Géopolitique : Trump-Iran, le détroit d'Ormuz en otage

Géopolitique du week-end : Trump conditionne la levée du blocus iranien à un accord, Téhéran menace Ormuz. Le pétrole mondial retient son souffle.

Géopolitique : Trump-Iran, le détroit d'Ormuz en otage
Photo de Philip Strong sur Unsplash

Revue de presse du 18 avril 2026
Dernière mise à jour : 07:15

Trump a fait du Golfe persique son terrain de poker. Vendredi soir, le président américain a posé ses cartes : pas d'accord, pas de levée du blocus sur les ports iraniens. Téhéran a répliqué samedi, brandissant la menace ultime — refermer le détroit d'Ormuz, par où transite près d'un quart du pétrole mondial. Pendant ce temps, à Beyrouth, Netanyahu cherche encore comment finir « le travail » sans froisser Washington. Bienvenue dans la diplomatie 2026, où l'équilibre du monde tient à un tweet.

Pourquoi le détroit d'Ormuz fait-il trembler les marchés ?

Le scénario était sur la table depuis des semaines. Il est désormais sur le bureau du président. Selon Le Monde, Donald Trump a déclaré vendredi soir qu'il maintiendrait le blocus américain sur les ports iraniens en l'absence d'accord de paix avec Téhéran, et qu'il pourrait ne pas prolonger le cessez-le-feu au-delà de son expiration mercredi. La réponse iranienne ne s'est pas fait attendre : si le blocus perdure, Ormuz se referme.

La menace n'est pas neuve, mais elle change de nature. Téhéran avait annoncé la veille la réouverture complète du détroit aux navires commerciaux — un geste d'apaisement instantanément retiré du jeu. La séquence est révélatrice : l'Iran négocie le robinet pétrolier comme une variable d'ajustement, Washington répond par l'asphyxie portuaire. Au milieu, les pétroliers du Golfe attendent de savoir s'ils navigueront lundi.

Pour la France, l'enjeu n'est pas théorique. Une fermeture d'Ormuz, même brève, c'est le baril qui s'envole, c'est la pompe qui flambe, c'est l'inflation qui repart juste au moment où Bercy commençait à respirer. Le calendrier est cruel : Trump joue son bras de fer à dix jours d'un cessez-le-feu déjà fragilisé.

Liban : Netanyahu, Trump et l'art de l'équilibrisme impossible

Dans la nuit de jeudi à vendredi, une trêve de dix jours est entrée en vigueur entre Israël et le Liban. Vingt-quatre heures plus tard, Trump claquait la porte sur ses réseaux sociaux : il aurait, selon ses propres mots, « interdit » à Israël de bombarder le Liban. RFI rapporte que Benyamin Netanyahu a aussitôt déclaré qu'Israël n'avait « pas encore fini le travail » contre le Hezbollah.

Tout est dit dans cette dissonance. Le Premier ministre israélien est coincé entre un président américain qui veut son moment diplomatique et une opinion intérieure fracturée, qui exige soit le démantèlement total du Hezbollah, soit le retour des otages, parfois les deux à la fois. Notre digest d'hier pointait déjà la fracture libanaise face au mouvement chiite — elle vient de gagner un acteur supplémentaire : la Maison-Blanche, qui s'invite par tweet dans les chaînes de commandement de Tsahal.

L'épisode dit quelque chose de la méthode Trump : la diplomatie par injonction publique, sans canal diplomatique préalable, sans concertation alliée. Efficace pour la communication, dévastateur pour l'autorité des chancelleries. Netanyahu, lui, doit choisir entre désobéir au seul allié qui compte et désobéir à sa propre coalition. Aucune option n'est gratuite.

La présidentielle 2027 ratrappe la diplomatie française

Pendant que le Moyen-Orient s'embrase, Paris regarde ses propres nombrils. Les Républicains votent ce week-end le mode de désignation de leur candidat à 2027, rapporte Le Monde. Bruno Retailleau, président du parti, a organisé un scrutin qui ressemble fort à un plébiscite à venir, face à des barons qui contestent son leadership. À gauche comme à droite, l'idée de primaires interpartisanes patine — Libération évoque des « manœuvres dilatoires » et la tentation de s'en remettre aux sondages.

Or, justement, ces sondages : Le Monde rappelle qu'à un an de l'élection, ils se trompent dans la moitié des cas étudiés depuis 1995. Voilà donc des partis affaiblis qui s'apprêtent à choisir un candidat sur la base d'enquêtes statistiquement aussi fiables qu'une pièce lancée en l'air. Pendant ce temps, le ministre concerné par la sécurité énergétique de la France — pétrole, donc Ormuz — est aussi celui qui pilote sa propre campagne interne. La France délibère sur ses primaires quand le baril se prépare à doubler.

Ce qu'il faut retenir

  • Trump conditionne la levée du blocus iranien à un accord de paix ; Téhéran riposte en menaçant de fermer Ormuz, point de passage critique du pétrole mondial.
  • Au Liban, la trêve de dix jours tient grâce à une injonction publique de Trump à Netanyahu, qui jure pourtant que « le travail » contre le Hezbollah n'est pas terminé.
  • En France, LR vote son mode de désignation pour 2027 dans l'indifférence des urgences extérieures — un classique de la Ve République en fin de cycle.