Cinéma marocain : l'ultimatum du CCM bouscule une industrie

Le CCM fixe août 2026 comme date butoir pour la mise en conformité de toute l'industrie cinématographique. Pendant ce temps, le TGV Kénitra-Marrakech entre dans sa phase de travaux.

Cinéma marocain : l'ultimatum du CCM bouscule une industrie
Photo de Jeremy Yap sur Unsplash

Revue de presse du 15 avril 2026
Dernière mise à jour : 09:19


Le Maroc est en chantier. Pas métaphoriquement — littéralement. Les rails bougent, les lois s'imposent, les villes se repositionnent. Cette semaine illustre quelque chose que le pays pratique de plus en plus souvent : la transformation à marche forcée, deadline incluse.

Le cinéma marocain a jusqu'au 31 août : s'adapter ou quoi, exactement ?

Le Centre cinématographique marocain (CCM) a envoyé un signal clair aux professionnels du secteur : la loi n° 18.23, promulguée par dahir le 20 décembre 2024, est en vigueur. Pas en discussion, pas en phase pilote — en vigueur. Et l'ensemble de ses décrets d'application sont désormais actifs depuis le 1er septembre 2025. La tolérance administrative s'arrête le 31 août 2026.

Ce qui est concerné, c'est l'intégralité de la chaîne : production cinématographique, distribution de films, exploitation des salles. Autrement dit, personne dans l'industrie ne peut se dire épargné. Quatre arrêtés ministériels encadrent désormais chaque maillon.

La question qu'on ne pose pas assez : pourquoi huit mois supplémentaires ont-ils été accordés après une loi entrée en vigueur il y a déjà plusieurs mois ? L'industrie n'est-elle pas prête, ou le CCM lui-même a-t-il tardé à déployer son dispositif réglementaire ? L'appel aux opérateurs ressemble moins à un avertissement amical qu'à un constat de retard collectif.

Le Maroc a investi des millions dans son image de puissance culturelle — le Festival international du film de Marrakech en est le symbole le plus visible. Mais l'armature juridique qui régit réellement le secteur, celle qui définit qui peut produire, distribuer, exploiter une salle, elle était à la traîne. La loi 18.23 prétend corriger cette incohérence. Elle y parviendra si et seulement si les opérateurs s'y plient réellement — et si le CCM a les moyens de contrôler la mise en conformité, pas seulement de la demander.

TGV Kénitra-Marrakech : trois jours de perturbations pour une décennie de promesses

Du 21 au 23 avril 2026, les voyageurs sur l'axe Marrakech subiront une réorganisation temporaire. L'Office national des chemins de fer (ONCF) déplacera provisoirement le départ et l'arrivée des trains Atlas vers la gare de Sidi Ibrahim, à la place de la gare de Marrakech. Un dispositif de coordination train-bus sera mis en place pour assurer la continuité du service.

La raison : les travaux d'extension de la gare de Marrakech, nécessaires pour accueillir les futures rames du TGV Kénitra-Marrakech. Il s'agit d'augmenter le nombre de voies et de quais afin que la gare soit capable d'absorber à la fois les trains à grande vitesse et les trains de proximité.

Trois jours de gêne pour des décennies d'infrastructure, l'équation est familière. Ce qui l'est moins, c'est le calendrier politique derrière ce chantier. Le TGV Kénitra-Rabat-Casablanca a mis des années avant de changer concrètement la vie des Marocains qui l'empruntent. L'extension vers Marrakech représente un pari considérable sur le tourisme et la mobilité interne — mais aussi une pression supplémentaire sur une ville déjà saturée par sa propre attractivité.

Pour les voyageurs, le message pratique est simple : vérifier les horaires avant le 21 avril et anticiper les correspondances bus. Pour le reste, patience.

Rabat veut s'imposer comme capitale du tourisme d'affaires

Les 15 et 16 avril, Rabat accueille une opération de séduction à destination des professionnels du tourisme MICE — acronyme anglophone pour meetings, incentives, conferences, exhibitions. Le Conseil régional du tourisme de Rabat-Salé-Kénitra organise une rencontre avec les principaux DMC et agences réceptives du Maroc.

Le lieu choisi pour l'ouverture dit quelque chose : Dyour Dbagh, ancien espace de travail du cuir en pleine médina, reconverti en lieu culturel et événementiel. L'alliance revendiquée entre héritage et modernité est devenue le cliché de communication de toutes les villes marocaines qui veulent attirer. Mais Rabat a un argument que d'autres n'ont pas : elle est la capitale administrative du Royaume, ce qui lui confère une accessibilité institutionnelle que Casablanca, plus affairiste, n'offre pas de la même façon.

La ville essaie depuis plusieurs années de sortir de son image de capitale fonctionnelle mais terne. L'inscription au patrimoine mondial de l'UNESCO, le tramway, les musées rénovés — autant de briques d'un repositionnement touristique qui cherche encore son rythme face à l'aimant Marrakech.

Ce qu'il faut retenir

Trois signaux, un seul sous-texte : le Maroc est en phase d'institutionnalisation accélérée. Les secteurs qui fonctionnaient à l'informel ou à la tolérance réglementaire — le cinéma au premier chef — sont rattrapés par la loi. L'infrastructure, elle, avance selon son propre calendrier, avec ses inévitables interruptions. Et les villes se battent pour capter une économie du tourisme qui dépasse désormais les seuls sites patrimoniaux.

Le chantier est réel. La question est de savoir si les délais imposés sont tenus — ou si dans six mois, le CCM accordera une nouvelle tolérance à une industrie cinématographique qui n'aura toujours pas mis ses papiers en ordre.