Wembanyama, Moyen-Orient, Alibaba : la France dans l'œil du cyclone
La France oscille entre exploits sportifs et impuissance géopolitique. Entre le récital de Wembanyama, l'escalade au Liban et les sanctions américaines contre Alibaba, Paris peine à exister sur la scène mondiale.
Le géant français et l'illusion du soft power
Victor Wembanyama a encore frappé. 35 points, 15 rebonds, 5 contres : son récital au Madison Square Garden a sauvé les Spurs d'une élimination prématurée en Finales NBA. Derrière la performance sportive se cache une réalité plus crue : la France ne pèse plus dans le basket mondial. Les Spurs restent une franchise texane, Wembanyama un prodige isolé dans un championnat américain qui écrase tout sur son passage. Paris célèbre ses exploits comme une victoire nationale, mais où sont les infrastructures, les académies, les sponsors capables de rivaliser avec la NBA ? Le sport français s'enivre de ses talents individuels tout en laissant filer son influence collective.
Pendant ce temps, à 9 000 kilomètres de là, le sud du Liban brûle. Les échanges de missiles entre Israël et l'Iran ont transformé la région en champ de ruines. Le cessez-le-feu négocié par la France en avril dernier n'est plus qu'un souvenir. Paris, qui se voulait médiateur, regarde les événements de loin. Les déclarations de Donald Trump - "Netanyahou va bientôt se retrouver seul" - résonnent comme un aveu d'impuissance. La France, qui avait misé sur son réseau diplomatique au Liban, se retrouve marginalisée. Les drones iraniens survolent Beyrouth, les frappes israéliennes répondent, et l'Élysée se contente de communiqués prudents.
L'économie française prise en étau
Le Pentagone vient d'ajouter Alibaba, Baidu et BYD à sa liste noire des entreprises liées à l'armée chinoise. Une décision qui sonne comme un coup de semonce pour les entreprises françaises. TotalEnergies, Renault, LVMH : toutes ont des partenariats stratégiques avec ces géants. La France se retrouve coincée entre deux feux : d'un côté, les États-Unis qui durcissent leur politique envers la Chine ; de l'autre, une dépendance économique croissante à Pékin.
Le gouvernement français tente de jouer les équilibristes. Bruno Le Maire a multiplié les déclarations sur la "souveraineté économique", mais les faits sont têtus : 8% des exportations françaises vont vers la Chine, et les investissements chinois dans les ports, les énergies renouvelables et les technologies critiques se multiplient. La liste noire américaine pourrait bien devenir un casse-tête pour les entreprises hexagonales, contraintes de choisir entre le marché chinois et l'accès aux technologies américaines.
L'affaire Lyhanna et le naufrage de la protection de l'enfance
Pendant que la France s'agite sur la scène internationale, son système de protection de l'enfance continue de s'effondrer. L'affaire Lyhanna - du nom de cette adolescente morte dans des circonstances troubles alors qu'elle était sous la responsabilité de l'Aide sociale à l'enfance - a révélé l'ampleur des dysfonctionnements. Sébastien Lecornu réunit ce mardi une cellule interministérielle pour tenter d'éteindre l'incendie politique.
Le problème est structurel : manque de places en foyer, turnover des éducateurs, manque de coordination entre les services. Le gouvernement promet des mesures, mais les annonces se succèdent sans que rien ne change vraiment. La proposition de loi sur les violences faites aux enfants, promise pour l'automne, risque fort de se heurter au mur budgétaire. Comme le souligne Françoise Fressoz dans Le Monde, "le contraste est grand entre le cri d'alarme lancé par les experts et la quasi-paralysie des politiques".
Ce qu'il faut retenir
La France de 2026 est un pays qui brille par ses individus - Wembanyama, Mbappé, des scientifiques, des artistes - mais qui peine à exister collectivement. Sur la scène internationale, elle oscille entre suivisme et impuissance. Son économie reste dépendante des grandes puissances, ses institutions sociales sont en crise, et son modèle sportif repose sur l'exportation de ses talents plutôt que sur une véritable stratégie industrielle.
Le récital de Wembanyama à New York ne doit pas faire oublier que le basket français reste un nain à l'échelle mondiale. Les frappes au Liban rappellent que la diplomatie française a perdu de son influence. Les sanctions américaines contre les géants chinois montrent que l'économie française navigue en eaux troubles. Et l'affaire Lyhanna révèle un État qui sacrifie ses enfants sur l'autel de l'austérité.
La France a les moyens de ses ambitions. Mais pour l'instant, elle se contente de gérer ses contradictions.