Bourse de Casablanca en chute, cannabis thérapeutique en hausse : les paradoxes de l'économie marocaine

La Bourse de Casablanca clôture une semaine noire (-1,89%), tandis que le Maroc lance son offre de cannabis thérapeutique. Analyse des signaux contradictoires d'une économie en transition.

Bourse de Casablanca en chute, cannabis thérapeutique en hausse : les paradoxes de l'économie marocaine
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Quand la Bourse tousse, le cannabis thérapeutique respire

La semaine dernière a offert un miroir grossissant des contradictions de l’économie marocaine. D’un côté, la Bourse de Casablanca s’effondre (-1,89% pour le MASI), plombée par les secteurs industriels et miniers. De l’autre, l’Agence nationale de réglementation des activités relatives au cannabis (ANRAC) annonce fièrement que le Maroc dispose désormais d’un cadre complet pour le cannabis thérapeutique, avec 140 produits enregistrés et 600 points de vente autorisés. Deux réalités qui se croisent sans se parler, comme si le Royaume jouait simultanément sur deux tableaux économiques radicalement différents.

La Bourse, thermomètre d’une industrie en crise

Les chiffres sont sans appel : le MASI a perdu près de 2% en une semaine, avec des secteurs clés dans le rouge profond. L’indice "Ingénieries et biens d’équipement industriels" s’effondre de 7,43%, suivi de près par l’électricité (-4,92%) et les mines (-4,92%). Ces baisses ne sont pas des accidents conjoncturels, mais le symptôme d’une industrie marocaine prise en étau entre plusieurs feux.

D’abord, la dépendance aux marchés européens, dont la croissance atone se répercute directement sur les exportations marocaines. Ensuite, la concurrence accrue des pays à bas coûts, notamment en Asie du Sud-Est, qui grignote les parts de marché des industriels locaux. Enfin, l’absence de diversification réelle : malgré les discours sur l’innovation et la souveraineté industrielle, les mêmes secteurs traditionnels (textile, automobile, phosphates) continuent de porter l’essentiel de la croissance – et donc de ses risques.

Le plus inquiétant ? La performance des petites et moyennes capitalisations (-1,78%), qui révèle une défiance généralisée envers les acteurs économiques de taille intermédiaire. Ces entreprises, censées être le moteur de l’emploi et de l’innovation, semblent aujourd’hui les plus vulnérables. Un signe que la fameuse "économie à deux vitesses" n’est pas près de disparaître.

Le cannabis thérapeutique, ou l’art de surfer sur les nouvelles opportunités

Pendant que l’industrie tousse, le secteur du cannabis thérapeutique affiche une santé insolente. L’ANRAC, dirigée par Mohamed El Guerrouj, a annoncé samedi que le Maroc dispose désormais d’un "cadre prêt et d’une offre disponible et encadrée". Avec 140 produits enregistrés auprès de l’Agence marocaine des médicaments (AMMPS) et 600 points de vente autorisés, le Royaume se positionne comme un acteur sérieux sur ce marché émergent.

Cette réussite n’est pas le fruit du hasard. Elle résulte d’une stratégie claire : transformer une culture historiquement illégale (et lucrative) en une industrie régulée, capable de générer des revenus légaux et des emplois qualifiés. Le Maroc mise sur son savoir-faire agricole, son positionnement géographique et une demande internationale croissante pour les produits à base de cannabis médical.

Pourtant, ce succès soulève des questions. D’abord, celle de la cohérence : comment justifier un secteur aussi dynamique alors que l’industrie traditionnelle, elle, peine à se moderniser ? Ensuite, celle des inégalités : qui bénéficie vraiment de cette manne ? Les petits agriculteurs du Rif, souvent pointés du doigt pour leur implication dans le trafic illégal, ont-ils été intégrés à cette nouvelle économie ? Rien n’est moins sûr.

Enfin, il y a la question de l’image. Le Maroc, qui se présente comme un hub pharmaceutique et agricole innovant, prend le risque de voir son nom associé à une plante encore stigmatisée dans de nombreux pays. Une ambiguïté qui pourrait compliquer ses relations diplomatiques, notamment avec des partenaires conservateurs.

Ce que ces paradoxes disent du Maroc économique

Ces deux dynamiques opposées – effondrement boursier d’un côté, essor du cannabis thérapeutique de l’autre – révèlent une économie marocaine en pleine mutation, mais toujours prisonnière de ses vieux démons.

D’un côté, le pays reste ancré dans un modèle économique traditionnel, dépendant des exportations industrielles et minérales, vulnérable aux chocs externes et peu diversifié. De l’autre, il tente de se réinventer en misant sur des secteurs d’avenir (cannabis thérapeutique, énergies renouvelables, technologies vertes), sans toujours réussir à faire le lien entre ces deux réalités.

Le vrai défi pour le Maroc n’est pas de choisir entre ces deux modèles, mais de les faire coexister de manière harmonieuse. Comment financer la transition écologique et technologique avec les revenus d’une industrie traditionnelle en déclin ? Comment assurer une redistribution équitable des richesses générées par ces nouveaux secteurs ? Et surtout, comment éviter que ces opportunités ne profitent qu’à une élite déjà bien installée ?

La réponse à ces questions déterminera si le Maroc parviendra à sortir de cette économie à deux vitesses, ou s’il restera prisonnier d’un système où les gagnants d’hier côtoient les espoirs de demain, sans jamais vraiment se rencontrer.