Pouvoirs publics, banques, pétrole : qui paie vraiment la facture de 2026 ?

Entre coupes budgétaires, crédits gelés et impôts évités, l'État et les géants du CAC 40 jouent un jeu trouble avec l'argent public. Qui assume ?

Pouvoirs publics, banques, pétrole : qui paie vraiment la facture de 2026 ?
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La France serre la vis, mais pour qui ?

4 milliards d’euros. C’est le montant des crédits gelés ou annulés par Bercy pour compenser le coût de la guerre au Moyen-Orient. Une saignée qui tombe mal : la France, déjà sous pression des marchés, doit tenir son déficit à 5 % du PIB en 2026. Mais derrière les chiffres, une question se pose : qui paie vraiment ?

Les ministères sont priés de se serrer la ceinture, mais les coupes ciblent surtout les budgets sociaux et les investissements d’avenir. L’Éducation nationale voit ses crédits gelés, la transition écologique est mise en pause, et les hôpitaux devront faire avec moins. Pendant ce temps, les traitements anti-obésité comme le Wegovy ou le Mounjaro seront remboursés à 65 % dès mi-juin – une mesure coûteuse, mais politiquement rentable à l’approche de 2027.

Le gouvernement assume : "On ne touche pas aux dépenses de souveraineté", a glissé un conseiller. Traduction : la défense et la diplomatie sont épargnées. Mais à quel prix ? Les collectivités locales, déjà asphyxiées, devront encore rogner sur les services publics. Et les Français, eux, continueront de payer – via des impôts toujours plus lourds ou des services toujours plus dégradés.

Banques et assureurs : le crédit privé, ce trou noir que personne ne veut voir

L’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) se veut rassurante : l’exposition des banques et des assureurs au crédit privé reste "limitée". Mais derrière ce satisfecit, une réalité moins reluisante. Les produits structurés, ces montages financiers opaques qui promettent des rendements mirifiques, continuent de prospérer – et personne ne sait vraiment qui les détient.

L’ACPR exclut, "pour l’instant", de réserver ces produits aux investisseurs avertis. Une prudence qui en dit long : le régulateur craint de fragiliser un marché déjà sous tension. Pourtant, les risques sont bien réels. En cas de crise, ces actifs pourraient s’avérer illiquides, mettant en péril la stabilité financière.

Pourquoi cette frilosité ? Parce que le crédit privé est devenu un pilier du financement des entreprises – surtout les plus fragiles. Interdire ces produits, ce serait risquer de priver des milliers de PME de liquidités. Mais les laisser prospérer sans garde-fous, c’est jouer avec le feu. L’ACPR le sait, mais préfère botter en touche. La question n’est plus si une crise surviendra, mais quand.

TotalEnergies : le roi du pétrole qui ne paie pas ses impôts

Patrick Pouyanné se voit en "roi du pétrole". Un titre qu’il mérite, à en croire les chiffres : TotalEnergies réalise un quart de son chiffre d’affaires en France, mais y paie à peine d’impôts sur les sociétés. Comment ? Grâce à un savant montage fiscal, qui permet à la multinationale de déclarer ses bénéfices dans des paradis fiscaux – tout en profitant des infrastructures françaises.

Libération a épluché les rapports financiers du groupe. Résultat : en 2025, TotalEnergies a engrangé 12 milliards d’euros de bénéfices en France, mais n’y a payé que 150 millions d’impôts – soit un taux effectif de 1,25 %. Le reste ? Transféré vers des filiales en Suisse, aux Pays-Bas ou à Singapour, où les taux sont bien plus cléments.

Pourtant, le gouvernement ne bronche pas. Pourquoi ? Parce que TotalEnergies est un champion national, un fleuron de la "souveraineté énergétique". Et puis, ces milliards d’euros non perçus, ce sont autant de recettes fiscales en moins pour l’État – qui doit bien trouver l’argent ailleurs. D’où les coupes budgétaires. D’où les crédits gelés. D’où la facture, finalement, payée par les Français.

Ce qu’il faut retenir

  1. L’État serre la vis, mais épargne les siens : Les coupes budgétaires ciblent les dépenses sociales et les investissements, pas la défense ou la diplomatie. Une stratégie à courte vue, qui fragilise les services publics sans régler le problème de fond.
  2. Le crédit privé, ce risque systémique que personne ne veut voir : Les banques et les assureurs jouent avec le feu en misant sur des produits opaques. Le régulateur ferme les yeux – jusqu’à la prochaine crise.
  3. TotalEnergies, ou l’art de ne pas payer d’impôts : La multinationale réalise des milliards de bénéfices en France, mais y paie à peine d’impôts. Un scandale fiscal qui coûte cher aux contribuables.

En 2026, la France paie cher ses contradictions. Entre rigueur budgétaire et passe-droits, entre régulation molle et optimisation fiscale agressive, le système montre ses limites. Et ce sont toujours les mêmes qui trinquent.