Géopolitique : Trump s'enlise, l'Europe cesse de flatter
Géopolitique : blocus américain dans le Golfe, Meloni qui lâche Trump, sommet à Chypre avec Zelensky. L'Europe sort du mode courtisane.
Revue de presse du 23 avril 2026
Dernière mise à jour : 07:15
Trois mois que Donald Trump a déclenché sa guerre avec Israël contre l'Iran. Trois mois que les alliés européens marchent sur des œufs, distribuent les compliments, évitent les sujets qui fâchent. Cette semaine, quelque chose a cédé. Même Giorgia Meloni, championne du monde de la courbette transatlantique, a fini par dire stop.
Ormuz, laboratoire grandeur nature de la puissance américaine
Le détroit d'Ormuz est devenu le terrain d'essai de Washington. Selon Le Monde, le commandement militaire américain pour le Moyen-Orient affirme avoir ordonné à 31 navires de faire demi-tour depuis le début de son blocus. La majorité — surtout des pétroliers — se serait conformée. L'Iran riposte symboliquement : Téhéran déclare mercredi avoir intercepté deux bateaux tentant de franchir le détroit.
Au-dessus de cette guerre navale à petit feu, Le Monde décrit un conflit qui dépasse l'affrontement bilatéral. Les États-Unis et Israël y testent des machines, des doctrines, des volontés de puissance pour les décennies à venir. Le porte-avions Abraham-Lincoln n'est pas un décor : c'est une démonstration. Washington dit au reste du monde qu'il peut encore fermer un verrou énergétique planétaire quand bon lui semble.
Pour l'Europe, qui importe encore massivement d'hydrocarbures via cette route, le message est ambigu. Soulagement tactique — l'allié américain tient la ligne. Mais aussi prise de conscience brutale : la sécurité énergétique du continent dépend d'un président qui publie des messages erratiques sur Truth Social.
Meloni rompt le charme, l'Europe sort du garde-à-vous
L'épisode Meloni raconte un basculement. Selon L'Express, la cheffe du gouvernement italien avait pourtant tout fait pour rester dans les petits papiers de Trump : silence sur le Venezuela, silence sur le Groenland, prudence sur l'Iran. Elle se rêvait en pont entre Bruxelles et la Maison Blanche. Trump lui-même la qualifiait de « leader fantastique ».
Puis sont venues les attaques du président américain contre le pape Léon XIV. Meloni a jugé ces charges « inacceptables ». Trump a répliqué en public : « Je suis choqué par elle. Je pensais qu'elle avait du courage, je me trompais. » Quand le milliardaire retourne sa veste contre son alliée la plus servile, personne ne peut plus se croire à l'abri.
Derrière Meloni, selon L'Express, d'autres dirigeants européens assument désormais de « tenir tête à Donald Trump quand il le faut ». La flatterie ne payait plus, la fermeté ne coûtera pas forcément plus cher. Le calcul politique a changé, tout simplement.
Chypre, le sommet qui acte le divorce tactique
C'est dans ce contexte que les chefs d'État européens se réunissent jeudi à Chypre pour un sommet informel. Le Monde en résume l'ordre du jour : accueillir Volodymyr Zelensky alors que le prêt de 90 milliards d'euros de l'UE à Kiev est en passe d'être acté, puis recevoir les présidents libanais, égyptien et syrien pour parler du Proche-Orient.
Le symbole est net. Sur l'Ukraine, l'Europe sort enfin le chéquier sans attendre Washington. Sur le Moyen-Orient, elle discute avec les voisins d'Israël et de l'Iran — ceux que Trump ignore ou menace. Le continent ne claque pas la porte de l'alliance atlantique. Mais il cesse de demander la permission.
Ce sommet à Chypre n'est pas anodin dans sa géographie : on parle dernier État membre avant le Liban et la Syrie, à portée de missile du théâtre iranien. L'Europe se positionne là où Trump ne veut ou ne peut plus aller.
Mi-mandat, le spectre d'un Trump empêché
Dernier élément qui pèse sur la table, côté américain. L'Express rappelle dans son podcast Hier à la Une que les élections de mi-mandat, en novembre, devraient permettre aux démocrates de reprendre l'avantage. Un Trump bloqué au Congrès, empêtré dans sa guerre iranienne, essuyant des discussions rouvertes sur une éventuelle destitution — le scénario n'est plus de la politique-fiction.
Les Européens le savent. Parier sur un allié durablement affaibli change la donne. Il devient rationnel de préparer l'après, de muscler la défense, de construire ses propres canaux diplomatiques. C'est exactement ce que Chypre va tenter.
Ce qu'il faut retenir
La séquence de la semaine dessine une Europe qui change de posture sous la contrainte. Le blocus d'Ormuz rappelle à Bruxelles sa dépendance stratégique. Le clash Meloni-Trump dynamite le mythe d'une alliée italienne capable de calmer Washington. Le sommet de Chypre, avec Zelensky puis les dirigeants du Levant, esquisse une diplomatie européenne qui cesse d'attendre le feu vert américain. Trump pèse encore, beaucoup. Mais il ne fait plus peur pareil.