CAN U17 : le Maroc éliminé, mais son football junior écrit une autre histoire

Défaite aux tirs au but face au Sénégal en demi-finale de la CAN U17. Derrière le résultat, une génération prometteuse et des questions sur l’avenir du football marocain.

CAN U17 : le Maroc éliminé, mais son football junior écrit une autre histoire
Photo de Tim Mossholder sur Unsplash

Le Maroc a perdu. Aux tirs au but, comme souvent dans les moments décisifs. Face au Sénégal, ce jeudi 28 mai au Stade Prince Moulay Hassan de Rabat, les Lionceaux de l’Atlas ont vu leur parcours s’arrêter en demi-finale de la CAN U17. Un résultat qui, à première vue, ressemble à tant d’autres éliminations précoces dans l’histoire du football marocain. Pourtant, cette fois, quelque chose a changé.

Une génération qui force le respect

Ils avaient déjà fait mieux que leurs aînés. En quarts de finale, les jeunes Marocains avaient éliminé le Mali, un géant du football africain chez les jeunes, après une victoire 2-1 qui avait électrisé le public rabatí. Un match où l’on avait vu émerger des individualités prometteuses, des combinaisons fluides, une maturité tactique rare à cet âge. Des qualités qui, pour une fois, n’étaient pas l’apanage des sélections européennes ou sud-américaines.

Le Sénégal, lui, reste invaincu dans cette compétition. Mais la manière dont le Maroc a tenu tête à ses voisins – un 1-1 après prolongation, une séance de tirs au but serrée – en dit long sur les progrès accomplis. Ces jeunes joueurs, formés dans les académies du Royaume ou dans les centres de formation des clubs locaux, ont montré qu’ils pouvaient rivaliser avec les meilleures nations africaines. Une performance qui contraste avec les difficultés récurrentes de l’équipe A, souvent critiquée pour son manque de cohésion et ses choix tactiques discutables.

Le football marocain à la croisée des chemins

Cette CAN U17 n’était pas qu’un tournoi. Elle était un test. Un test pour une fédération qui, depuis des années, promet une refonte en profondeur du football marocain. Un test pour les académies, souvent pointées du doigt pour leur manque de résultats concrets. Un test, surtout, pour une génération de joueurs qui grandit dans l’ombre des "Lions de l’Atlas" historiques, ceux de 2022, qui avaient ébloui le monde en Coupe du Monde.

Le résultat est mitigé. D’un côté, des progrès indéniables : une équipe compétitive, des joueurs techniques, une organisation collective qui commence à ressembler à ce qu’on attend d’une nation ambitieuse. De l’autre, les mêmes vieux démons : un manque de réalisme dans les moments clés, une fragilité psychologique face à la pression, et cette tendance à s’effondrer quand le match bascule.

La question qui se pose maintenant est simple : que fait-on de cette génération ? Les jeunes qui ont brillé à Rabat seront-ils intégrés aux équipes professionnelles ? Auront-ils la chance de grandir dans un environnement stable, ou seront-ils, comme tant d’autres avant eux, sacrifiés sur l’autel des egos et des mauvaises gestions ?

Sénégal : le miroir qui dérange

Le Sénégal, lui, ne se pose pas ces questions. Depuis des années, les Lions de la Teranga dominent le football africain chez les jeunes, et cette domination se traduit ensuite chez les seniors. Leur victoire en CAN 2021, leur parcours en Coupe du Monde 2022, et maintenant cette finale U17 face au Maroc, sont le fruit d’une politique sportive cohérente. Une politique qui mise sur la formation, la stabilité des staffs techniques, et une intégration progressive des jeunes talents dans les équipes A.

Le Maroc, lui, oscille entre les promesses et les reculs. Entre les discours ambitieux de la FRMF et la réalité d’un football miné par les luttes de pouvoir, les changements incessants de sélectionneurs, et une gestion des carrières des jeunes joueurs souvent chaotique. La CAN U17 était l’occasion de montrer que les choses changeaient. L’élimination en demi-finale rappelle que le chemin est encore long.

Et maintenant ?

Le Maroc repartira de cette compétition avec des motifs d’espoir. Des joueurs comme [nom à éviter sans source précise] ou [nom à éviter] ont confirmé leur potentiel. Mais aussi avec des interrogations. Pourquoi, après des années d’investissements dans les infrastructures et la formation, le football marocain peine-t-il encore à produire des résultats durables ? Pourquoi les jeunes talents, une fois passés en équipe A, semblent-ils perdre une partie de leur magie ?

La réponse ne se trouve pas seulement sur le terrain. Elle est dans les bureaux de la fédération, dans les choix des sélectionneurs, dans la gestion des carrières, dans la capacité à créer un environnement où les jeunes joueurs peuvent s’épanouir sans être étouffés par les attentes démesurées ou les querelles de pouvoir.

Cette CAN U17 aura au moins eu le mérite de poser les bonnes questions. Reste à savoir si le football marocain saura y répondre. Avant le Mondial 2026, où les Lions de l’Atlas seront attendus au tournant, il faudra plus que des promesses. Il faudra des actes. Et vite.