Maroc : textile allemand, ciment en berne et liquidités bancaires sous tension

Le Maroc cible l'Allemagne pour son textile, tandis que le ciment recule et les banques manquent de liquidités. Les enjeux économiques du 29 septembre 2026.

Maroc : textile allemand, ciment en berne et liquidités bancaires sous tension
Photo de Bradley Andrews sur Unsplash

Le textile marocain vise l’Allemagne, un marché à fort potentiel

Le secteur textile-habillement marocain, en quête de nouveaux débouchés, prépare une offensive ciblée sur le marché allemand. L’Association marocaine des industries du textile et de l’habillement (AMITH) s’appuie sur un accompagnement du dispositif suisse SIPPO et de Swisscontact pour structurer cette prospection. L’objectif : identifier les acheteurs, les marques et les donneurs d’ordre susceptibles d’intégrer les fournisseurs marocains dans leurs chaînes d’approvisionnement.

Cette démarche s’inscrit dans une stratégie de diversification des partenaires commerciaux, traditionnellement concentrés sur la France et l’Espagne. L’Allemagne, premier marché européen du textile, représente un relais de croissance stratégique pour les entreprises marocaines, dont la compétitivité repose sur des délais de livraison courts et une main-d’œuvre qualifiée. Selon les acteurs du secteur, cette prospection pourrait déboucher sur des partenariats concrets dès 2027, à condition de répondre aux exigences allemandes en matière de durabilité et de traçabilité.

Le ciment recule, un signal contrasté pour le BTP

Les ventes de ciment, indicateur clé de l’activité du bâtiment et des travaux publics (BTP), ont enregistré un repli de 1,1 % sur les huit premiers mois de 2026, après une hausse de 10,4 % en 2025. Cette baisse, soulignée par la Direction des études et des prévisions financières (DEPF), masque cependant des dynamiques sectorielles contrastées. Le béton prêt à l’emploi progresse de 6,4 %, tandis que le segment des infrastructures affiche une croissance de 14,7 %, portée par les grands projets publics.

Ce ralentissement global s’explique en partie par un effet de base défavorable, après une année 2025 marquée par une reprise post-pandémie. Les professionnels du secteur pointent également des retards dans le lancement de certains chantiers, notamment dans le résidentiel. La DEPF note toutefois que cette tendance pourrait s’inverser au quatrième trimestre, avec l’accélération des projets liés aux préparatifs de la Coupe du Monde 2030.

Les banques marocaines face à un besoin croissant de liquidités

Le système bancaire marocain fait face à un besoin accru en liquidités, qui s’est établi à 132,3 milliards de dirhams (MMDH) en moyenne hebdomadaire en août 2026, contre 125,7 MMDH en juillet. Bank Al-Maghrib (BAM) a répondu à cette tension en augmentant ses injections de liquidité, qui ont atteint 150 MMDH en moyenne hebdomadaire. Ces interventions se sont concentrées sur les avances à 7 jours (54,6 MMDH), les opérations de pension livrée à 1 et 3 mois (48,1 MMDH) et les prêts garantis pour le financement des TPME (47,3 MMDH).

Cette situation reflète une pression structurelle sur les liquidités, liée à la croissance du crédit et à la demande accrue des entreprises. Les analystes estiment que cette tendance pourrait persister dans les mois à venir, en raison des besoins de financement des grands projets d’infrastructure et de la reprise progressive de l’activité économique. BAM a d’ores et déjà indiqué qu’elle maintiendrait une politique accommodante pour soutenir le secteur bancaire.

Après les législatives, les défis économiques du nouveau gouvernement

Les résultats des élections législatives du 23 septembre dessinent un paysage politique fragmenté, avec une domination relative du Parti authenticité et modernité (PAM) dans les circonscriptions clés. Sur les 20 circonscriptions à deux sièges, le PAM en a remporté 16, devant l’Istiqlal (8 sièges) et le Rassemblement national des indépendants (RNI, 7 sièges). Cette configuration pourrait compliquer la formation d’une coalition stable, alors que les attentes économiques sont fortes.

Parmi les dossiers prioritaires figurent la relance du secteur du BTP, la diversification des partenariats commerciaux et la gestion des liquidités bancaires. Les observateurs soulignent également la nécessité de clarifier les orientations budgétaires, dans un contexte marqué par un déficit public en baisse mais des dépenses sociales en hausse. Le nouveau gouvernement devra aussi répondre aux attentes des entreprises, notamment dans les secteurs exportateurs comme le textile, où les marges de manœuvre restent limitées face à la concurrence internationale.