dangote, pour contourner les critiques sur son passé colonial. Mais les Africains ne sont pas dupes : ils veulent des investissements concrets, pas des discours."
Le paradoxe ? Alors que Macron tente de séduire l'Afrique, la France reste empêtrée dans ses contradictions. Le même jour, une étude révèle que les importations de gaz naturel liquéfié (GNL) russe par l'UE ont bondi de 16 % au premier trimestre 2026. Et qui tire ce chiffre vers le haut ? La France, l'Espagne et la Belgique. Trois pays qui, officiellement, soutiennent l'Ukraine et condamnent l'agression russe. Mais qui, dans les faits, continuent de financer le régime de Poutine.
GNL russe : l'Europe finance-t-elle la guerre qu'elle condamne ?
Depuis 2022, l'Europe a réduit ses importations de gaz russe par pipeline, mais elle a compensé en achetant davantage de GNL. Un choix économique ? Sans doute. Mais aussi un choix politique lourd de sens. "C'est une hypocrisie assumée", analyse un expert en énergie. "L'UE a besoin de gaz, et la Russie en a. Les sanctions visent le pétrole et les produits raffinés, mais pas le GNL. Résultat : l'Europe paie des milliards à Moscou chaque année, tout en envoyant des armes à Kiev."
La France, premier importateur européen de GNL russe, se défend en invoquant la "sécurité énergétique". Mais cette position est de plus en plus intenable. D'un côté, Paris soutient l'Ukraine militairement et diplomatiquement. De l'autre, elle alimente les caisses du Kremlin. "C'est une realpolitik cynique, mais c'est aussi une impasse", estime un ancien conseiller de l'Élysée. "À force de jouer sur les deux tableaux, la France risque de perdre sur les deux."
CMA CGM : quand l'État privatise ses leviers d'influence
À Marseille, Rodolphe Saadé règne en maître. Son empire, CMA CGM, est devenu un acteur incontournable de la logistique mondiale, mais aussi un outil d'influence pour l'État français. Le groupe, qui a bénéficié de milliards d'euros d'aides publiques, est aujourd'hui au cœur d'une polémique sur les "superprofits". En 2025, CMA CGM a enregistré des bénéfices records, tout en licenciant des centaines de salariés.
"C'est le symbole de la France de Macron : un capitalisme de connivence, où l'État subventionne des champions nationaux qui, en retour, servent ses intérêts géopolitiques", dénonce un syndicaliste. Le groupe est en effet devenu un levier discret de la diplomatie française. En Afrique, en Asie, ou même en Ukraine, CMA CGM transporte des marchandises stratégiques, souvent avec le soutien logistique de l'État.
Mais cette proximité entre le pouvoir et l'armateur a un prix. "La France a privatisé ses bijoux de famille à bas prix", résume un économiste. "CMA CGM est aujourd'hui plus puissant que l'État dans certains domaines. Et ça, c'est dangereux."
Macron 2027 : le mystère qui arrange tout le monde
Emmanuel Macron quittera l'Élysée le 13 mai 2027. Mais personne ne sait ce qu'il fera ensuite. Officiellement, il veut rester "actif jusqu'à la dernière minute". Officieusement, cette incertitude arrange tout le monde. "Macron a besoin de garder son aura internationale pour peser dans les négociations", explique un proche du président. "Et les partis politiques, eux, préfèrent éviter un débat sur sa succession tant que l'extrême droite est en embuscade."
Cette stratégie du flou a un avantage : elle permet à Macron de continuer à incarner la France sur la scène mondiale, même quand sa popularité est au plus bas en interne. Mais elle a aussi un risque : celui de laisser le pays dans l'expectative, alors que les défis s'accumulent.
Ce qu'il faut retenir
- L'Afrique, priorité affichée, mais pas désintéressée : La France mise sur des partenariats ciblés pour rattraper son retard face à la Chine et aux États-Unis. Mais son passé colonial pèse encore sur sa crédibilité.
- Le GNL russe, angle mort des sanctions : L'Europe finance indirectement la guerre en Ukraine en important massivement du gaz russe. La France, premier client, est en première ligne.
- CMA CGM, symbole d'un État privatisé : Le groupe logistique, subventionné par l'État, est devenu un outil d'influence géopolitique. Mais à quel prix pour les citoyens ?
- Macron 2027 : le flou comme stratégie : En entretenant le mystère sur son avenir, le président évite les débats gênants. Mais cette tactique a ses limites.
La France de 2026 est un pays de contradictions. Elle veut jouer un rôle majeur en Afrique, mais elle dépend encore de la Russie pour son énergie. Elle prône la souveraineté européenne, mais elle privatise ses leviers d'influence. Et elle compte sur un président affaibli pour incarner sa diplomatie.
Dans ce jeu de dupes, une question se pose : jusqu'où la realpolitik peut-elle justifier les renoncements ?