Botola en crise : quand le foot marocain étouffe sous ses contradictions
Le nul entre Fès et l'AS FAR révèle une Botola à l'agonie : stades vides, clubs endettés, et une FRMF absente. Le football marocain paie ses choix.
Le football marocain se meurt. Lentement, mais sûrement. Ce mardi soir, le Maghreb de Fès et l’AS FAR se sont quittés sur un 0-0 aussi terne que le stade de Fès, à moitié vide. Un match sans enjeu, sans public, sans saveur. Pourtant, ce score nul en dit long sur l’état d’un championnat qui étouffe sous le poids de ses propres contradictions.
Botola : le championnat fantôme
La Botola Pro D1, censée être le fleuron du football marocain, ressemble de plus en plus à un spectacle sans spectateurs. Les stades se vident, les recettes s’effondrent, et les clubs, endettés jusqu’au cou, peinent à payer leurs joueurs. Le Raja Casablanca, pourtant l’un des clubs les plus populaires du pays, a été battu 2-0 par le Kawkab Marrakech dans un Grand Stade de Marrakech à moitié désert. Où sont passés les supporters ? Dans les cafés, devant les matchs européens, ou simplement désillusionnés par un football local qui n’offre plus ni spectacle ni espoir.
La faute à qui ? À une Fédération Royale Marocaine de Football (FRMF) plus préoccupée par les calculs politiques que par la santé du championnat. À des clubs gérés comme des entreprises familiales, sans vision à long terme. À une ligue professionnelle qui n’a jamais vraiment existé, faute de moyens et de volonté. Résultat : la Botola est devenue un championnat de seconde zone, où les talents s’envolent dès qu’ils le peuvent, et où les investisseurs étrangers brillent par leur absence.
Marhaba 2026 : le foot marocain à l’épreuve de ses priorités
Pendant ce temps, les Marocains résidant à l’étranger (MRE) préparent leur retour estival. L’opération Marhaba 2026, lancée ce mercredi par la Fondation Mohammed V, promet un accueil "consolidé" avec 26 espaces dédiés en Europe et au Maroc. Un dispositif nécessaire, mais qui révèle une fois de plus les priorités du Royaume : le football, lui, n’a droit à aucune opération de sauvetage.
Les MRE, eux, subissent une autre forme de désillusion : la flambée des prix des billets d’avion et des traversées maritimes. Le ministre du Transport a beau annoncer 2 403 vols hebdomadaires et 58 compagnies aériennes mobilisées, les prix, eux, restent prohibitifs. Une contradiction de plus dans un pays où le sport roi est censé rassembler, mais où les supporters, eux, sont de plus en plus exclus.
Hajj 1448 : quand le religieux prime sur le sportif
Alors que la Botola agonise, le ministère des Habous et des Affaires islamiques, lui, annonce fièrement le succès de la saison du Hajj 1447. Ahmed Toufiq, le ministre, vante une organisation "sans précédent", avec des pèlerins marocains hébergés et nourris dans des conditions optimales. Un contraste saisissant avec l’état du football local, où les infrastructures se dégradent et où les joueurs peinent à toucher leurs salaires.
Le message est clair : au Maroc, le religieux et le social passent avant le sport. Le Hajj, lui, est une priorité nationale, avec des budgets colossaux et une logistique millimétrée. La Botola, elle, survit tant bien que mal, sans plan de relance, sans vision, sans soutien réel.
Et demain ?
Le football marocain est à la croisée des chemins. Soit il se réforme en profondeur – avec une FRMF plus transparente, des clubs mieux gérés, et des investissements massifs dans les infrastructures et la formation –, soit il disparaît, avalé par les championnats européens et africains plus attractifs.
En attendant, les Lions de l’Atlas préparent le Mondial 2026 avec l’espoir de rééditer l’exploit de 2022. Mais un exploit ne fait pas une politique sportive. Et sans un championnat fort, sans une base solide, le football marocain risque de se retrouver, dans quelques années, sans lions… et sans Atlas.