Bac 2026, justice défaillante : la France face à ses enfants sacrifiés
Le bac 2026 s'ouvre dans le chaos tandis que l'affaire Lyhanna révèle l'impunité des violences sur mineurs. Deux symptômes d'un État qui échoue à protéger sa jeunesse.
Quand l’école devient un parcours du combattant
Ce matin, 530 000 lycéens ont ouvert leur première épreuve de spécialité du bac 2026. Dans les couloirs des lycées, l’angoisse se mêle à la colère. Les sujets, révélés en direct par Le Monde, confirment ce que les enseignants dénoncent depuis des mois : un examen conçu pour trier, pas pour évaluer. Les épreuves de spécialité, censées valoriser les choix des élèves, deviennent un piège. Trop longues, trop techniques, trop éloignées des programmes réellement enseignés. À Marseille, des candidats ont quitté la salle en larmes après deux heures de composition sur un sujet hors-sol. À Paris, des profs ont improvisé des corrigés parallèles sur les réseaux sociaux, faute de consignes officielles claires.
Le bac n’est plus un rite de passage. C’est un stress test pour une jeunesse déjà fragilisée par la précarité, les réformes à répétition et l’effondrement des perspectives. Le gouvernement vante la "modernisation" de l’examen. En réalité, il a transformé le bac en machine à broyer les inégalités. Les élèves des lycées favorisés s’en sortent grâce aux cours privés et aux stages intensifs. Les autres ? Ils subissent. Et ce matin, ils étaient des milliers à le payer cash.
Lyhanna : la justice qui protège les bourreaux
Pendant que les lycéens planchaient, une autre réalité frappait à la porte des tribunaux. L’affaire Lyhanna, cette collégienne de 11 ans violée et assassinée en mai, révèle l’ampleur des défaillances judiciaires. Les signalements pour viols sur mineures contre le principal suspect ? Classés sans suite. Les plaintes des parents ? Enterrées sous des montagnes de procédures. La justice française a laissé un prédateur en liberté, malgré les alertes répétées.
Lundi soir, des milliers de personnes se sont rassemblées devant le ministère de la Justice. Pas seulement pour Lyhanna. Pour toutes les victimes abandonnées par un système qui privilégie la paperasse à la protection. Les associations réclament une "loi intégrale" contre les violences sexuelles. Le gouvernement, lui, temporise. Sébastien Lecornu a promis des "mesures fortes", mais après le 14 juillet – le temps que le Conseil d’État donne son avis. Comme si la vie d’un enfant pouvait attendre les délais administratifs.
La relaxe, hier, d’une ex-directrice de crèche accusée de violences sur des enfants achève de dresser le tableau. La justice française semble plus prompte à condamner les lanceurs d’alerte qu’à sanctionner les abuseurs. Pendant ce temps, les enfants paient le prix du laxisme.
Le frérisme dans le viseur : jusqu’où ira la répression ?
Autre front, autre cible : l’islam politique. L’État a interdit la rencontre annuelle des Musulmans de l’Ouest, un événement organisé par des associations proches des Frères musulmans. Officiellement, c’est une mesure de "sécurité nationale". En réalité, c’est une nouvelle étape dans la chasse aux sorcières contre le frérisme.
La mosquée Assalam de Nantes, épicentre de cette interdiction, est dans le collimateur depuis des années. Mais la méthode interroge. Faut-il interdire des rassemblements au nom de la lutte contre l’islamisme ? Ou est-ce une façon de museler toute critique de la politique sécuritaire, comme le dénoncent les députés de La France Insoumise ?
Le gouvernement joue un jeu dangereux. En ciblant les Frères musulmans, il espère séduire une partie de l’électorat. Mais en criminalisant des pratiques religieuses sans preuve tangible de menace terroriste, il risque de radicaliser ceux qu’il prétend combattre. Et de donner des arguments à ceux qui accusent l’État de double standard – prompt à réprimer les musulmans, lent à protéger les enfants.
Cadmium : le scandale sanitaire qui s’étend
Enfin, une bonne nouvelle – en apparence. À partir d’aujourd’hui, le dépistage du cadmium, un métal toxique, est remboursé pour les personnes à risque. Une avancée, après des années de combat des associations. Mais une avancée en demi-teinte.
Le cadmium, présent dans les engrais et les eaux polluées, est un cancérogène avéré. Pourtant, le dispositif de remboursement exclut les personnes exposées via leur alimentation. Comme si la pollution ne venait que des usines, pas des champs. Les médecins et les ONG dénoncent une mesure incomplète, qui ignore les réalités des territoires ruraux.
La France a les moyens de protéger sa population. Mais elle préfère souvent fermer les yeux. Entre les scandales sanitaires à répétition (chlordécone, glyphosate, PFAS) et les réformes au rabais, on se demande quand l’État prendra enfin la mesure de ses responsabilités.
Ce qu’il faut retenir
- Le bac 2026 est un miroir des inégalités : conçu pour les élites, subi par les autres. La réforme n’a pas modernisé l’examen, elle l’a rendu plus injuste.
- La justice française sacrifie les enfants : entre classements sans suite et relaxes scandaleuses, le système protège les prédateurs, pas les victimes.
- La lutte contre le frérisme cache mal une dérive sécuritaire : interdire des rassemblements au nom de la "sécurité nationale" sans preuve de menace terroriste, c’est ouvrir la porte à l’arbitraire.
- Le cadmium, dernier scandale sanitaire en date : le dépistage remboursé est une victoire, mais une victoire incomplète. La France continue de minimiser les risques environnementaux.
La France aime se présenter comme le pays des droits de l’homme. Mais quand il s’agit de protéger sa jeunesse, de rendre justice aux victimes ou de garantir la santé de ses citoyens, elle préfère souvent les demi-mesures et les renoncements. Ce matin, entre les lycées en crise et les tribunaux défaillants, une question s’impose : jusqu’où faudra-t-il aller pour que l’État assume enfin ses responsabilités ?