Gustave Fayet, SEB et sécheresse : les fronts culture et écologie qui comptent
À la Fondation Louis Vuitton, une exposition révèle l’audace du collectionneur Gustave Fayet. Pendant ce temps, SEB est visé pour ses rejets de PFAS, et les éleveurs de Haute-Garonne subissent la sécheresse. Ce qu’il faut retenir.
La Fondation Louis Vuitton met en lumière, jusqu’au 16 février 2027, l’héritage de Gustave Fayet, un collectionneur dont l’œil aiguisé a marqué l’histoire de l’art. Pendant ce temps, le groupe SEB est sommé de cesser ses rejets de PFAS, ces polluants éternels, tandis que les éleveurs de Haute-Garonne voient leur cheptel menacé par une sécheresse persistante. Trois fronts où culture et environnement se croisent, avec des enjeux qui dépassent les murs des musées ou les limites des exploitations agricoles.
Gustave Fayet, ou l’art de collectionner sans limites
L’exposition "Gustave Fayet (1865-1925) : L’audace d’un collectionneur" à la Fondation Louis Vuitton révèle un homme dont la passion pour l’art a transcendé les époques et les frontières. Propriétaire du domaine de Fontfroide, dans l’Aude, Fayet a rassemblé des œuvres majeures de Cézanne, Gauguin, Van Gogh ou encore Redon, souvent acquises avant que ces artistes ne deviennent des valeurs sûres du marché. "Le Grand Pin" de Cézanne, prêté pour l’occasion, incarne cette intuition rare : Fayet l’a acheté en 1899, alors que le peintre était encore méconnu du grand public.
Mais Fayet n’était pas qu’un esthète. Homme d’affaires avisé, il a diversifié ses activités dans l’immobilier, les mines et même les chemins de fer, finançant ainsi ses acquisitions. Son approche, à la fois impulsive et calculée, interroge notre rapport à l’art aujourd’hui : dans un marché où les prix s’envolent et où les collectionneurs se font discrets, son modèle de mécénat entrepreneurial reste une exception. "Il achetait ce qu’il aimait, sans se soucier des modes ou des critiques", explique un conservateur de la Fondation. Une liberté qui contraste avec la frilosité actuelle des institutions, souvent contraintes par des budgets serrés et des impératifs de rentabilité.
L’exposition, qui rassemble près de 150 œuvres, est aussi l’occasion de redécouvrir des pièces méconnues, comme les toiles de Gauguin réalisées lors de son séjour à Tahiti. Fayet les avait acquises directement auprès de l’artiste, bien avant que les enchères ne fassent flamber leur valeur. "C’est un collectionneur qui a su voir avant les autres", résume un historien de l’art. Une leçon de clairvoyance, à l’heure où les musées peinent à renouveler leurs collections.
SEB et les PFAS : quand l’industrie ignore les alertes
Le groupe SEB, propriétaire de la marque Tefal, est visé par deux procédures visant à faire cesser l’utilisation et les rejets de PFAS (per- et polyfluoroalkylées) sur son site de Rumilly, en Haute-Savoie. Ces substances, surnommées "polluants éternels" en raison de leur persistance dans l’environnement, sont utilisées pour leurs propriétés antiadhésives et imperméables, mais elles sont aussi liées à des risques sanitaires, notamment des cancers et des troubles hormonaux.
Les associations Générations Futures et France Nature Environnement ont déposé un recours devant le tribunal administratif de Grenoble, exigeant que SEB "planifie l’arrêt de l’utilisation des PFAS" et cesse leurs rejets dans l’air. "Les riverains du site de Rumilly sont exposés à des niveaux de pollution inacceptables", dénonce un porte-parole de Générations Futures. Les mesures réalisées par l’association montrent des concentrations de PFAS dans l’air et les sols bien au-delà des seuils recommandés par l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses).
SEB, qui emploie près de 2 000 personnes sur le site, se défend en invoquant des "investissements significatifs" pour réduire son impact environnemental. Le groupe affirme avoir déjà diminué de 30 % ses rejets de PFAS depuis 2020, mais reconnaît que "la substitution totale de ces substances prendra du temps". Une réponse jugée insuffisante par les associations, qui pointent l’absence de calendrier contraignant. "SEB a les moyens techniques et financiers de changer ses procédés, mais il manque une volonté politique", estime un expert en droit de l’environnement.
Le dossier s’inscrit dans un contexte plus large de régulation des PFAS en Europe. L’Union européenne envisage une interdiction progressive de ces substances d’ici 2030, mais les industriels freinent des quatre fers, arguant des coûts prohibitifs et des risques pour l’emploi. En France, le gouvernement a lancé en 2025 un plan national pour réduire l’exposition aux PFAS, mais les délais restent flous. "Les industriels jouent la montre, alors que les preuves scientifiques s’accumulent", déplore un toxicologue.
Sécheresse en Haute-Garonne : les éleveurs au bord du gouffre
En Haute-Garonne, la sécheresse qui sévit depuis deux ans a grillé les pâturages et vidé les nappes phréatiques. Pour les éleveurs, la situation est critique : sans herbe, impossible de nourrir le bétail. "Si ma situation empire, j’en suis déjà aux deux tiers de mon espérance de vie d’agriculteur", confie Patrick Mola, éleveur de brebis à Estadens. Comme lui, des dizaines d’exploitants ont dû se résoudre à vendre une partie de leur cheptel, faute de pouvoir acheter du fourrage, dont les prix ont doublé en un an.
Les aides de l’État, promises dès l’été 2026, tardent à arriver. "On nous dit de tenir, mais avec quoi ?", s’interroge un syndicaliste agricole. Les éleveurs réclament des mesures d’urgence : des subventions pour l’achat de fourrage, des exonérations de charges et un plan de soutien à long terme pour adapter les exploitations au changement climatique. "On ne peut pas continuer à faire comme avant, mais on ne peut pas non plus tout changer du jour au lendemain", résume un technicien de la Chambre d’agriculture.
La crise touche aussi les consommateurs. La baisse de la production locale entraîne une hausse des prix de la viande et des produits laitiers, déjà fragilisés par l’inflation. "Les Français vont devoir accepter de payer plus cher pour une viande produite dans de bonnes conditions", estime un économiste rural. Une équation complexe, alors que le pouvoir d’achat reste une préoccupation majeure.
Face à cette situation, les éleveurs appellent à une mobilisation nationale. "Si on ne fait rien, il n’y aura plus d’élevage dans le Sud-Ouest d’ici dix ans", avertit un responsable syndical. Un scénario catastrophe, mais qui n’est plus une fiction pour ceux qui, comme Patrick Mola, voient leur exploitation s’effriter un peu plus chaque jour.
Ce qu’il faut retenir
- L’exposition sur Gustave Fayet à la Fondation Louis Vuitton met en lumière un collectionneur visionnaire, dont l’audace contraste avec la frilosité actuelle des institutions culturelles.
- SEB est sous pression pour cesser ses rejets de PFAS, mais les industriels résistent, invoquant des contraintes techniques et économiques. La bataille judiciaire s’annonce longue.
- Les éleveurs de Haute-Garonne paient le prix fort de la sécheresse. Sans aides rapides, c’est tout un secteur qui risque de disparaître, avec des conséquences en cascade sur les prix et l’emploi rural.
Trois fronts où les choix d’aujourd’hui engagent l’avenir – qu’il s’agisse de préserver un patrimoine artistique, de protéger la santé publique ou de sauver une agriculture locale. Des enjeux qui, loin d’être disjoints, dessinent les contours d’une transition à la fois culturelle et écologique.