Climat, art et silence d'État : la France qui regarde ailleurs
L'Unicef alerte sur l'urgence climatique pour les enfants, tandis que l'art et la culture tentent de réveiller une société endormie. Mais l'État, lui, se tait.
La France a chaud. Pas seulement sous les 38°C annoncés pour ce 16 juin 2026, mais sous le poids d’un silence assourdissant. Pendant que l’Unicef publie des chiffres qui devraient faire trembler les murs de l’Élysée – près de la moitié des enfants du monde exposés à au moins trois aléas climatiques, 95% des petits Tchadiens menacés par la sécheresse et la canicule –, notre ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, brille par son invisibilité. Un symptôme, nous dit-on, de l’abandon pur et simple de l’écologie au sommet de l’État.
L’enfance en première ligne, l’État en retrait
L’alerte de l’Unicef n’est pas une surprise. Elle est le énième rappel d’une réalité que la France feint d’ignorer : le réchauffement climatique n’est pas une menace lointaine, mais une crise actuelle qui frappe d’abord les plus vulnérables. Au Tchad, où la situation humanitaire est déjà critique, les enfants paient le prix fort d’une combinaison mortelle – sécheresse, chaleur extrême, canicule. Pourtant, à Paris, le sujet semble relégué au rang de variable d’ajustement budgétaire.
Monique Barbut, dont le portefeuille ministériel inclut pourtant "la biodiversité et les négociations internationales sur le climat", peine à exister. Son absence médiatique n’est pas un hasard : elle reflète une tendance plus large, celle d’un gouvernement qui a choisi de regarder ailleurs. La transition écologique ? Un dossier technique, relégué aux marges des arbitrages politiques. Les alertes des scientifiques ? Des cris dans le désert. Les enfants du Sud, exposés à des chaleurs mortelles ? Une statistique de plus dans un rapport que personne ne lira.
Pendant ce temps, l’inflation liée aux tensions géopolitiques – comme la réouverture hypothétique du détroit d’Ormuz – promet de durer. Les perturbations des chaînes d’approvisionnement, les prix de l’énergie qui flambent, tout cela pèse sur une économie française déjà fragilisée. Et pourtant, aucune stratégie claire, aucun plan d’urgence. Juste l’attente, passive, que les choses se tassent d’elles-mêmes.
L’art comme dernier rempart
Face à cette démission politique, l’art tente de combler le vide. JR, avec son installation monumentale au Pont Neuf, force les Parisiens à lever les yeux de leurs écrans. "Caverne", cette œuvre immersive, n’est pas qu’une prouesse esthétique : c’est un coup de poing dans l’indifférence. "On est tellement en train de scroller sur nos téléphones qu’il faut qu’il y ait des montagnes géantes qui arrivent au milieu de Paris pour que, d’un coup, on s’arrête et qu’on apprenne à re-regarder", explique l’artiste. Message reçu : dans une société saturée d’images éphémères, l’art doit devenir un cri, un rappel brutal de la réalité.
Brice Dellsperger, lui, explore une autre forme de résistance. Avec ses vidéos autour du travestissement et du remake, il questionne les normes, les identités, et les récits dominants. Son installation inspirée de Dynasty – une série culte des années 80 – est une métaphore de notre époque : sous le vernis du glamour, les luttes de pouvoir, les excès, et l’artifice. Une façon de dire que nos sociétés, comme les personnages de Dynasty, sont prisonnières de leurs propres contradictions.
Même le cinéma semble avoir compris l’urgence. Les films qui sortent en salles ces jours-ci – comme les hommages rendus à Christian Bujeau, ce second rôle indispensable du cinéma français, disparu à 81 ans – rappellent une vérité simple : la culture est un miroir. Elle reflète nos peurs, nos espoirs, et nos renoncements. Bujeau, avec son humour et son humanité, incarnait une certaine idée de la France, celle qui résiste, qui persiste, malgré tout.
Le cadmium, symbole d’un État qui oublie
L’annonce du remboursement du dépistage du cadmium pour les personnes à risque est un autre symptôme de cette France qui agit à moitié. Oui, les travailleurs exposés et les riverains de zones polluées pourront enfin se faire dépister. Mais quid des millions de Français qui ingèrent ce métal toxique via leur alimentation ? L’État a choisi de fermer les yeux sur cette voie d’exposition, comme il ferme les yeux sur tant d’autres urgences.
Le cadmium, ce n’est pas qu’un métal lourd. C’est le symbole d’une politique environnementale à la dérive, où l’on soigne les symptômes sans jamais s’attaquer aux causes. Où l’on dépiste les victimes sans jamais sanctionner les pollueurs. Où l’on parle de transition écologique sans jamais oser les mesures radicales qui s’imposent.
Ce qu’il reste à faire
La France de 2026 est un pays qui a les moyens de ses ambitions, mais pas la volonté. Un pays où l’art tente de réveiller les consciences, où les scientifiques tirent la sonnette d’alarme, où les enfants du Sud crèvent sous le soleil, tandis que les ministres regardent ailleurs.
Il serait facile de baisser les bras. De se dire que les jeux sont faits, que les lobbies sont trop puissants, que les citoyens sont trop distraits. Mais l’histoire nous a appris une chose : les changements radicaux ne viennent jamais d’en haut. Ils viennent des marges, des artistes, des associations, des citoyens qui refusent de se taire.
Alors oui, la France regarde ailleurs. Mais elle n’est pas aveugle. Pas encore.