TotalEnergies en appel, puces chinoises, EDF : les fronts économiques qui testent la France

Devoir de vigilance, percée technologique chinoise et relance nucléaire : trois dossiers qui révèlent les tensions entre souveraineté, transition énergétique et compétitivité en 2026.

TotalEnergies en appel, puces chinoises, EDF : les fronts économiques qui testent la France
Photo de Mariana Proença sur Unsplash

La France économique affronte cet été trois défis qui cristallisent les tensions entre exigences climatiques, ambitions industrielles et réalités géopolitiques. Entre un géant pétrolier contesté dans ses engagements environnementaux, une percée technologique chinoise qui bouscule le marché des semi-conducteurs et un chantier nucléaire pharaonique, les arbitrages s’annoncent complexes pour les pouvoirs publics comme pour les entreprises.

TotalEnergies face à son devoir de vigilance : un appel qui interroge

Le tribunal judiciaire de Paris a infligé un revers juridique majeur à TotalEnergies en juillet 2026. La justice a en effet ordonné au groupe énergétique d’intégrer les émissions indirectes de ses clients – dites « scope 3 » – dans son plan de vigilance, conformément à la loi française de 2017. Une décision qui pourrait redéfinir les contours de la responsabilité environnementale des multinationales.

Dans un communiqué publié le 25 juillet, TotalEnergies a annoncé vouloir faire appel de cette décision, prise après délibération de son conseil d’administration. Le groupe argue que les émissions scope 3, qui représentent près de 90 % de son empreinte carbone totale, échappent largement à son contrôle direct. « Cette intégration poserait des défis méthodologiques et opérationnels considérables », indique le communiqué, tout en réaffirmant son engagement en faveur de la transition énergétique.

Cette bataille juridique s’inscrit dans un contexte plus large de tensions entre les engagements climatiques des entreprises et leur modèle économique. Les associations environnementales, à l’origine de la plainte, y voient une victoire symbolique. « TotalEnergies ne peut plus ignorer l’impact climatique de ses activités, même indirectes », a déclaré une porte-parole de l’ONG Les Amis de la Terre. La décision finale de la cour d’appel, attendue dans les prochains mois, pourrait faire jurisprudence et influencer d’autres secteurs industriels.

CXMT, le champion chinois des puces qui défie Taïwan et la Corée du Sud

L’introduction en Bourse de ChangXin Memory Technologies (CXMT) à Shanghai, le 24 juillet, a marqué un tournant dans l’industrie mondiale des semi-conducteurs. En une seule journée de cotation, l’action du fabricant chinois de puces mémoire DRAM a bondi de 500 %, propulsant sa valorisation à plus de 450 milliards d’euros. Une performance qui place CXMT parmi les entreprises les plus chères de Chine, devant des géants comme Alibaba ou Tencent.

Fondé en 2016, CXMT s’est imposé comme le quatrième acteur mondial du marché des DRAM, avec près de 8 % de parts de marché. Cette percée intervient alors que Pékin intensifie ses efforts pour réduire sa dépendance aux technologies étrangères, notamment taïwanaises et sud-coréennes. « La Chine veut dominer toute la chaîne de valeur des semi-conducteurs, des puces mémoire aux processeurs », analyse un expert du secteur cité par Reuters.

Cette montée en puissance chinoise pose plusieurs défis pour l’Europe et les États-Unis. D’une part, elle pourrait accentuer les tensions commerciales, alors que Washington et Bruxelles cherchent à limiter l’accès de la Chine aux technologies avancées. D’autre part, elle interroge la capacité des acteurs occidentaux à maintenir leur avance dans un secteur stratégique. « La Chine a les moyens financiers et la volonté politique pour rattraper son retard », estime un analyste. « La question n’est plus de savoir si elle y parviendra, mais quand. »

EDF et Technip Energies : le pari risqué des EPR 2

EDF a officialisé le 26 juillet son partenariat avec Technip Energies pour la construction des six réacteurs EPR 2, qualifiés de « chantier du siècle » par le gouvernement. Ce projet, estimé à plus de 60 milliards d’euros, vise à relancer le nucléaire en France et à assurer l’indépendance énergétique du pays. Le premier réacteur doit entrer en service en 2038, un calendrier ambitieux qui suscite des interrogations.

Le choix de Technip Energies, spécialiste de l’ingénierie pétrolière et gazière, comme partenaire principal marque un tournant. « Leur expertise en gestion de projets complexes est un atout majeur », a justifié EDF dans un communiqué. Pourtant, ce partenariat soulève des questions sur la capacité du secteur à tenir les délais et les coûts, après les déboires des EPR de Flamanville et d’Hinkley Point.

Les défis sont multiples : pénurie de main-d’œuvre qualifiée, complexité des normes de sûreté, et concurrence internationale. « La France mise sur le nucléaire pour atteindre la neutralité carbone d’ici 2050, mais les retards pourraient coûter cher », souligne un rapport de la Cour des comptes publié en juin. Le gouvernement, qui détient 100 % d’EDF depuis 2023, devra arbitrer entre urgence climatique et contraintes budgétaires.


Ces trois dossiers illustrent les arbitrages auxquels la France est confrontée en 2026. Entre souveraineté industrielle, transition énergétique et compétitivité, les choix s’annoncent cruciaux pour les années à venir. Une chose est certaine : les décisions prises aujourd’hui engageront durablement le modèle économique du pays.