ZAN : la France cède du terrain, Calder lève les mobiles

L'Assemblée allège l'objectif ZAN : de nouvelles exceptions pour les projets industriels. Calder à la FLV, cinéma et oiseaux : la culture tient bon.

ZAN : la France cède du terrain, Calder lève les mobiles
Photo de Ricardo Gomez Angel sur Unsplash

Revue de presse du 15 avril 2026
Dernière mise à jour : 07:25

Deux jours après avoir enterré les ZFE, l'Assemblée nationale a confirmé mardi son bilan anti-vert en assouplissant l'objectif "zéro artificialisation nette". La mécanique est rodée : on commence par des exceptions, on finit par vider le principe de sa substance.

ZAN : quand les dérogations deviennent la règle

Le projet de loi sur la simplification économique, adopté mardi, prévoit désormais que certains projets industriels ne soient plus comptabilisés dans la consommation d'espaces naturels, agricoles et forestiers. Traduit : construire des usines sans que ça entre dans la balance. Le ZAN — stopper l'étalement urbain d'ici 2050, issu de la loi Climat et Résilience de 2021 — survit sur le papier. Mais ses dents tombent une à une.

Ce n'est pas anodin. La France artificialise chaque année des dizaines de milliers d'hectares. Chaque dérogation accordée au nom de la réindustrialisation ou de la souveraineté nationale érode un peu plus le dispositif. L'argument est classique et difficile à contester frontalement : une usine de batteries, c'est de l'emploi, c'est stratégique. Mais quand les exceptions prolifèrent, il reste quoi du principe ?

Selon Le Monde, l'Assemblée a également rejeté un compromis gouvernemental qui aurait laissé aux collectivités locales le soin de décider pour les ZFE. Le gouvernement, dépassé par sa propre majorité, a saisi le Conseil constitutionnel. Même au sein du camp pro-simplification, le consensus se fissure sur jusqu'où déréguler.

Apprendre les oiseaux : l'écologie par les sens

À rebours de ce tableau législatif morose, Le Monde publie cette semaine un article qui tranche par son humanité : pourquoi et comment apprendre aux enfants à reconnaître le chant des oiseaux. Une question qui paraît anodine, mais qui touche à quelque chose que les lois ne peuvent ni codifier ni remplacer — le lien sensoriel à la nature.

Savoir distinguer le merle du pinson, c'est ancrer la biodiversité dans l'expérience personnelle. C'est peut-être la politique environnementale la plus durable qui soit : pas un objectif législatif avec des dérogations, mais une génération capable d'entendre la différence entre un bosquet vivant et un terrain bétonné.

Calder à la Fondation Louis Vuitton : la légèreté, art de résistance

Sur le front culturel, l'exposition Calder à la Fondation Louis Vuitton s'impose comme l'événement parisien du printemps. Selon Le Monde, elle occupe le bâtiment entier et déborde à l'extérieur — un parcours qui embrasse toute l'œuvre du sculpteur américain, "tout en légèreté et en mouvement".

Alexander Calder, c'est l'art qui refuse la pesanteur. Les mobiles suspendus dans l'air, les stabiles ancrés au sol — une physique poétique du contrepoids. À l'heure où l'actualité culturelle française oscille entre OPA éditoriales et polémiques de festivals, cette invitation au jeu et au mouvement a quelque chose de salutaire. L'art n'a pas besoin d'être lourd pour être sérieux.

Mercredi cinéma : Bretagne adolescente et comédie FIV

Les sorties du mercredi proposent deux films à retenir. "Morlaix" de l'Espagnol Jaime Rosales plonge dans une bande d'ados bretons à l'orée des années 2000. Libération note que le film "accumule les effets formels sans trop se soucier de ses personnages" — reproche classique d'un cinéma d'auteur qui préfère l'esthétique à l'émotion. Avec Samuel Kircher et Aminthe Audiard à l'affiche, la curiosité reste entière.

Plus accessible, "La Petite Graine" des frères Rifkiss aborde l'infertilité et la FIV par la comédie. Libération salue une œuvre "populaire et surprenante" — qualificatifs rares dans la presse pour un film français qui n'est ni condescendant ni honteux de son désir de plaire. Dans la catégorie Nakache-Toledano, "Une fille en or" replonge dans les années 1980 avec Pauline Clément — les critiques du Monde sont à découvrir dans La Matinale du jour.

La France continue à défaire ce qu'elle a mis des années à bâtir sur le front environnemental. Pendant ce temps, Calder fait tourner ses mobiles, les oiseaux chantent et le cinéma cherche encore comment raconter le vivant.