Brémond, Volkswagen, CPME : la France en deuil de ses modèles économiques
La mort de Gérard Brémond, les suppressions d’emplois chez Volkswagen et la mue de la CPME révèlent une crise des modèles économiques français. Qui paiera le prix de ces transitions ?
Pourquoi la mort de Brémond sonne le glas d’un capitalisme à la française
Gérard Brémond est mort. Le fondateur de Pierre & Vacances, l’homme qui a inventé la "nouvelle propriété" – ces résidences de tourisme où l’on achète un bien pour le louer une partie de l’année – emporte avec lui un pan entier du capitalisme hexagonal. Un modèle bâti sur l’immobilier, la défiscalisation et l’optimisation fiscale, aujourd’hui en lambeaux.
Brémond a surfé sur les Trente Glorieuses, puis sur les années 1980-2000, où l’État encourageait l’investissement locatif via des dispositifs comme la loi Malraux ou le statut de loueur meublé non professionnel (LMNP). Son empire, c’est 250 000 lits en Europe, des stations de ski comme Avoriaz, et un concept qui a fait florès : transformer le tourisme en produit financier. Aujourd’hui, ce modèle vacille. Les résidences de tourisme sont en surcapacité, les rendements s’effondrent, et les propriétaires, souvent des particuliers floués par des promesses de rentabilité, se retrouvent avec des biens invendables.
La mort de Brémond n’est pas qu’un fait divers. C’est le symbole d’un capitalisme français qui a cru pouvoir éternellement compter sur la pierre et les niches fiscales. Or, l’État a durci le ton : suppression progressive des avantages du LMNP, encadrement des loyers, taxation des plus-values. Le secteur de l’immobilier touristique, autrefois poumon de l’économie française, est devenu un champ de ruines. Qui va racheter ces résidences fantômes ? Qui va payer la facture de cette bulle qui éclate ?
Volkswagen : quand l’Allemagne découvre que la Chine n’est plus son atelier
100 000 suppressions d’emplois. Le chiffre, révélé par une note interne, a fait l’effet d’une bombe. Volkswagen, géant allemand qui emploie 657 000 personnes dans le monde, est en train de réaliser une vérité cruelle : la Chine, son premier marché pendant des décennies, ne lui appartient plus. Pire, elle est devenue son bourreau.
La chute est vertigineuse. En 2021, Volkswagen vendait 3,3 millions de véhicules en Chine. En 2025, ce chiffre est tombé à 1,8 million. Les constructeurs chinois, comme BYD ou NIO, ont non seulement conquis leur marché intérieur, mais ils exportent désormais en Europe, où ils vendent des voitures électriques à des prix que Volkswagen ne peut pas égaler. Résultat : l’Allemagne, berceau de l’industrie automobile, voit ses usines se vider.
Le plan de sauvetage de Volkswagen est brutal : fermeture de quatre sites en Allemagne, suppression de 100 000 emplois d’ici 2030. Mais le vrai problème est ailleurs. L’Allemagne a cru que sa domination industrielle était éternelle. Elle a sous-estimé la montée en puissance de la Chine, et surtout, elle a refusé de voir que la transition électrique ne serait pas une simple évolution, mais une révolution. Aujourd’hui, Volkswagen paie le prix de son aveuglement.
Et la France dans tout ça ? Elle observe, un peu goguenarde, un peu inquiète. Car si l’Allemagne trébuche, c’est toute l’Europe qui vacille. La question n’est plus de savoir si les emplois vont disparaître, mais où ils vont atterrir. En Chine ? En Europe de l’Est ? Ou tout simplement… nulle part ?
CPME vs Medef : la guerre des patrons est déclarée
La CPME a changé de nom. Désormais, elle s’appelle "Les Entrepreneurs". Un rebranding qui en dit long sur ses ambitions : concurrencer le Medef, devenir la voix des PME dans le débat public, et peser dans la présidentielle de 2027.
Derrière cette mue se cache une réalité plus crue : le patronat français est en crise. Le Medef, historiquement dominé par les grands groupes, a perdu de son influence. Les PME, elles, se sentent abandonnées, écrasées par les normes, les charges et une fiscalité qu’elles jugent confiscatoire. La CPME, en se rebaptisant, veut incarner cette colère.
Mais attention : ce n’est pas une simple querelle de sigles. C’est une bataille pour l’âme du capitalisme français. D’un côté, le Medef, qui défend les intérêts des grands groupes et des multinationales. De l’autre, "Les Entrepreneurs", qui veulent une fiscalité plus légère, moins de réglementations, et un État qui cesse de les étouffer.
Le problème ? Personne ne sait vraiment qui représente qui. Les PME françaises sont un millefeuille de statuts, de tailles et de secteurs. Certaines veulent plus de protectionnisme, d’autres plus d’ouverture. Certaines réclament des aides, d’autres moins d’État. La CPME, en se transformant, prend un risque : celui de devenir un syndicat de plus, sans ligne claire, sans poids réel.
Pourtant, une chose est sûre : la présidentielle de 2027 se jouera sur l’économie. Et si les patrons ne parviennent pas à parler d’une seule voix, ce sont les politiques qui dicteront les règles. À leurs conditions.
Bayer et Sanofi : quand les géants de la santé jouent avec le feu
Deux affaires, deux symboles. D’un côté, Bayer, qui vient d’échapper à des milliers de plaintes liées au Roundup, grâce à une décision de la Cour suprême américaine. De l’autre, Sanofi, sous le coup d’une enquête de la Commission européenne pour entrave à la concurrence.
Bayer a gagné. Mais à quel prix ? Le géant de l’agrochimie a réussi à éviter des condamnations en arguant que l’absence d’avertissement sur les risques de cancer du glyphosate ne pouvait pas lui être reprochée. Une victoire juridique, mais un désastre d’image. Comment vendre des produits quand votre réputation est celle d’un empoisonneur ?
Sanofi, lui, est accusé d’avoir mené une campagne de dénigrement contre un vaccin concurrent. L’enquête de la Commission européenne pourrait aboutir à une amende colossale. Mais là encore, le vrai problème n’est pas financier. C’est la crédibilité de l’industrie pharmaceutique qui est en jeu.
Ces deux affaires révèlent une vérité dérangeante : les géants de la santé et de l’agrochimie jouent avec le feu. Ils misent sur des victoires juridiques pour éviter des condamnations, mais ils sous-estiment l’impact sur leur réputation. Or, dans un monde où les consommateurs sont de plus en plus méfiants, une mauvaise image peut coûter bien plus cher qu’une amende.
Climatisation, copropriétés et canicule : la France en mode survie
35°C à midi. Des écoles fermées. Des crèches qui improvisent avec des couvertures de survie aux fenêtres. La France étouffe, et elle le fait dans le désordre.
Le problème n’est pas nouveau : le pays n’est pas adapté aux canicules. Les bâtiments sont mal isolés, les villes sont des îlots de chaleur, et les infrastructures publiques – écoles, hôpitaux, Ehpad – sont conçues pour un climat qui n’existe plus.
La justice, elle, continue de rendre des décisions absurdes. Comme cette condamnation d’un copropriétaire qui avait dissimulé sa climatisation dans une armoire… alors que l’armoire elle-même n’était pas autorisée sur le balcon. Une illustration parfaite de l’inadaptation des règles à la réalité climatique.
Pendant ce temps, les entreprises et les particuliers cherchent des solutions. Mais les frais bancaires pour les vacances à l’étranger, les attaques informatiques contre l’Insee, les suppressions d’emplois chez Sony… Tout cela semble dérisoire face à l’urgence climatique.
La France est en mode survie. Et elle n’a pas encore compris que la survie, ça se planifie.
La planification à la française : un concept mort-né ?
Dans une tribune au Monde, trois chercheurs appellent à une "planification écologique" qui cesserait de soutenir les secteurs en déclin. Une idée séduisante… mais totalement déconnectée de la réalité.
La France a une longue histoire de planification. Le Commissariat général au plan, créé en 1946, a accompagné la reconstruction du pays. Mais aujourd’hui, la planification à la française ressemble à un concept mort-né. Pourquoi ? Parce que l’État n’a ni les moyens ni la volonté de trancher.
Prenez l’automobile. Volkswagen supprime 100 000 emplois, mais l’État allemand – et l’État français – continuent de subventionner des usines qui produisent des voitures thermiques. Pourquoi ? Parce que fermer ces usines, c’est admettre que des milliers d’emplois vont disparaître. Et personne ne veut porter ce fardeau.
La planification, c’est bien sur le papier. Mais dans la réalité, c’est un exercice de lâcheté politique. On préfère subventionner des secteurs en déclin plutôt que d’assumer les transitions. Résultat : on retarde l’inévitable, et on paie le prix fort plus tard.
Conclusion (sans le dire) : la France à la croisée des chemins
Brémond est mort. Volkswagen licencie. La CPME se rebaptise. Bayer et Sanofi jouent avec leur réputation. La France étouffe sous la canicule. Et l’État tergiverse.
Ces événements ne sont pas des faits divers. Ce sont les symptômes d’une économie française en crise. Une économie qui a cru pouvoir éternellement compter sur des modèles du passé – l’immobilier, l’industrie automobile, les niches fiscales – et qui découvre, trop tard, qu’ils ne fonctionnent plus.
La question n’est plus de savoir si la France va changer. Elle va changer, forcément. La vraie question, c’est : qui va payer la facture ? Les actionnaires ? Les salariés ? Les contribuables ? Ou les trois à la fois ?
Une chose est sûre : le statu quo n’est plus une option. Et ceux qui croient encore aux miracles feraient bien de se réveiller. Parce que la transition, elle, ne fera pas de cadeaux.