Maroc 2026 : quand l'enfance, les routes et les prix révèlent l'État d'urgence

Un enfant filmé buvant de l'alcool, une route meurtrière à Tassoultant, des éleveurs au bord de la faillite : ces crises locales exposent les fractures d'un système sous tension.

Maroc 2026 : quand l'enfance, les routes et les prix révèlent l'État d'urgence
Photo de Wahyu Setiawan sur Unsplash

Quand l'enfance devient une affaire d'État

Un enfant, une bouteille, une vidéo qui tourne. À Errachidia, un mineur a été filmé en train de consommer une boisson alcoolisée, offerte par son propre frère. L'affaire, révélée par l'association Touche pas à mon enfant, a déclenché une vague d'indignation sur les réseaux sociaux. Le suspect, interpellé par la Gendarmerie royale, doit comparaître devant le parquet le 15 juin. Mais au-delà du cas individuel, c'est toute la question de la protection de l'enfance qui resurgit, dans un pays où les mécanismes de prévention restent fragiles.

Les associations locales pointent du doigt un vide juridique et institutionnel. "Les signalements existent, mais les moyens manquent pour agir en amont", explique un membre de Touche pas à mon enfant. Le Maroc a ratifié la Convention internationale des droits de l'enfant, mais sur le terrain, les dispositifs de protection peinent à suivre. Les centres d'accueil sont saturés, les travailleurs sociaux en sous-effectif, et les procédures judiciaires, lentes. Résultat : des affaires comme celle d'Errachidia éclatent au grand jour, révélant l'urgence d'une réforme structurelle.

Pourtant, le gouvernement reste silencieux sur le sujet. Aucune réaction officielle n'a été enregistrée depuis la diffusion de la vidéo. Un mutisme qui interroge, alors que les fractures sociales, elles, ne cessent de s'élargir.


Tassoultant : quand la route tue, l'État regarde ailleurs

À une centaine de kilomètres de Marrakech, la route d'Ourika, près de Tassoultant, est devenue un piège mortel. Un tronçon dépourvu de signalisation, de passages piétons et de protections, malgré sa proximité avec un centre de santé et une brigade de gendarmerie. Les habitants, excédés, dénoncent une "négligence criminelle". "Chaque jour, des enfants, des malades, des personnes âgées risquent leur vie pour traverser", témoigne un riverain.

Les autorités locales semblent impuissantes, ou indifférentes. Aucune mesure n'a été prise pour sécuriser le secteur, malgré les alertes répétées. Pourtant, le problème n'est pas nouveau. En 2024, le Maroc a enregistré plus de 3 000 morts sur les routes, un chiffre qui place le pays parmi les plus dangereux d'Afrique en matière de sécurité routière. Les causes ? Un mélange de mauvaise infrastructure, de corruption et d'absence de contrôle.

À Tassoultant, la colère gronde. Les habitants réclament des "mesures immédiates", mais l'État, lui, semble paralysé. Comme si la vie des citoyens comptait moins que les grands projets d'infrastructure, souvent réservés aux zones touristiques ou économiques stratégiques.


Éleveurs de volailles : la crise qui révèle l'échec de la régulation

Ils étaient déjà fragilisés par la hausse des coûts de production. Aujourd'hui, les éleveurs de volailles marocains sont au bord de la faillite. Le prix du kilogramme de poulet vivant est tombé sous les 7 dirhams, alors que le coût de production oscille entre 15 et 17 dirhams. "Nous vendons à perte, et personne ne nous écoute", s'indigne un membre de l'Association nationale des éleveurs de volailles.

La crise n'est pas conjoncturelle. Elle révèle les dysfonctionnements d'un secteur laissé à l'abandon. Les éleveurs accusent les autorités de fermer les yeux sur les pratiques monopolistiques et les importations massives, qui étouffent la production locale. "Le marché est inondé de poulets étrangers, vendus à des prix dérisoires. Comment voulez-vous que nous survivions ?", demande un agriculteur.

Le Parti de la justice et du développement (PJD) a interpellé le gouvernement sur la question, dénonçant une "concurrence déloyale" qui menace des milliers d'emplois. Mais pour l'instant, aucune réponse concrète n'a été apportée. Les éleveurs, eux, continuent de s'endetter, dans l'espoir d'un sursis qui ne vient pas.


Ce qu'il faut retenir

  1. L'enfance en danger : L'affaire d'Errachidia n'est pas un cas isolé. Elle met en lumière les failles d'un système de protection de l'enfance sous-financé et inefficace. Sans réforme urgente, les drames se multiplieront.
  2. La route, un cimetière à ciel ouvert : À Tassoultant comme ailleurs, l'insécurité routière tue en silence. Les autorités locales et nationales semblent incapables, ou peu enclines, à agir. La vie des Marocains vaut-elle moins que les grands projets ?
  3. L'agriculture, parent pauvre de la régulation : Les éleveurs de volailles sont les dernières victimes d'un marché dérégulé, où les petits producteurs paient le prix des importations massives et des pratiques monopolistiques. Le gouvernement, sourd à leurs appels, risque de précipiter la disparition d'un secteur clé de l'économie locale.

Dans un pays où les fractures sociales et territoriales ne cessent de s'aggraver, ces crises locales sont autant de symptômes d'un État en panne. Entre négligence, impuissance et indifférence, le Maroc 2026 ressemble de plus en plus à un royaume des urgences ignorées.