Botola, beach-soccer et VAR : le sport marocain à l'heure des choix

Entre performances locales, enjeux continentaux et modernisation de l'arbitrage, le sport marocain aborde un week-end décisif. Ce que révèlent ces signaux.

Botola, beach-soccer et VAR : le sport marocain à l'heure des choix
Photo de Shai Pal sur Unsplash

Le sport marocain vit ce samedi 10 octobre 2026 une journée charnière, où se croisent les dynamiques locales, les ambitions africaines et les mutations technologiques. Entre un championnat national en quête de rythme, une sélection de beach-soccer qui confirme son statut continental et une décision majeure de la Confédération africaine de football (CAF), ces événements dessinent les contours d’un écosystème sportif en pleine évolution – mais toujours confronté à ses limites structurelles.


Botola Pro : un championnat en quête d’équilibre

La troisième journée de la Botola Pro D1 « Inwi » a offert vendredi soir un match nul sans relief entre le Moghreb Tétouan et le FUS Rabat (0-0), symptôme d’un championnat qui peine à trouver son identité. Avec seulement trois unités en trois matchs, les deux formations illustrent les difficultés persistantes du football marocain à concilier compétitivité sportive et attractivité économique.

Ce début de saison confirme une tendance observée depuis plusieurs années : l’écart se creuse entre une poignée de clubs aux moyens renforcés (comme le Wydad ou le Raja) et une majorité de formations qui luttent pour éviter la relégation. Le cas du FUS Rabat, champion en 2022 mais aujourd’hui lanterne rouge avec un seul point, est emblématique. « La Botola souffre d’un manque de profondeur financière, mais aussi d’un déficit de projet sportif clair », analyse un observateur du football marocain, qui pointe du doigt l’absence de stratégie à long terme pour les clubs en dehors des deux géants casablancais.

Pourtant, le championnat marocain reste un vivier de talents, comme en témoigne la récente percée de Yassir Zabiri en Liga espagnole. Mais la question de la formation et de la rétention des joueurs se pose avec acuité, dans un contexte où l’Arabie saoudite et l’Europe continuent de puiser dans le réservoir local. Le départ de Jamal Sellami pour le Golfe, évoqué dans nos éditions précédentes, n’est qu’un exemple parmi d’autres de cette fuite des compétences qui fragilise l’écosystème.


Beach-soccer : le Maroc confirme son leadership africain

L’équipe nationale de beach-soccer a remporté vendredi une victoire importante face à la Libye (4-2) lors du match aller des éliminatoires de la CAN 2026, disputé à Benghazi. Avec des buts d’Amine El Bidouri, Badr El Kraichly, Driss Ghannam et Reda Ezzahraoui, les Lions de l’Atlas ont pris une option sérieuse pour se qualifier à la phase finale, prévue l’année prochaine.

Cette performance s’inscrit dans la continuité des bons résultats du Maroc dans cette discipline, qui a su se structurer ces dernières années grâce à un investissement ciblé de la Fédération royale marocaine de football (FRMF). Contrairement au football traditionnel, où les infrastructures et les moyens restent inégalement répartis, le beach-soccer bénéficie d’une approche plus centralisée, avec des stages réguliers et un encadrement technique renforcé.

Le match retour, prévu le 18 octobre au Maroc, sera l’occasion de mesurer la capacité des joueurs à confirmer leur statut de favori sur le continent. Une qualification pour la CAN 2026 serait un signal fort pour une discipline encore méconnue du grand public, mais qui offre une vitrine internationale à moindre coût. « Le beach-soccer est un laboratoire pour le football marocain : il permet de tester des méthodes d’entraînement, de former des joueurs polyvalents et de promouvoir le sport dans des régions où les infrastructures classiques manquent », explique un responsable de la FRMF.


La CAF généralise la VAR : un tournant pour le football africain

La Confédération africaine de football (CAF) a annoncé cette semaine l’extension de l’assistance vidéo à l’arbitrage (VAR) à la phase de groupes de la Ligue des champions africaine, dès la saison en cours. Cette décision, révélée par Samson Adamu, secrétaire général par intérim de la CAF, marque une étape majeure dans la modernisation de l’arbitrage sur le continent.

Jusqu’à présent, la VAR était réservée aux phases finales des compétitions interclubs africaines, ainsi qu’à certaines rencontres de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN). Son élargissement à la phase de groupes répond à une demande croissante des clubs et des fédérations, qui dénonçaient des erreurs d’arbitrage répétées dans des matchs décisifs. « Cette mesure va améliorer la crédibilité des compétitions africaines et réduire les controverses », estime un entraîneur marocain, qui souligne toutefois les défis logistiques que pose cette généralisation.

Le Maroc, qui dispose déjà de l’infrastructure nécessaire pour utiliser la VAR dans son championnat local, pourrait servir de modèle pour d’autres pays du continent. La FRMF a en effet investi dans la formation d’arbitres et dans l’équipement des stades, notamment à Casablanca et Rabat, où la technologie est déjà opérationnelle. Reste à savoir si les autres fédérations africaines parviendront à suivre le rythme, dans un contexte où les disparités économiques et techniques restent importantes.

Cette décision intervient alors que la CAF prépare activement la CAN 2027, dont le Maroc est l’un des pays hôtes. L’instance continentale semble déterminée à faire de cette édition un laboratoire pour l’innovation arbitrale, avec l’ambition de hisser le niveau des compétitions africaines au niveau des standards européens.


Ce qu’il faut retenir

  1. Un championnat national en tension : La Botola Pro D1 peine à trouver un équilibre entre compétitivité et attractivité, avec des clubs qui luttent pour exister face aux géants casablancais. La question de la formation et de la rétention des talents reste cruciale.
  2. Le beach-soccer, une success story méconnue : L’équipe nationale confirme son statut de leader africain dans cette discipline, grâce à une approche structurée et des investissements ciblés. Une qualification pour la CAN 2026 serait un pas de plus vers la reconnaissance internationale.
  3. La VAR, un défi continental : La généralisation de l’assistance vidéo à l’arbitrage en Ligue des champions africaine est une avancée majeure, mais elle pose la question des inégalités entre fédérations. Le Maroc, déjà équipé, pourrait jouer un rôle clé dans cette transition.
  4. Un écosystème en mutation : Entre performances sportives, enjeux technologiques et défis structurels, le sport marocain aborde une période charnière. Les choix qui seront faits dans les mois à venir détermineront sa capacité à rivaliser avec les grandes nations sportives du continent et au-delà.