École en crise, justice à deux vitesses : la France qui abandonne ses enfants
Absences non remplacées, violences impunies, lois opportunistes : quand l'État sacrifie une génération au nom de l'austérité et des calculs politiques.
La France a choisi ses priorités. Et ce mardi 12 mai 2026, le verdict est sans appel : les enfants ne font pas partie du contrat. Entre les murs des collèges où 10% des heures de cours s’évaporent dans le vide, et les couloirs des tribunaux où l’on promet enfin aux victimes ce qu’on leur refuse depuis des décennies, le même mépris se déploie. Celui d’un État qui préfère les effets d’annonce aux actes, les rustines aux réformes, et les calculs électoraux à l’avenir d’une génération.
L’école publique, ou l’art de faire semblant
Dix pour cent. C’est la part des heures de cours que les élèves de collège et de lycée perdent chaque année, faute de remplaçants. Un chiffre qui n’a pas bougé depuis 2018, malgré les promesses ministérielles et les plans "priorité au remplacement" martelés depuis 2022. Derrière ce pourcentage froid se cache une réalité bien plus crue : des salles de classe désertes, des programmes bâclés, des élèves livrés à eux-mêmes. Et surtout, une hypocrisie d’État.
Le ministère de l’Éducation nationale, dirigé par Édouard Geffray, a fait du remplacement des enseignants absents une "priorité absolue". Pourtant, les chiffres le trahissent. En se focalisant sur les absences ponctuelles – plus faciles à gérer médiatiquement –, l’institution ignore sciemment les remplacements de longue durée, ceux qui creusent les inégalités entre établissements. Résultat : les élèves des quartiers défavorisés, déjà pénalisés par des conditions d’apprentissage dégradées, voient leur retard s’aggraver. À qui profite cette négligence ? Certainement pas à eux.
Pire encore, cette gabegie se double d’un mépris affiché pour les fondamentaux. Dans une tribune au Monde, l’écrivain Rachid Santaki et la consultante Mélina Cohen-Setton rappellent une évidence : "La maîtrise de l’écriture apparaît comme un enjeu démocratique." Leur proposition est d’une simplicité désarmante : consacrer dix minutes par jour à l’écriture. Une mesure qui coûterait si peu, et rapporterait tant. Mais dans un système où l’on préfère les grands discours sur "l’excellence" aux petites actions concrètes, cette idée a toutes les chances de finir au placard.
La justice, ou comment protéger les victimes sans rien changer
Pendant ce temps, à l’Assemblée nationale, on s’agite autour d’une proposition de loi "visant à prévenir les victimes de la libération de leur agresseur". Un texte adopté à l’unanimité en commission des lois, et qui bénéficie d’un processus accéléré. Officiellement, il s’agit de "garantir l’information et la protection des victimes de violences sexistes et sexuelles". Officieusement, c’est une opération de communication bien huilée, née dans le sillage du suicide de Yanis, 17 ans, en 2025.
La juriste Michèle Créoff y voit une avancée majeure : "On va enfin cesser de considérer que la justice est un tête-à-tête entre la société et le délinquant." Sauf que cette loi, aussi louable soit-elle dans ses intentions, ne règle rien. Elle se contente d’ajouter une couche de bureaucratie à un système déjà engorgé, sans s’attaquer aux racines du problème : l’impunité des agresseurs, la lenteur des procédures, et le manque criant de moyens alloués à la protection des victimes.
Car pendant que les députés votent des textes "opportunistes" – pour reprendre le qualificatif utilisé par Libération –, les tribunaux continuent de rendre des décisions qui laissent les victimes sur le carreau. L’affaire Sarkozy, dont le réquisitoire en appel a commencé ce lundi, en est l’illustration parfaite. L’avocat général y décrit "une entente entre amis fidèles", élargie à des intermédiaires troubles. Mais au-delà des personnalités impliquées, c’est toute la mécanique judiciaire qui est en cause : des procédures interminables, des moyens insuffisants, et une impression tenace que la justice n’est pas la même pour tous.
L’enfance sacrifiée sur l’autel des calculs politiques
Le Rassemblement national, lui, joue une partition encore plus cynique. Ce mardi, il présente à l’Assemblée une proposition de loi "sur la protection des personnels de l’éducation nationale". Parmi les mesures, une interdiction explicite des signes religieux ostensibles pour les élèves, y compris en dehors du temps scolaire. Un texte qualifié de "peu réaliste" par Libération, mais qui a le mérite de flatter l’électorat conservateur à peu de frais.
Car c’est bien là le problème : dans cette France de 2026, les enfants sont devenus une variable d’ajustement. On leur promet des écoles performantes, mais on leur offre des salles vides. On leur jure une justice protectrice, mais on leur impose des procédures kafkaïennes. On leur parle d’égalité des chances, mais on leur réserve un système à deux vitesses, où le hasard de la naissance détermine encore trop souvent leur avenir.
Et pendant ce temps, les adultes continuent de débattre. Des heures de cours perdues ? Une fatalité budgétaire. Des victimes abandonnées ? Un problème de procédure. Des inégalités qui se creusent ? Une question de "mérite". La France a choisi son camp : celui des apparences, des rustines, et des calculs politiques. Les enfants, eux, paient l’addition. En silence.