Tintoret, Gaza et sécheresse : les fronts culturels et écologiques de septembre

L’exposition « Eternel Tintoret » à Paris, les polémiques autour d’un documentaire sur Gaza primé à Venise et les conséquences de la sécheresse sur l’agriculture française dessinent les enjeux culturels et environnementaux de la rentrée.

Tintoret, Gaza et sécheresse : les fronts culturels et écologiques de septembre
Photo de Sarah Mason sur Unsplash

Le mois de septembre s’ouvre sur des tensions qui dépassent les frontières des musées, des salles de cinéma et des champs. Entre la redécouverte d’un maître de la Renaissance à Paris, les remous provoqués par un documentaire sur Gaza primé à Venise et les répercussions concrètes de la sécheresse sur les récoltes françaises, culture et environnement s’entremêlent cette semaine. Trois fronts où l’art, l’engagement et les défis climatiques redéfinissent les débats publics.


Tintoret, virtuose oublié, resurgit au Musée Jacquemart-André

Le Musée Jacquemart-André, à Paris, consacre une exposition inédite à Jacopo Robusti, dit le Tintoret (1518-1594), figure majeure mais souvent éclipsée de la Renaissance vénitienne. Intitulée « Eternel Tintoret », cette rétrospective réunit une trentaine d’œuvres – peintures et dessins – qui révèlent l’audace d’un artiste dont le style, à la fois tourmenté et lumineux, a marqué son époque. Selon Le Monde, l’exposition met en lumière « des graphismes elliptiques, des contrastes chromatiques violents et des éclairages dramatiques », caractéristiques d’une œuvre où se mêlent spiritualité et mouvement.

Pourquoi ce retour en grâce ? Le Tintoret, contemporain de Titien et de Véronèse, a longtemps souffert d’une réputation de peintre « trop rapide », voire brouillon. Pourtant, son approche novatrice – compositions dynamiques, jeux de perspectives vertigineux – a influencé des générations d’artistes, de Rubens à Delacroix. L’exposition, qui s’appuie sur des prêts exceptionnels du Kunsthistorisches Museum de Vienne, offre une occasion rare de saisir la complexité d’un maître dont les toiles, souvent de grand format, étaient conçues pour impressionner. « Il ne peignait pas pour les collectionneurs, mais pour l’espace public », souligne un conservateur du musée. Un choix qui résonne aujourd’hui, alors que les institutions culturelles interrogent leur rôle dans la cité.


Gaza, Venise et la trahison : quand un documentaire devient une affaire d’État

Le documentaire « Naza », réalisé par le journaliste israélien Yuval Abraham et la réalisatrice Rachel Szor, a remporté le prix spécial du jury à la Mostra de Venise le 12 septembre. Le film, qui documente les exactions commises par l’armée israélienne à Gaza à travers des témoignages de soldats et de civils, a immédiatement suscité une vive polémique en Israël. Dès dimanche soir, le ministre de la Culture, Miki Zohar, a exigé que les deux cinéastes soient déchus de leur citoyenneté, les accusant de « trahison ». « Leur film sert la propagande de l’ennemi et porte atteinte à la sécurité de l’État », a-t-il déclaré, selon Le Monde.

Cette réaction illustre les tensions croissantes autour de la représentation de la guerre à Gaza, alors que les images du conflit sont de plus en plus contestées. « Naza » s’inscrit dans une lignée de documentaires engagés, comme « The Act of Killing » (2012) ou « For Sama » (2019), qui utilisent le cinéma comme outil de témoignage et de dénonciation. Mais en Israël, où la guerre est souvent perçue comme une question existentielle, le film a été immédiatement instrumentalisé politiquement. « Ce n’est pas une attaque contre deux artistes, mais contre toute une société qui refuse de voir sa propre violence », analyse un critique israélien.

La polémique dépasse le cadre artistique : elle interroge la liberté d’expression dans un contexte de polarisation extrême. À Venise, le jury a salué « un travail courageux qui donne la parole aux sans-voix ». En Israël, les deux cinéastes sont désormais menacés de poursuites pour « atteinte à la sûreté de l’État ». Une affaire à suivre, alors que les festivals internationaux deviennent des arènes géopolitiques.


Sécheresse : l’agriculture française face à un été sans pluie

La France traverse son troisième été consécutif marqué par des températures anormalement élevées et un déficit pluviométrique persistant. Les conséquences sur l’agriculture sont déjà visibles : selon Le Monde, les récoltes de maïs, de tournesol et de légumes d’été (tomates, courgettes, aubergines) accusent des baisses de rendement allant jusqu’à 30 % dans certaines régions. « Les épis de maïs sont plus petits, les fruits moins juteux. On parle de pertes sèches », explique un agriculteur des Hautes-Pyrénées, où les champs jaunissent prématurément.

Les industriels de l’agroalimentaire, déjà touchés par la hausse des coûts énergétiques, réclament une revalorisation des prix. « Les marges sont compressées, et si les prix ne suivent pas, c’est toute la filière qui est menacée », alerte un représentant du secteur. Les grandes surfaces, de leur côté, anticipent une hausse des tarifs pour les consommateurs dès l’automne. « Les fruits et légumes pourraient voir leurs prix augmenter de 10 à 15 % », estime un analyste.

Cette crise s’inscrit dans un contexte plus large de transformation du modèle agricole français. Face aux aléas climatiques, certains producteurs se tournent vers des cultures moins gourmandes en eau, comme le sorgho ou le millet, ou investissent dans des systèmes d’irrigation plus économes. Mais ces adaptations ont un coût, et tous les exploitants n’ont pas les moyens de les financer. « On est en train de vivre un basculement. Soit on s’adapte, soit on disparaît », résume un agriculteur du Sud-Ouest.

La sécheresse pose aussi la question des politiques publiques. Le gouvernement a annoncé en juillet un plan de soutien aux agriculteurs, mais les mesures – aides directes, subventions pour l’irrigation – peinent à convaincre. « On nous parle de résilience, mais concrètement, on nous laisse seuls face au changement climatique », déplore un syndicaliste agricole. Un constat qui rappelle que les défis environnementaux ne se résoudront pas sans une refonte profonde des modèles de production.


Ce qu’il faut retenir

  • Le Tintoret, peintre vénitien du XVIe siècle, fait l’objet d’une exposition remarquée à Paris, qui révèle son influence méconnue sur l’art occidental.
  • Le documentaire « Naza », primé à Venise, déclenche une crise politique en Israël, où ses auteurs sont accusés de trahison pour avoir filmé les exactions de l’armée à Gaza.
  • La sécheresse persistante en France menace les récoltes et pourrait entraîner une hausse des prix des fruits et légumes, mettant à mal un secteur agricole déjà fragilisé.

Trois fronts où culture et environnement se heurtent aux réalités politiques et économiques, dessinant les contours d’une rentrée sous tension.