Environnement : Belges intraitables, Maroc forme ses cadres

Sondage belge : 72% refusent la pause climatique. Au Maroc, El Bouari érige la formation agricole en levier. La transmission, nerf du combat.

Environnement : Belges intraitables, Maroc forme ses cadres
Photo de Philip Strong sur Unsplash

Aousserd à 34°, Ouarzazate à 31°, Marrakech à 30° ce dimanche selon la Direction générale de la météorologie. Le thermomètre n'attend pas les communicants. Il rappelle l'arrière-plan obstiné de toutes nos décisions — celles qu'on prend, celles qu'on esquive.

Pourquoi les Belges refusent-ils la pause climatique ?

Selon la sixième édition de l'Enquête nationale belge sur le climat, publiée vendredi par le Service public fédéral Santé publique, 72% des 1 609 personnes interrogées en janvier-février placent l'environnement parmi leurs trois préoccupations majeures. Devant l'immigration (59%) et l'emploi (54%). Derrière l'inflation (81%) et les impôts (75%).

Le détail qui fait mal : alors que plusieurs responsables européens et belges plaident depuis des mois pour « mettre sur pause » les mesures de transition, l'opinion ne décroche pas. Elle s'inquiète. La pause climatique est un mot d'ordre politique, pas une demande sociale. Quand des élus invoquent la « lassitude des citoyens » pour justifier un recul, ils inventent une lassitude qui n'existe pas dans les chiffres.

Question dérangeante pour Rabat : où est la mesure équivalente de l'opinion marocaine ? Le pays a Noor, le Plan Maroc Vert puis Génération Green 2020-2030, mais aucune enquête publique nationale annuelle n'évalue ce que pensent vraiment les Marocains du climat. La donnée manque. L'angle mort est politique.

L'enseignement agricole, levier ou alibi ?

Samedi à Meknès, en marge du 18e SIAM, le ministre de l'Agriculture Ahmed El Bouari a appelé à ériger l'enseignement agricole en « véritable levier de transformation pour une agriculture marocaine moderne, résiliente, inclusive et créatrice de valeur ajoutée ». La rencontre, tenue parallèlement au Salon, était consacrée à l'Enseignement supérieur et à la Formation professionnelle agricoles.

Les mots sont justes. Reste à les confronter au terrain. L'agriculture pèse lourd dans l'emploi marocain et reste le premier poste de consommation d'eau dans un pays sous stress hydrique chronique. « Résilience » et « inclusion » ne sont pas des slogans interchangeables — ce sont des chantiers. Ils exigent des arbitrages durs : choix des cultures, modèles d'irrigation, foncier, subventions.

El Bouari tient sur le quoi. Le pays attend le comment. Une école d'ingénieurs ne fabrique pas une politique hydrique. Elle l'applique — quand elle existe.

Pourquoi la science doit-elle cesser d'ennuyer ?

Dans une tribune du Guardian relayée par Courrier international, la scientifique et autrice Helen Pilcher défend l'idée que sciences et humour devraient se rencontrer plus souvent. Une approche plus ludique, écrit-elle, limiterait la contestation des études et rendrait des sujets en apparence techniques accessibles au grand public.

Il faut s'arrêter sur cette évidence. Quand un climato-sceptique gagne un débat, ce n'est presque jamais la donnée qui lui manquait — c'est qu'il avait, en face, des graphiques sans récit. Les chercheurs alignent des courbes. Les contradicteurs racontent une histoire. Le combat est inégal.

Au Maroc, où la pédagogie environnementale dans les médias grand public reste embryonnaire, l'enjeu est strictement identique. Former des ingénieurs agricoles à Meknès ne suffira pas si personne ne raconte le climat aux marchés de gros, aux écoles primaires, aux quartiers populaires. La transmission n'est pas un luxe rhétorique. C'est une question d'efficacité publique.

Ce qu'il faut retenir

Trois fronts, une même bataille. Les Belges refusent qu'on déserte la transition, fait inscrit noir sur blanc dans une enquête publique. Le ministre marocain de l'Agriculture cherche à muscler la formation des cadres du secteur. Les scientifiques sont sommés d'apprendre à parler — à raconter, pas à réciter. Le climat ne pardonne pas le silence, et il pardonne encore moins l'ennui.