CAN U17 : le Maroc en tête, mais le foot jeune étouffe sous les contradictions

Victoire des Lionceaux contre l'Éthiopie (2-1), mais le foot marocain U17 révèle les fractures du système : formation, pression climatique et enjeux géopolitiques.

CAN U17 : le Maroc en tête, mais le foot jeune étouffe sous les contradictions
Photo de Philip Strong sur Unsplash

Quand les Lionceaux rugissent, le système tremble

Dimanche 17 mai 2026. Les Lionceaux de l’Atlas battent l’Éthiopie 2-1 à l’Académie Mohammed VI, s’installent en tête du groupe A de la CAN U17, et offrent au Maroc une bouffée d’oxygène dans un paysage sportif asphyxié par ses propres contradictions. Deux buts en seconde mi-temps, dont un dans les arrêts de jeu, pour une victoire qui sent le soulagement plus que l’euphorie. Parce que derrière ce résultat, se cache une réalité moins glorieuse : le football marocain des jeunes est un miroir grossissant des fractures du Royaume.

La CAN U17, vitrine d’un système à deux vitesses

L’Académie Mohammed VI, joyau de la formation marocaine, a accueilli ce match dans des conditions optimales. Pelouse impeccable, infrastructures dernier cri, public acquis à la cause. Pourtant, à quelques kilomètres de là, dans les quartiers populaires de Casablanca ou les zones rurales de l’Oriental, des milliers de jeunes footballeurs s’entraînent sur des terrains vagues, sans encadrement, sans équipement, sans espoir de rejoindre un jour les rangs professionnels. La victoire des U17 marocains est une victoire pour l’élite du football local, pas pour le football marocain dans son ensemble.

Le sélectionneur des Lionceaux, dont le nom n’est même pas mentionné dans les comptes-rendus, incarne cette opacité. Qui forme ces jeunes ? Qui les repère ? Qui décide de leur avenir ? Le système marocain, malgré ses académies et ses partenariats avec des clubs européens, reste un mystère pour la majorité des talents du pays. Les critères de sélection sont flous, les parcours individuels souvent dépendants de réseaux informels, et les inégalités territoriales creusent un fossé entre les privilégiés de Rabat ou Marrakech et les laissés-pour-compte des régions éloignées.

Le climat, ce adversaire invisible

Les prévisions météorologiques pour ce dimanche 17 mai 2026 sont sans appel : nuages bas, averses locales, orages sur l’Atlas, et des températures qui oscillent entre 0°C sur les hauteurs et 16°C dans les plaines. Un temps typique de cette période de l’année, mais qui rappelle une réalité plus large : le Maroc, comme le reste de l’Afrique, est en première ligne du dérèglement climatique.

Pour les jeunes footballeurs, cela signifie des entraînements perturbés, des matchs reportés, des conditions de jeu de plus en plus difficiles. Les académies, souvent situées dans des zones urbaines densément peuplées, sont aussi vulnérables aux vagues de chaleur et aux pénuries d’eau. Comment former la prochaine génération de talents quand les terrains deviennent impraticables, quand les jeunes athlètes souffrent de déshydratation, quand les infrastructures ne sont pas adaptées aux nouvelles réalités climatiques ?

Le football marocain, comme le reste du pays, doit faire face à une urgence : adapter ses méthodes, ses infrastructures, et sa vision du sport à un environnement en mutation. La victoire contre l’Éthiopie est une bonne nouvelle, mais elle ne doit pas faire oublier que le vrai défi se joue en dehors des stades.

Géopolitique du ballon rond

La CAN U17 n’est pas qu’une compétition sportive. Elle est aussi un terrain de jeu géopolitique, où le Maroc tente de consolider son influence en Afrique. En organisant cette compétition, le Royaume envoie un message clair : il veut être un acteur majeur du football continental, pas seulement un outsider qui brille ponctuellement.

Mais cette ambition se heurte à des réalités complexes. Le football africain est fragmenté, marqué par des rivalités historiques, des déséquilibres économiques, et une gouvernance souvent opaque. Le Maroc, avec ses moyens financiers et ses infrastructures, peut-il vraiment jouer les fédérateurs ? La question se pose, d’autant plus que les tensions régionales, comme celles avec l’Algérie, continuent de peser sur les dynamiques continentales.

La victoire contre l’Éthiopie, un pays avec lequel le Maroc a récemment renforcé ses liens économiques, est aussi un signal politique. Elle rappelle que le football est un outil de soft power, et que le Maroc entend bien l’utiliser pour renforcer sa position en Afrique. Mais cette stratégie a ses limites : le football ne peut pas tout résoudre, surtout quand les fractures sociales et économiques du pays restent béantes.

Ce qu’il faut retenir

Les Lionceaux de l’Atlas ont gagné. Mais cette victoire, aussi méritoire soit-elle, ne doit pas faire illusion. Le football marocain des jeunes est un système à bout de souffle, étouffé par ses contradictions internes, par les défis climatiques, et par les enjeux géopolitiques qui dépassent le cadre sportif.

Pour que le Maroc devienne une véritable puissance footballistique, il ne suffit pas de construire des académies ou d’organiser des compétitions. Il faut repenser la formation, démocratiser l’accès au sport, et adapter les infrastructures aux réalités d’un monde en surchauffe. Sinon, les victoires des U17 resteront des exceptions, et non le début d’une nouvelle ère.

En attendant, le Maroc affronte la Tunisie ce mercredi pour la première place du groupe. Une nouvelle occasion de briller, mais aussi de rappeler que le football, comme le reste du pays, est à un tournant.