Géopolitique 2026 : quand les crises forcent la France à choisir son camp

Déplacés internes, Ukraine vendeuse d'armes, Meloni en difficulté : la France, entre realpolitik et vide stratégique du RN, doit trancher dans un monde qui se fracture.

Géopolitique 2026 : quand les crises forcent la France à choisir son camp
Photo de Juno Jo sur Unsplash

Le monde en fuite : 82 millions de déplacés internes, et la France regarde ailleurs

82,2 millions. C’est le nombre de personnes contraintes de fuir à l’intérieur de leur propre pays en 2025, selon l’Observatoire des situations de déplacement interne. Un bond de 60 % en un an, porté par les conflits – Soudan, RDC, Iran – qui supplantent désormais les catastrophes climatiques comme première cause d’exode. La France, sixième contributeur au HCR, a annoncé en avril une hausse de 10 % de sa contribution. Une goutte d’eau : l’UE, elle, a réduit son budget migration de 12 % en 2026, sous la pression des États membres.

Pourtant, ces chiffres ne sont pas qu’une statistique humanitaire. Ils dessinent une carte des fractures géopolitiques où Paris joue un rôle de plus en plus marginal. L’Iran, avec 12 millions de déplacés internes, est devenu le laboratoire des régimes autoritaires : répression des Kurdes, instrumentalisation des réfugiés afghans comme monnaie d’échange avec l’UE. La RDC, elle, illustre l’échec des missions de paix onusiennes, où la France a perdu toute influence depuis le retrait de Barkhane. "La diplomatie française parle de ‘stabilité’, mais elle ne pèse plus sur les crises qui façonnent les flux migratoires", résume un ancien ambassadeur en Afrique centrale.

Le paradoxe ? Ces déplacements massifs alimentent directement les tensions électorales en France. Le RN, qui a fait de l’immigration son cheval de bataille, se garde bien d’évoquer les causes structurelles – guerres, pillages des ressources, ingérences russes. "Bardella parle de ‘frontières’, pas de géopolitique", souligne Catherine Fieschi dans L’Express. "Son programme se résume à une équation : moins de migrants = plus de sécurité. Sans jamais dire comment on arrête les guerres qui les poussent à partir."


L’Ukraine, vendeuse d’armes : quand la realpolitik dépasse les idéaux

Volodymyr Zelensky était à Damas le 5 avril. Pas pour une visite humanitaire, mais pour vendre des drones et des systèmes de défense aérienne à Bachar al-Assad. Une ironie de l’histoire : l’Ukraine, symbole de la résistance à l’impérialisme russe, arme désormais un régime que la France a tenté de renverser pendant une décennie.

Ce revirement illustre une réalité crue : la guerre a fait de Kiev un acteur clé du marché de l’armement. "L’Ukraine n’a plus le luxe de choisir ses clients", explique un analyste du Monde. "Elle vend à qui peut payer – Golfe, Caucase, même des pays sous embargo." Une stratégie qui rappelle celle d’Israël dans les années 1980 : exporter son savoir-faire militaire pour financer sa survie.

Pour la France, cette nouvelle donne pose un dilemme. Paris a livré des Mirage 2000-5 et des missiles SCALP à l’Ukraine, mais refuse d’autoriser la réexportation de ces armes vers des pays tiers – une clause que Zelensky a ouvertement contournée en signant des contrats avec l’Arabie saoudite. "Macron veut garder le contrôle sur la prolifération, mais l’Ukraine a besoin de cash maintenant", décrypte un diplomate européen. "C’est la realpolitik contre les principes."

Le plus inquiétant ? L’absence de débat en France. Le RN, obsédé par l’immigration, ignore superbement cette dimension. Le PS, divisé entre pro-ukrainiens et pacifistes, n’a pas de ligne claire. Quant à Macron, il navigue à vue : soutien militaire à Kiev, mais silence radio sur ses ventes d’armes à des régimes autoritaires. "La France parle de ‘souveraineté européenne’, mais elle laisse l’Ukraine devenir un marchand de canons sans garde-fous", s’alarme un expert de l’IRSEM.


Meloni en miettes : l’extrême droite italienne, miroir de la France

Giorgia Meloni a perdu son référendum sur la réforme de la magistrature. Un camouflet pour la dirigeante de Fratelli d’Italia, qui voyait dans ce texte un moyen de museler les juges – comme Viktor Orbán en Hongrie. Pire : les Italiens lui reprochent désormais son alignement sur Bruxelles et son soutien à l’Ukraine, deux positions qui heurtent son électorat traditionnel.

Ce désaveu résonne en France comme un avertissement. "Meloni a cru qu’elle pouvait jouer les révolutionnaires tout en rassurant les marchés", analyse Allan Kaval dans Le Monde. "Elle a échoué sur les deux tableaux." Une leçon que le RN, qui rêve de gouverner en 2027, ferait bien de méditer.

Car le parti de Bardella et Le Pen est pris dans les mêmes contradictions. D’un côté, il promet une "priorité nationale" radicale, de l’autre, il cherche à séduire les milieux économiques en adoptant un discours pro-européen – du moins en apparence. "Le RN veut être à la fois le parti de la rupture et celui de la continuité", note Fieschi. "Mais comme Meloni, il risque de se retrouver coincé entre ses promesses et les réalités du pouvoir."

Le plus révélateur ? L’absence totale de doctrine géopolitique. "Le RN n’a pas de position sur l’OTAN, sur la dissuasion nucléaire, sur les alliances en Afrique", pointe un diplomate. "Il a un discours sur l’immigration, un autre sur l’économie, mais rien qui ressemble à une vision du monde." En 2026, alors que les crises s’enchaînent – détroit d’Ormuz, Sahel, Ukraine –, cette vacuité stratégique pourrait coûter cher à la France.


Ce qu’il faut retenir : la France face à ses silences

  1. Les déplacés internes ne sont plus un problème humanitaire, mais géopolitique. La France finance des camps au Tchad, mais ne pèse plus sur les conflits qui les remplissent. Pendant ce temps, le RN instrumentalise la peur des migrants sans jamais évoquer les causes de leur exil.
  2. L’Ukraine est devenue un État marchand d’armes. Paris soutient Kiev militairement, mais ferme les yeux sur ses ventes à des régimes controversés. Une hypocrisie qui affaiblit la crédibilité de la France sur la scène internationale.
  3. L’extrême droite italienne s’effondre, et le RN n’a rien appris. Meloni a échoué à concilier radicalité et respectabilité. Bardella, lui, croit encore que le pouvoir se gagne avec des slogans, pas avec une doctrine.
  4. La diplomatie française est en mode pilotage automatique. Entre Macron qui gère les nominations de dernière minute et le RN qui ignore les enjeux internationaux, personne ne semble avoir de vision pour 2027.

En 2026, le monde ne demande plus à la France de jouer les gendarmes. Il lui demande de choisir : entre realpolitik et principes, entre isolationnisme et multilatéralisme, entre peur et responsabilité. Pour l’instant, elle regarde ailleurs.