Cannes, grêle et CNC : quand culture et climat défient l'extrême droite

Le Festival de Cannes résiste, le CNC est menacé, et la grêle géante interroge notre rapport au climat. Trois fronts où la France affronte ses contradictions.

Cannes, grêle et CNC : quand culture et climat défient l'extrême droite
Photo de Eduardo Sánchez sur Unsplash

Le Festival de Cannes ouvre ses portes sous un soleil de plomb, mais c’est l’ombre de l’extrême droite qui plane sur la Croisette. Pendant ce temps, à quelques centaines de kilomètres, des grêlons gros comme des balles de tennis s’abattent sur les vignobles, rappelant que le climat ne négocie pas. Et entre les deux, le CNC, pilier du cinéma français, se retrouve dans le viseur d’un Rassemblement national qui rêve de le démanteler. Trois fronts, une même question : comment la France peut-elle encore prétendre incarner la culture et l’écologie quand ses élites politiques jouent avec le feu ?


Cannes : le cinéma français face à son miroir brisé

John Travolta débarque à Cannes avec One-Way Night Coach, son premier film en tant que réalisateur. L’occasion de rappeler que le cinéma, c’est d’abord une industrie de survivants. Travolta, star des années 1970, a connu la traversée du désert avant de renaître avec Pulp Fiction. Une trajectoire qui résonne étrangement avec celle du cinéma français aujourd’hui : glorieux hier, incertain demain.

Car Cannes, cette année, n’est pas qu’une vitrine. C’est un rempart. Le festival résiste, mais pour combien de temps ? L’extrême droite, favorite des prochaines élections, a déjà annoncé la couleur : le CNC, ce système unique au monde qui finance le cinéma français depuis 1946, est dans sa ligne de mire. Pourquoi ? Parce qu’il incarne tout ce que le RN déteste : un État stratège, une culture subventionnée, une industrie qui échappe aux logiques purement marchandes.

Le paradoxe ? Sans le CNC, des films comme La Haine, Intouchables ou Portrait de la jeune fille en feu n’auraient jamais vu le jour. Pourtant, c’est ce même système que le RN veut "réformer" – comprendre : démanteler. Comme si la culture française, déjà fragilisée par la concurrence des plateformes et la désertion d’Hollywood, avait besoin d’un coup de grâce.


Le CNC, ou l’art de tuer la poule aux œufs d’or

Le Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC) est une anomalie française qui marche. Un modèle hybride, à la fois public et privé, qui redistribue les recettes des salles, des chaînes de télévision et des plateformes pour financer la création. Résultat : la France produit plus de 300 films par an, contre une centaine au Royaume-Uni. Un écosystème qui fait vivre des milliers de techniciens, d’acteurs et de réalisateurs.

Pourtant, le RN en a fait une cible. Son argument ? Le CNC serait un "gaspillage d’argent public". Une rhétorique qui ignore délibérément que le système s’autofinance à 90 % via des taxes sur les billets de cinéma et les abonnements aux plateformes. Comme si l’État devait se contenter de regarder les industries culturelles crever, sous prétexte que "le marché" fera le tri.

La réalité, c’est que le CNC est un rempart contre l’uniformisation culturelle. Sans lui, la France produirait des Fast & Furious en série, et plus de Caché ou de Titane. Le RN le sait. C’est précisément pour cela qu’il veut le détruire.


Grêle géante : quand le climat écrit l’histoire en gros caractères

Pendant ce temps, dans les vignobles du Sud-Ouest, les agriculteurs ramassent des grêlons gros comme des poings. Des boules de glace de 8 centimètres de diamètre, capables de détruire une récolte en quelques minutes. Un phénomène qui n’est pas nouveau, mais qui devient de plus en plus fréquent – et violent.

Les scientifiques sont formels : le dérèglement climatique ne crée pas plus de grêle, mais il la rend plus destructrice. Pourquoi ? Parce qu’un air plus chaud contient plus d’humidité, et des courants ascendants plus puissants. Résultat : les grêlons grossissent avant de s’abattre sur les cultures.

Pourtant, en France, on continue de débattre du "coût de la transition écologique" comme si le vrai coût n’était pas déjà là, sous nos yeux. Chaque grêlon qui s’écrase sur un vignoble est une facture que personne ne veut payer. Une facture qui s’ajoute à celle des incendies, des inondations et des sécheresses.

Le gouvernement, lui, se contente de communiqués. "On va aider les agriculteurs", promet-on. Comme si quelques millions d’euros de subventions pouvaient compenser des milliards de pertes annuelles. Comme si la solution était de réparer les dégâts, plutôt que de s’attaquer à leurs causes.


Ce qu’il faut retenir : la France au pied du mur

  1. Cannes résiste, mais pour combien de temps ?

Le festival est un symbole, mais un symbole fragile. Si le RN arrive au pouvoir, le CNC pourrait disparaître. Et avec lui, une partie de l’âme du cinéma français.

  1. Le CNC n’est pas un luxe, c’est un investissement.

Sans lui, la France perdrait son indépendance culturelle. Et ce n’est pas un hasard si l’extrême droite veut le tuer : elle sait que la culture est un contre-pouvoir.

  1. La grêle géante n’est pas une fatalité, c’est un avertissement.

Le climat ne négocie pas. Chaque tempête, chaque grêlon, chaque récolte détruite est un rappel : la transition écologique n’est pas une option, c’est une urgence.

La France est à un carrefour. Elle peut choisir de défendre sa culture, son cinéma, son agriculture. Ou elle peut choisir de les sacrifier sur l’autel du populisme et de l’immédiateté. Le Festival de Cannes, le CNC et les vignobles du Sud-Ouest ne sont pas des détails. Ce sont des fronts. Et sur ces fronts, la bataille est déjà engagée.