Géopolitique 2026 : quand les alliances se fissurent et les bluffs se paient cash

L’Alliance des États du Sahel abandonne le Mali, Trump joue avec le feu taïwanais, et l’extrême droite profite des services publics en déclin. La realpolitik n’a plus de tabous.

Géopolitique 2026 : quand les alliances se fissurent et les bluffs se paient cash
Photo de Markus Winkler sur Unsplash

Quand les frères d’armes du Sahel laissent tomber Bamako

L’Alliance des États du Sahel (AES) devait incarner la rupture avec l’Occident. Une fraternité militaire entre le Mali, le Burkina Faso et le Niger, scellée par une charte prévoyant un "devoir d’assistance mutuelle" en cas d’agression. Pourtant, lorsque des groupes djihadistes et indépendantistes ont lancé des attaques coordonnées fin avril contre des positions maliennes, ni Ouagadougou ni Niamey n’ont envoyé de renforts. Bamako s’est retrouvé seul face à ses démons.

La realpolitik a parlé plus fort que les discours anti-impérialistes. Les juntes burkinabè et nigérienne, déjà aux prises avec leurs propres insurrections, ont jugé trop risqué de s’engager dans une guerre qui menace de déborder. "L’AES est une coquille vide", résume un diplomate ouest-africain cité par Le Monde. "On signe des chartes pour la galerie, mais quand il faut agir, chacun regarde ses propres intérêts." La désillusion est d’autant plus amère que le Mali, sous la férule d’Assimi Goïta, avait été le fer de lance de cette alliance. Aujourd’hui, il paie le prix de son isolement : ses partenaires préfèrent sauver leurs régimes plutôt que de mourir pour Bamako.


Trump et la Chine : le bluff qui pourrait coûter Taïwan

Donald Trump a toujours aimé jouer au poker avec les règles des autres. Cette fois, il a misé les livraisons d’armes à Taïwan sur la table des négociations avec Pékin. Une ligne rouge que les États-Unis, démocrates comme républicains, s’étaient toujours refusés à franchir depuis 1979. "Taïwan est une monnaie d’échange", aurait-il déclaré lors d’une réunion à la Maison Blanche, selon des sources citées par Le Monde. L’objectif ? Obtenir des concessions commerciales de la Chine, notamment sur les droits de douane et les transferts de technologie.

Sauf que Pékin ne joue pas selon les mêmes règles. Pour Xi Jinping, Taïwan n’est pas une variable d’ajustement, mais une question de souveraineté non négociable. En brandissant la menace d’un abandon de Taipei, Trump a offert à la Chine une opportunité en or : tester la crédibilité des États-Unis. "Il a donné à Xi Jinping la preuve que les États-Unis sont prêts à sacrifier leurs alliés pour des intérêts économiques", analyse un ancien conseiller du Pentagone. Résultat ? Les tensions en mer de Chine méridionale ont atteint leur plus haut niveau depuis des années, et Taïwan se retrouve plus isolé que jamais.

Le pire ? Trump semble ignorer que les armes livrées à Taipei ne sont pas une faveur, mais une obligation légale. Le Taiwan Relations Act de 1979 impose à Washington de fournir à l’île les moyens de se défendre. En sous-entendant qu’il pourrait suspendre ces livraisons, Trump a non seulement violé l’esprit de la loi, mais aussi affaibli la position américaine dans la région. La Chine, elle, n’a pas attendu pour en tirer les conséquences : ses incursions dans l’espace aérien taïwanais ont doublé depuis le début de l’année.


Liban-Israël : l’escalade qui n’en finit pas

Sept morts en une journée. C’est le bilan des frappes israéliennes sur le Liban ce dimanche, dont Wael Abdel Halim, un chef du Jihad islamique, et sa fille de 17 ans. L’armée israélienne justifie ces attaques par la nécessité de "neutraliser les menaces" en provenance du Hezbollah et de ses alliés. Mais sur le terrain, la réalité est plus complexe : chaque frappe israélienne entraîne une riposte du Hezbollah, qui, à son tour, provoque une nouvelle escalade.

Le Liban, déjà exsangue après des années de crise économique et politique, se retrouve pris en étau. "Les civils paient le prix de cette guerre par procuration", déplore un responsable humanitaire à Beyrouth. Les villages du sud, comme Tayr Felsay et Tayr Debba, sont devenus des zones fantômes, vidées de leurs habitants. Les hôpitaux, déjà sous-équipés, peinent à faire face à l’afflux de blessés.

Pour Israël, cette stratégie de "pression maximale" vise à affaiblir le Hezbollah avant une éventuelle opération terrestre. Mais elle comporte un risque majeur : celui de déclencher une guerre régionale. Le Hezbollah, soutenu par l’Iran, dispose d’un arsenal de missiles capable de frapper en profondeur le territoire israélien. Et Téhéran n’a pas caché son intention de répondre à toute attaque contre ses alliés. Dans ce contexte, chaque frappe israélienne ressemble à un pari dangereux. Un pari qui pourrait embraser toute la région.


Extrême droite : quand l’État se retire, elle avance

En Savoie, le village de Saint-Colomban-des-Villars ressemble à une métaphore de la France qui se délite. Le bar-tabac a fermé, l’école aussi, et l’éclairage public s’éteint à 22h pour économiser l’argent de la commune. "Avant, on se retrouvait ici, on discutait, on organisait des fêtes", raconte un habitant. "Maintenant, il n’y a plus rien. Juste le sentiment que l’État nous a abandonnés."

Ce déclin des services publics n’est pas une fatalité, mais le résultat de choix politiques. Depuis des années, les gouvernements successifs ont réduit les budgets des communes rurales, fermé des lignes de bus, des bureaux de poste, des maternités. Le résultat ? Un terreau fertile pour l’extrême droite. "Quand les gens n’ont plus accès aux services de base, ils se tournent vers ceux qui leur promettent de les rétablir", explique un sociologue. "Le Rassemblement national a compris cela bien avant les autres."

Les dernières élections municipales ont confirmé cette tendance. Dans les zones où les services publics ont le plus reculé, le RN a réalisé ses meilleurs scores. "Ils ne parlent pas de complexité administrative ou de contraintes budgétaires", souligne un maire LR. "Ils disent : 'On va rouvrir l’école, rétablir l’éclairage, et chasser les étrangers.' C’est simple, efficace, et ça marche."

Le problème, c’est que ces promesses sont rarement tenues. Une fois au pouvoir, les maires RN se heurtent aux mêmes réalités budgétaires que leurs prédécesseurs. Mais le mal est fait : le sentiment d’abandon a été exploité, et la défiance envers les institutions s’est ancrée. "L’extrême droite ne crée pas la colère, elle la récupère", résume un élu socialiste. "Et aujourd’hui, cette colère est partout."


Marseille : le narcobanditisme à l’épreuve de la justice

Félix Bingui, alias "Le Chat", comparaît depuis ce lundi devant le tribunal correctionnel de Marseille. Ce chef présumé du gang Yoda est accusé d’avoir orchestré un trafic de stupéfiants à grande échelle, avant d’être évincé par la DZ Mafia. Son procès, qui doit durer jusqu’en juin, est bien plus qu’une affaire judiciaire : c’est un miroir tendu à une ville où le narcobanditisme a gangrené les institutions.

Marseille est devenue la plaque tournante du trafic de drogue en Europe. Les règlements de comptes se multiplient, les quartiers nord sont sous tension permanente, et la police semble impuissante à endiguer le phénomène. "Le problème, ce n’est pas seulement les trafiquants, c’est aussi la corruption qui les protège", explique un magistrat. "Certains policiers, certains élus, certains fonctionnaires ferment les yeux. En échange de quoi ? De l’argent, bien sûr. Mais aussi d’une forme de paix sociale."

Le procès de "Le Chat" pourrait être l’occasion de faire la lumière sur ces collusions. Mais les observateurs restent sceptiques. "Les grands patrons du trafic ne sont jamais inquiétés", souligne un journaliste local. "On juge les seconds couteaux, ceux qui ont perdu la guerre des gangs. Les vrais parrains, eux, restent dans l’ombre."

Pourtant, cette affaire est un test pour la justice française. Si elle parvient à démanteler les réseaux et à sanctionner les complicités, elle enverra un signal fort. Sinon, Marseille continuera de sombrer dans la violence et l’impunité. Et les Marseillais, eux, continueront de se demander qui dirige vraiment leur ville : l’État, ou les narcotrafiquants.