Bac 2026, bourses, euthanasie : la France qui réforme à l'aveugle

Le bac de maths en première, les bourses étudiantes revalorisées, la loi fin de vie réécrite : trois réformes qui révèlent l'improvisation chronique de l'État.

Bac 2026, bourses, euthanasie : la France qui réforme à l'aveugle
Photo de Philip Strong sur Unsplash

La France réforme. Encore. Toujours. Mais à quel prix ? Ce vendredi 12 juin 2026, trois dossiers illustrent l’art national de l’improvisation permanente : le bac de maths en première, la revalorisation des bourses étudiantes, et la réécriture en catimini de la loi sur la fin de vie. Trois mesures qui, sous couvert de modernisation, révèlent les mêmes travers : un État pressé, un débat escamoté, et des conséquences sociales sous-estimées.


Bac 2026 : les maths en première, ou l’art de réparer une réforme en la complexifiant

530 000 lycéens planchent ce matin sur l’épreuve anticipée de mathématiques. Une première. Une aberration, aussi. Car cette épreuve est le dernier avatar d’une réforme du lycée lancée en 2019, qui avait purement et simplement supprimé les maths du tronc commun en première. Résultat ? Une chute brutale du niveau, des inégalités territoriales creusées, et des élèves désorientés. Plutôt que d’assumer son erreur, le ministère a préféré bricoler : une épreuve en première, oui, mais avec des sujets différents selon les spécialités. Un "rafistolage", dénoncent les syndicats.

Le problème n’est pas technique. Il est politique. Depuis sept ans, l’Éducation nationale oscille entre dogmatisme et revirements, sans jamais trancher sur le rôle des maths dans la formation des citoyens. Faut-il en faire une discipline élitiste, réservée aux futurs ingénieurs ? Ou un socle commun, comme le français ou l’histoire ? La question, pourtant cruciale, n’a jamais été posée en ces termes. À la place, on a eu des annonces, des rectifications, et aujourd’hui, une épreuve bancale qui ressemble à un aveu d’échec.

Et pendant ce temps, les lycéens trinquent. Ceux des filières technologiques, déjà pénalisés par un programme allégé, se retrouvent avec des sujets plus simples que leurs camarades de la voie générale. Une discrimination à peine voilée, qui rappelle que l’école française reste un ascenseur social… en panne.


Bourses étudiantes : une revalorisation qui sent le sparadrap sur une jambe de bois

L’Assemblée nationale a adopté jeudi une proposition de loi revalorisant les bourses sur critères sociaux. Une bonne nouvelle ? Oui, mais à quel prix. Car cette mesure, présentée comme une avancée sociale, est en réalité un aveu : celui de l’échec des politiques publiques à endiguer la précarité étudiante.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. En 2026, un étudiant boursier touche en moyenne 5 000 euros par an. Une somme dérisoire, qui ne couvre même pas le loyer dans la plupart des grandes villes. La revalorisation promise ? +3 % par an pendant trois ans. Soit, au mieux, 150 euros de plus par an en 2029. De quoi payer… deux mois de loyer à Paris. Ou trois repas par semaine dans un resto U.

Pire : cette revalorisation est ciblée. Seuls les étudiants des échelons les plus élevés (5 à 7) en bénéficieront. Les autres, ceux qui touchent déjà le minimum, resteront sur le carreau. Une logique comptable qui rappelle que, pour l’État, la précarité étudiante est un problème de gestion, pas de société.

Et pendant ce temps, les loyers continuent de flamber, les jobs étudiants se raréfient, et les universités, sous-financées, ferment leurs portes la nuit. La revalorisation des bourses, c’est comme mettre un pansement sur une fracture ouverte : ça calme la douleur, mais ça ne soigne pas.


Euthanasie : quand la loi devient un champ de ruines sémantique

En commission, les députés ont réécrit la loi sur la fin de vie. Et le résultat est édifiant : l’euthanasie, autrefois encadrée comme une exception, devient la règle. Plus de délits d’entrave, plus de sanctions pour incitation à l’aide à mourir. En d’autres termes : la mort assistée n’est plus un ultime recours, mais une option comme une autre.

Les promoteurs de la réforme y voient une avancée humaniste. Ses détracteurs, une dérive dangereuse. Mais personne ne semble s’interroger sur l’essentiel : qui décide ? Les médecins, submergés et sous-payés ? Les familles, souvent divisées ? L’État, qui a déjà prouvé son incapacité à gérer les crises sanitaires ?

Le plus inquiétant, c’est le silence. Pas de débat public, pas de consultation citoyenne. Juste une commission qui réécrit la loi en catimini, comme si la fin de vie était une question technique, et non un choix de société. Comme si, une fois de plus, l’urgence primait sur la réflexion.

Et pendant ce temps, les Ehpad continuent de manquer de personnel, les soins palliatifs restent inaccessibles dans certaines régions, et les Français, eux, se demandent s’ils auront encore le choix de mourir dans la dignité… ou s’ils devront se plier à une nouvelle norme.


Ce qu’il faut retenir : l’État réformateur, ou l’art de courir après ses propres erreurs

Trois réformes, trois constats :

  1. L’improvisation permanente : Le bac, les bourses, la fin de vie – chaque fois, l’État agit dans l’urgence, sans vision à long terme.
  2. Le mépris des conséquences : On réforme les maths sans se soucier des inégalités, on augmente les bourses sans toucher aux loyers, on légalise l’euthanasie sans renforcer les soins palliatifs.
  3. L’escamotage du débat : Pas de consultation, pas de pédagogie. Juste des annonces, des rectifications, et des citoyens laissés sur le carreau.

La France n’a pas un problème de réformes. Elle a un problème de méthode. Et tant que l’État continuera à gouverner à coups de sparadrap, les Français paieront la facture.