Cannes, Trump, extrême droite : la France prise dans les feux croisés de 2026
Le Japon triomphe à Cannes, Trump défie Wall Street, l'extrême droite cible le CNC : trois fronts où la France se retrouve marginalisée, contestée ou menacée. Analyse des rapports de force qui dessinent l'année.
Le Japon rafle la mise à Cannes, Donald Trump joue les francs-tireurs à Wall Street, et l’extrême droite française s’attaque au CNC. Trois fronts, une même réalité : en 2026, la France se retrouve prise en étau entre des dynamiques qu’elle ne maîtrise plus. Le Festival n’est plus son pré carré, l’économie américaine lui échappe, et ses propres institutions culturelles deviennent des cibles politiques. Retour sur une semaine où le pays a mesuré l’étendue de son déclin relatif – et les risques de son propre basculement.
Cannes 2026 : quand le Japon enterre le soft power français
Trois films japonais en compétition pour la Palme d’or. Un chiffre qui résume à lui seul l’effritement de l’influence française sur la scène culturelle mondiale. Le Festival de Cannes, vitrine historique du cinéma hexagonal, se transforme en arène où les puissances asiatiques dictent désormais les règles. "Le Japon n’est pas un nouveau venu, mais cette année, il impose une domination esthétique et narrative qui contraste avec la fragilité des productions européennes", note Le Dauphiné Libéré.
Pourquoi ça compte ? Parce que Cannes n’est pas qu’un événement mondain. C’est un baromètre du soft power. Or, en 2026, la France y apparaît en retrait, voire en spectatrice. Les films français en lice peinent à convaincre, tandis que les plateformes américaines (Netflix, Amazon) et les studios asiatiques trustent les sélections. "La Palme est devenue un enjeu géopolitique : qui la remporte envoie un signal sur la vitalité culturelle d’un pays", analyse un critique présent sur place.
Le problème n’est pas seulement cinématographique. Il est économique. Le CNC, pilier du financement du cinéma français, est dans le viseur de l’extrême droite. "Sans lui, de nombreux films français ne pourraient pas voir le jour", rappelle Le Monde. Pourtant, le Rassemblement national (RN) en fait une cible, accusant l’institution de gaspillage et de partialité idéologique. Une rhétorique qui rappelle les attaques contre l’audiovisuel public – et qui pourrait, en cas de victoire électorale, signer la fin d’un modèle unique au monde.
Trump, Wall Street et la finance décomplexée
Donald Trump, de retour aux affaires après sa réélection en 2024, continue de bousculer les règles. Cette fois, c’est Wall Street qui est dans le collimateur. Selon Le Figaro, l’ancien président a réalisé des transactions boursières massives – "plusieurs centaines de millions de dollars" – via des entreprises comme Amazon, Apple ou Microsoft. Des mouvements qui soulèvent des questions sur les conflits d’intérêts et l’influence des dirigeants politiques sur les marchés.
Pour la France, cette affaire est un double avertissement. D’abord, elle confirme que les États-Unis, même sous Trump, restent le centre névralgique de la finance mondiale – et que Paris n’a pas les moyens de rivaliser. Ensuite, elle révèle l’hypocrisie des discours sur la régulation : alors que l’Europe durcit ses règles (DSA, DMA, AI Act), les États-Unis laissent leurs élites jouer avec les limites légales.
"Trump incarne une finance sans complexe, où les frontières entre pouvoir politique et intérêts privés s’effacent", résume un économiste interrogé par Le Figaro. Une leçon pour la France, où les affaires Saadé-Macron ont déjà montré que les liens entre l’État et les grands groupes restent opaques.
L’extrême droite et la tentation du démantèlement culturel
Le RN ne se contente plus de critiquer le CNC. Il en fait un symbole de "l’État culturel", qu’il promet de démanteler au profit d’un "mécénat privé et patriotique". Une menace qui dépasse le cinéma : c’est tout l’écosystème culturel français qui est visé. "Le CNC, c’est 80 ans de politique publique au service de la diversité et de l’indépendance artistique. Le remplacer par des logiques de marché, c’est prendre le risque d’un cinéma uniformisé, formaté pour les algorithmes", s’alarme Le Monde.
Cette offensive s’inscrit dans un mouvement plus large. En Grande-Bretagne, l’extrême droite de Reform UK progresse, poussant le Labour de Keir Starmer dans ses retranchements. En France, le RN contrôle déjà plusieurs mairies et prépare sa conquête du pouvoir national. "La culture est un champ de bataille idéologique. En s’attaquant au CNC, l’extrême droite envoie un message : elle veut réécrire les règles du jeu, pas seulement les appliquer", décrypte un politologue.
Le paradoxe ? Alors que la France tente de défendre son modèle culturel à l’international (via des lois comme la chronologie des médias ou les quotas de diffusion), elle le fragilise de l’intérieur. Entre les attaques politiques et la concurrence des géants du streaming, le cinéma français se retrouve pris entre deux feux.
Ce qu’il faut retenir : la France en position de faiblesse
- Cannes n’est plus un bastion français : Le Japon et les plateformes américaines dominent, tandis que l’Europe peine à exister. La Palme d’or 2026 pourrait bien être un symbole de ce basculement.
- Wall Street reste hors de portée : Les transactions de Trump rappellent que la finance américaine joue avec des règles différentes – et que la France n’a pas les moyens de les contester.
- L’extrême droite cible les institutions culturelles : Le CNC est dans le viseur, mais c’est tout l’édifice de la politique culturelle française qui est menacé. Une victoire du RN en 2027 pourrait accélérer son démantèlement.
- La France marginalisée sur tous les fronts : Que ce soit en géopolitique (Ukraine, Afrique), en économie (CMA CGM, OpenAI) ou en culture, le pays semble condamné à subir les dynamiques des autres puissances.
En 2026, la France n’est plus un acteur central. Elle est un pays qui doit choisir : résister à son déclin ou s’y résigner. Les prochains mois diront si elle a encore les moyens de sa souveraineté – ou si elle devra se contenter de jouer les seconds rôles.