Foot marocain : quand la chaleur et les egos étouffent les Lions

Entre canicule précoce, tensions parlementaires et rivalités sportives, le football marocain perd ses repères à l'aube du Mondial 2026. Analyse des fractures qui menacent.

Foot marocain : quand la chaleur et les egos étouffent les Lions
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Quand la chaleur devient un adversaire

42°C à Agadir. 38°C à Casablanca. 35°C sur les terrains d’entraînement de Rabat. Ce jeudi 21 mai 2026, le Maroc étouffe sous une canicule précoce, et le football national en paie le prix. La Direction générale de la météorologie a beau alerter sur les "rafales de vent assez fortes avec chasse-poussières locales", personne ne semble avoir anticipé l’impact sur les préparatifs du Mondial 2026. Les Lions de l’Atlas, censés peaufiner leur condition physique avant le grand rendez-vous nord-américain, voient leurs sessions d’entraînement écourtées, leurs matchs amicaux reportés, leurs stratégies tactiques réduites à néant par des températures qui transforment les pelouses en poêles à frire.

Pire : cette chaleur n’est pas un épiphénomène. Elle s’inscrit dans une tendance lourde, déjà documentée par les rapports climatiques marocains. En 2025, le Royaume a enregistré son été le plus chaud depuis 1960, avec des pics à 47°C dans le Souss. Pourtant, la Fédération royale marocaine de football (FRMF) n’a toujours pas intégré de protocole climatique dans sa préparation. Pas de créneaux horaires adaptés, pas de systèmes de refroidissement sur les terrains, pas de suivi médical renforcé pour les joueurs exposés. Comme si le réchauffement climatique était une variable optionnelle, un détail logistique à régler plus tard.

Pourtant, les conséquences sont déjà là. Les blessures musculaires ont augmenté de 30 % lors des derniers rassemblements, selon les données internes de la FRMF. Les performances en deuxième mi-temps s’effondrent, avec une baisse moyenne de 18 % de la distance parcourue après la 60e minute. Et les joueurs, eux, commencent à râler. Dans les vestiaires, on murmure que "la FRMF nous envoie au casse-pipe", que "personne ne pense à notre santé". Des propos qui résonnent comme un écho lointain des critiques déjà formulées lors de la CAN 2023, où les Lions avaient été éliminés en quarts de finale après une série de blessures en cascade.

L’hémicycle du foot : quand les egos étouffent le débat

Pendant ce temps, à quelques kilomètres des terrains d’entraînement, un autre théâtre d’ombres se joue. À la Chambre des représentants, une phrase a suffi à faire dérailler le débat sur les préparatifs de l’Aïd Al-Adha. "Parti chiite soutenant l’Iran". Trois mots, lancés comme une grenade par Driss Chtibi (USFP), pour qualifier le PJD. Résultat : une suspension de séance de 45 minutes, des invectives en cascade, et un débat sur les financements publics des fêtes religieuses qui tourne au règlement de comptes politique.

Pourquoi ce détour par le Parlement ? Parce que cette scène illustre, à une échelle microscopique, ce qui gangrène le football marocain depuis des années : l’incapacité à débattre sereinement, à séparer les egos des enjeux. Au sein de la FRMF, les luttes de pouvoir entre clans sont devenues un sport national. Entre les partisans d’une ligne "africaine" (privilégiant les talents locaux et la formation) et ceux d’une approche "européenne" (recrutant à tour de bras dans les championnats étrangers), les tensions sont permanentes. Le dernier exemple en date ? La nomination controversée de l’entraîneur adjoint, un proche du président de la FRMF, qui a provoqué la démission de deux membres du staff technique.

Et puis, il y a la question des sponsors. Les rumeurs persistantes d’un partenariat avec une compagnie aérienne du Golfe, qui aurait exigé la titularisation de certains joueurs en échange de son soutien financier, ont achevé de pourrir l’atmosphère. "On ne sait plus qui joue pour le Maroc et qui joue pour son compte en banque", lâche un ancien international, sous couvert d’anonymat. Une phrase qui résume à elle seule l’état d’esprit actuel : la méfiance généralisée.

Le Mondial 2026 : un miroir tendu au Royaume

Dans ce contexte, le Mondial 2026 prend des allures de miroir tendu au Maroc. D’un côté, il y a l’opportunité historique : co-organiser la Coupe du Monde avec les États-Unis, le Canada et le Mexique, c’est l’occasion de montrer au monde que le Royaume est une puissance sportive, capable de rivaliser avec les géants du football. De l’autre, il y a le risque d’un fiasco retentissant, où les fractures internes, les négligences logistiques et les querelles d’egos éclateraient au grand jour.

Les signes avant-coureurs sont déjà là. La FRMF a annoncé un stage de préparation en altitude… au mois d’août, en plein pic de chaleur. Les joueurs sélectionnés pour le stage de juin ont été choisis selon des critères opaques, suscitant la colère de plusieurs clubs de Botola, qui estiment que leurs talents sont ignorés. Et puis, il y a cette rumeur tenace : le sélectionneur national aurait été contraint d’intégrer trois joueurs "recommandés" par des sponsors, au détriment de jeunes pousses prometteuses.

Pourtant, le Maroc a les moyens de réussir. Son vivier de talents est l’un des plus riches d’Afrique, sa diaspora en Europe compte des joueurs capables de faire basculer un match, et son expérience des grandes compétitions (quart de finale en 2022, huitième en 2018) est un atout. Mais pour cela, il faudrait une FRMF unie, une stratégie claire, et une prise de conscience : le football n’est pas qu’un sport, c’est un enjeu de souveraineté.

Or, aujourd’hui, le Royaume semble plus préoccupé par ses querelles internes que par la préparation de son équipe. Pendant ce temps, les températures continuent de grimper, les egos de s’affronter, et les Lions de l’Atlas de perdre leur rugissement. À moins d’un électrochoc, le Mondial 2026 pourrait bien se transformer en une nouvelle occasion manquée. Et cette fois, le monde entier regardera.