Cyclistes agressées, Roissy discriminations : la France qui broie ses invisibles

Agressions sexistes contre les cyclistes, soupçons de discriminations à Roissy : quand l’État et les entreprises ferment les yeux sur les violences du quotidien.

Cyclistes agressées, Roissy discriminations : la France qui broie ses invisibles
Photo de Rux Centea sur Unsplash

Quand le vélo devient un parcours du combattant pour les femmes

Elles pédalent, on les insulte. Elles freinent, on les bouscule. Elles roulent, on les menace. Depuis des années, les cyclistes françaises subissent une violence routière qui ne dit pas son nom : le sexisme au guidon. Mais cette fois, les témoignages s’accumulent, et le silence des institutions devient assourdissant.

« Il m’a empoignée par le cou. » Le récit de cette cycliste parisienne, rapporté par Le Monde, n’est pas un cas isolé. Des dizaines de femmes décrivent des agressions verbales, des gestes obscènes, des coups de volant volontaires, des mains qui se tendent pour les déséquilibrer. Certaines ont abandonné le vélo, d’autres roulent désormais avec une caméra, comme une preuve à exhiber en cas d’agression. Pourtant, malgré les signalements, les plaintes restent rares, et les politiques publiques inexistantes. La mairie de Paris, championne autoproclamée du vélo, n’a toujours pas lancé de campagne de sensibilisation contre ces violences. Comme si le sexisme à deux roues était un détail, un dommage collatéral de la « mobilité douce ».

Pourtant, les chiffres existent. Une étude de 2025, menée par la Fédération française des usagers de la bicyclette (FUB), révélait que 63 % des femmes cyclistes avaient déjà subi une agression sexiste ou sexuelle dans l’espace public. Un chiffre qui monte à 78 % pour les moins de 35 ans. Mais ces données, personne ne les brandit. Ni la préfecture de police, ni les associations féministes, ni même les médias, qui préfèrent souvent relayer les exploits des coureurs du Tour de France plutôt que les galères des anonymes en Vélib’.

La question n’est pas seulement sécuritaire. Elle est politique. Pourquoi ces violences sont-elles si peu documentées, si peu combattues ? Parce que le vélo, en France, reste un marqueur de classe et de genre. Les femmes qui l’utilisent quotidiennement sont souvent des travailleuses précaires, des étudiantes, des mères célibataires. Pas des bobos en tenue fluo qui roulent le week-end. Leur parole compte moins. Leurs corps aussi.


Roissy : quand la discrimination devient un business model

À l’aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle, le racisme n’est pas un bug. C’est une fonctionnalité. C’est en tout cas ce que suggère la saisine du Défenseur des droits par SOS Racisme, qui évoque des « mises à l’écart systématiques » de salariés noirs d’une entreprise de sécurité sous-traitante. Des témoignages décrivent des consignes orales pour « éviter de mettre des Noirs en contact avec les passagers », des mutations punitives pour ceux qui osent protester, des sanctions disciplinaires ciblées.

Le groupe ADP, qui gère l’aéroport, dément. Bien sûr. Comme démentent toujours les entreprises quand on leur parle de discriminations. Pourtant, les faits sont têtus : en 2024, une enquête de Libération révélait déjà que 60 % des salariés noirs de Roissy travaillaient dans des postes invisibles (nettoyage, bagages, sécurité), contre 20 % des employés blancs. En 2025, une étude de l’INSEE confirmait que les travailleurs racisés y étaient surreprésentés dans les métiers précaires et sous-représentés dans les postes à responsabilité.

Le plus glaçant, c’est la banalité du système. Roissy n’est pas une exception. C’est un miroir grossissant de la France du travail : des sous-traitants qui externalisent les risques, des donneurs d’ordre qui ferment les yeux, des salariés qui se taisent par peur de perdre leur emploi. Et au-dessus de tout ça, un État qui préfère parler de « diversité » dans les brochures plutôt que de sanctionner les discriminations dans les faits.

SOS Racisme a saisi le Défenseur des droits. Une procédure qui prendra des mois, voire des années. En attendant, les salariés de Roissy continuent de subir. Et ADP continue de facturer.


Carburants : la révolte des oubliés de la transition

Ce samedi 2 mai, routiers, agriculteurs et pêcheurs défilent à Paris. Leur mot d’ordre ? « On ne peut plus payer. » Pas une surprise : depuis 2023, le prix du gazole non routier (GNR) a augmenté de 42 %, celui de l’essence de 35 %. Les aides de l’État ? Des rustines. Les promesses de « verdissement » ? Des leurres.

Le gouvernement a beau vanter sa transition écologique, sur le terrain, c’est la crise. Les routiers indépendants, déjà étranglés par les péages et les charges, voient leurs marges fondre. Les pêcheurs, confrontés à la flambée du prix du fioul, réduisent leurs sorties en mer. Les agriculteurs, eux, continuent de brûler du diesel pour faire tourner leurs tracteurs, tout en subissant les critiques des urbains qui leur reprochent de polluer. Un paradoxe savoureux : ceux qui nourrissent la France sont aussi ceux qu’on accuse de la détruire.

Pourtant, personne ne propose de solution. Le gouvernement parle de « décarbonation », mais sans plan concret pour les secteurs qui n’ont pas d’alternative au thermique. Les écologistes dénoncent les subventions aux énergies fossiles, mais sans proposer de compensation pour ceux qui en dépendent. Quant aux patrons du transport, ils répercutent la hausse des carburants sur les prix… et sur les salariés.

Résultat : une colère qui monte, sans débouché politique. Les syndicats appellent à manifester, mais sans illusion. « On sait que ça ne changera rien, confie un routier à 20 Minutes. Mais si on ne descend pas dans la rue, on nous oubliera encore plus. »


Ce qu’il faut retenir : la France des angles morts

Trois sujets, trois visages d’une même réalité : celle d’un pays qui préfère ignorer ses marges plutôt que de les réparer.

  1. Les cyclistes agressées rappellent que l’espace public reste un champ de bataille genré. La mobilité « durable » est une utopie quand elle se construit sur le dos des femmes.
  2. Les discriminations à Roissy montrent que le racisme au travail n’est pas un fantasme, mais une organisation méthodique. ADP dément ? Les chiffres, eux, ne mentent pas.
  3. La révolte des routiers et agriculteurs révèle l’hypocrisie d’une transition écologique qui oublie ceux qui la rendent possible. On parle de verdissement, mais personne ne parle de justice sociale.

La France a deux vitesses. Celle des métropoles connectées, des start-up qui lèvent des milliards, des politiques qui parlent de « souveraineté ». Et celle des femmes en vélo, des salariés noirs de Roissy, des routiers en colère. La première fait la une des médias. La seconde attend qu’on la regarde. En vain.