Culture au Maroc : la Tour Mohammed VI et Essaouira redessinent l'ambition

Inauguration de la Tour Mohammed VI à Rabat et revalorisation du Musée d'Essaouira : le Maroc accélère sur deux fronts culturels majeurs en une seule journée.

Culture au Maroc : la Tour Mohammed VI et Essaouira redessinent l'ambition
Photo de Milad Alizadeh sur Unsplash

Revue de presse du 13 avril 2026
Dernière mise à jour : 17:20

Le Maroc construit. Pas seulement des murs et des étages — une image. Ce lundi 13 avril, deux actes symboliques dessinent les contours d'une même ambition : faire du Royaume un pôle culturel qui compte, entre béton audacieux et mémoire restaurée.

La Tour Mohammed VI : Rabat regarde vers le haut

Sur ordre royal, le prince héritier Moulay El Hassan a inauguré ce lundi la Tour Mohammed VI, nouveau repère vertical de l'axe Rabat-Salé. Selon Hespress, l'édifice se veut « un emblème de modernité et symbole du rayonnement des deux villes jumelles ».

Le geste n'est pas anodin. Rabat, longtemps perçue comme la capitale administrative sage et discrète face à l'effervescence casablancaise, s'offre un totem. La Tour n'est pas qu'un gratte-ciel — c'est une déclaration d'intention. À l'heure où Casablanca Finance City joue la carte des affaires et Tanger celle de l'industrie, Rabat mise sur l'iconique. Le choix du prince héritier pour couper le ruban ancre le projet dans la continuité dynastique : ce Maroc-là se projette sur plusieurs générations.

Reste la question que personne ne pose encore assez fort : pour qui ? Une tour emblématique rayonne si elle vit. Si elle accueille. Si les Rbatis et les Slaouis se l'approprient au-delà de la carte postale. Les tours spectaculaires qui restent des coquilles de bureaux, le monde arabe en connaît quelques-unes. L'enjeu pour Rabat sera de remplir le symbole avec du contenu — culturel, économique, citoyen.

Essaouira : le musée comme acte de résistance culturelle

À l'autre bout du spectre, loin des hauteurs de verre, Essaouira joue une partition différente mais complémentaire. Une convention signée ce même lundi entre le ministre de la Culture Mehdi Bensaid, André Azoulay, le président du conseil communal Tarik Ottmani et Mehdi Qotbi (Fondation nationale des musées) engage la revalorisation du Musée Sidi Mohammed Ben Abdellah, rapporte Aujourd'hui le Maroc.

L'accord vise à transformer ce musée en « lieu de diffusion, d'apprentissage et de découverte ». Derrière le langage convenu des conventions officielles, l'ambition est claire : Essaouira ne veut pas être réduite à son festival gnaoua et à ses riads Instagram. La ville-vent a une histoire dense — andalouse, juive, portugaise, souirie — et ce musée en est le dépositaire.

Le signal est d'autant plus intéressant que quatre signataires d'horizons différents s'assoient à la même table. André Azoulay, figure mogadorienne par excellence, porte la mémoire plurielle de la ville. La FNM apporte l'expertise muséale. La commune, l'ancrage local. Le ministère, les moyens. Cette convergence est rare dans l'écosystème institutionnel marocain, où les projets culturels meurent souvent dans les interstices entre tutelles.

Deux visions, une même question

Rabat vers le ciel, Essaouira vers ses racines : le Maroc culturel du 13 avril 2026 avance sur deux jambes. La modernité verticale d'un côté, la profondeur patrimoniale de l'autre. Les deux sont nécessaires. Aucune ne suffit seule.

Le piège serait de ne financer que le spectaculaire. Les tours attirent les photographes et les investisseurs. Les musées de province forment les regards et préservent les identités. Le Maroc qui se prépare au Mondial 2030 a besoin des deux — de la vitrine et de l'âme.

Car un pays qui ne sait pas d'où il vient impressionne peut-être, mais ne convainc pas. Et un pays qui ne regarde que son passé s'admire, mais n'avance pas. L'équilibre entre la Tour et le Musée, entre Rabat et Essaouira, entre l'élan et la mémoire — c'est précisément là que se joue la crédibilité culturelle du Royaume.