Géopolitique : Trump, Ukraine et extrême droite, les équilibres qui basculent
Visite surprise de Kushner en Ukraine, percée de l'AfD en Allemagne, polémique autour de l'aide à Kiev : les lignes bougent en Europe et aux États-Unis, avec des conséquences directes pour la France.
Dimanche 6 septembre 2026 marque un tournant dans les équilibres géopolitiques européens. Alors que les émissaires de Donald Trump posent le pied à Kiev après une rencontre avec Vladimir Poutine, l’Allemagne s’apprête à vivre des élections régionales qui pourraient propulser l’extrême droite au pouvoir pour la première fois depuis 1945. Ces deux événements, bien que distincts, dessinent une nouvelle carte des alliances et des tensions, avec des répercussions immédiates pour la France et l’Union européenne.
Kushner en Ukraine : une médiation américaine sous le signe de Trump
Jared Kushner et Steve Witkoff, deux proches du président américain, ont atterri ce dimanche à Kiev après une visite surprise à Moscou samedi. Officiellement, leur mission est de présenter une proposition de paix à Volodymyr Zelensky, mais les contours de ce plan restent flous. Selon Le Monde, la Maison Blanche a évoqué des « plans substantiels » discutés avec Poutine, sans en préciser le contenu. Une chose est certaine : cette initiative s’inscrit dans la stratégie de Donald Trump, qui a fait de la fin du conflit ukrainien une priorité de son second mandat, quitte à bousculer les alliés traditionnels de Washington.
Pour la France, cette médiation américaine pose plusieurs questions. D’abord, celle de la place de l’Europe dans les négociations. Emmanuel Macron a jusqu’ici défendu une approche coordonnée avec les États-Unis, mais la méthode Trump – bilatérale et imprévisible – risque de marginaliser Paris. Ensuite, le timing interroge : pourquoi envoyer des émissaires maintenant, alors que les combats s’intensifient dans l’est de l’Ukraine ? Certains analystes y voient une manœuvre électorale, destinée à montrer aux électeurs américains que Trump agit pour la paix avant les midterms de novembre.
Reste à savoir comment Zelensky accueillera cette proposition. Le président ukrainien a toujours refusé toute négociation qui impliquerait des concessions territoriales, une position soutenue jusqu’ici par la France et l’Allemagne. Si Kiev rejette le plan américain, la relation transatlantique pourrait se tendre davantage, au moment où l’Europe cherche à renforcer sa défense autonome.
Allemagne : l’AfD aux portes du pouvoir en Saxe-Anhalt
À quelques heures des élections régionales en Saxe-Anhalt, l’Alternative für Deutschland (AfD) est donnée favorite par les sondages. Menée par Ulrich Siegmund, une figure controversée qualifiée par certains médias d’« homme le plus dangereux d’Allemagne », l’AfD pourrait remporter son premier Land depuis sa création en 2013. Un scénario qui inquiète Berlin, mais aussi Paris.
Siegmund, 38 ans, incarne une ligne dure au sein de l’extrême droite allemande : anti-immigration, eurosceptique et critique envers l’aide militaire à l’Ukraine. Son parti a récemment durci son discours sur Kiev, allant jusqu’à réclamer la fin des livraisons d’armes, une position qui contraste avec celle du gouvernement Scholz. Si l’AfD l’emporte, cela pourrait compliquer la coordination franco-allemande sur la défense européenne, déjà fragilisée par les divergences sur le budget militaire et les relations avec Moscou.
Pour la France, cette percée de l’extrême droite allemande est un signal d’alarme. Marine Le Pen et Jordan Bardella ont multiplié les gestes de rapprochement avec l’AfD ces derniers mois, mais les récentes polémiques autour de Bardella – notamment son voyage raté au Royaume-Uni et en Italie – montrent les limites de cette stratégie. À Lille, lors de la braderie samedi, les candidats à la présidentielle 2027 ont tous dénoncé l’influence croissante de l’extrême droite en Europe, mais sans proposer de réponse concrète.
L’immigration, nouvelle arme géopolitique ?
En Espagne, à Ceuta, des manifestations d’extrême droite contre l’immigration ont attiré l’attention des médias européens. Dans une chronique publiée par Le Monde, l’éditorialiste Philippe Bernard souligne un paradoxe : alors que les migrations deviennent un enjeu central des conflits géopolitiques – de la guerre en Ukraine aux tensions en Méditerranée –, les politiques européennes peinent à concilier « lucidité sur l’état du monde et vigilance humanitaire ».
La France n’est pas épargnée par ce débat. Jordan Bardella a fait de la réduction de l’immigration une priorité, proposant même de « couper le robinet » des aides à l’Ukraine si les flux migratoires ne diminuent pas. Une rhétorique qui trouve un écho dans une partie de l’opinion, mais qui divise au sein même de la majorité présidentielle. Gabriel Attal, Édouard Philippe et d’autres figures centristes cherchent encore un discours capable de fédérer leur électorat, sans succès pour l’instant.
Ce qu’il faut retenir
- Une diplomatie américaine en solo : La visite de Kushner en Ukraine marque un tournant. Trump semble déterminé à imposer sa vision de la paix, quitte à court-circuiter l’Europe. Pour la France, cela signifie une perte d’influence potentielle dans les négociations, mais aussi une opportunité de se positionner comme un acteur clé en cas d’échec américain.
- L’extrême droite allemande à l’assaut du pouvoir : Si l’AfD l’emporte en Saxe-Anhalt, ce sera un séisme politique. Pour Paris, cela compliquera les discussions sur la défense européenne et la politique migratoire, deux dossiers où l’Allemagne est un partenaire indispensable.
- L’immigration, nouveau champ de bataille : Entre instrumentalisation politique et réalité humanitaire, le sujet divise l’Europe. En France, la campagne présidentielle 2027 s’annonce comme un duel entre ceux qui veulent durcir les frontières et ceux qui défendent une approche plus équilibrée.
- Une campagne française sous tension : Les candidats à la présidentielle peinent à proposer des idées neuves. Entre le RN qui mise sur l’immigration et LFI qui mise sur le rejet des élites, les partis de gouvernement semblent désarmés face à l’« esprit de défaite » qui gagne une partie de l’électorat.
Dans les prochains jours, les regards se tourneront vers Kiev, où Zelensky doit réagir à la proposition américaine, et vers Magdebourg, où les résultats des élections allemandes pourraient redessiner la carte politique du continent. Une chose est sûre : l’Europe entre dans une phase de turbulences, et la France devra naviguer avec prudence.