Culture et environnement : Tchernobyl hante encore nos écrans
Culture et environnement ce dimanche : 40 ans après Tchernobyl, la Fondation Bardot vacille, Microsoft enterre 300 millions de PC, Haenel sort du silence.
Quarante ans après, le réacteur n'a pas fini de fumer
Le calendrier ne ment pas. Ce 26 avril, Tchernobyl souffle ses quarante bougies — un anniversaire qui n'a rien d'anniversaire. Le Monde publie une reconstitution 3D du réacteur n°4, et l'on redécouvre, presque incrédule, ce que le quotidien rappelle : un test de sûreté mal préparé, conjugué à des défauts de conception graves, a suffi à faire basculer un continent dans l'ère atomique post-confiance.
Quatre décennies plus tard, la leçon est moins technique que politique. Le nucléaire civil français vient de relancer six EPR2, l'Allemagne ferme ses dernières centrales, et la guerre en Ukraine a transformé Zaporijia en variable d'ajustement diplomatique. Tchernobyl n'est pas un musée. C'est le rappel, désagréable, que nos infrastructures critiques tiennent souvent à un test mal calibré et à une chaîne de commandement qui ne sait pas dire non. Le 3D du Monde est pédagogique. Ce qu'il raconte, en creux, l'est moins : la mémoire industrielle s'efface plus vite que le césium 137.
La Fondation Bardot, l'État qui ne regarde pas
Brigitte Bardot est morte en décembre 2025. Sa fondation, elle, continue — et c'est là que ça coince. Selon l'enquête en trois volets publiée par Libération du 21 au 24 avril, la structure créée en 1986 cumulerait proximités avec l'extrême droite, gouvernance opaque et contrôle étatique quasi inexistant. Le tout sur un patrimoine que le quotidien qualifie d'« énorme ».
La Fondation est reconnue d'utilité publique depuis 1992. Un statut qui, en théorie, oblige à des inspections sérieuses. Reporterre, qui relaie l'enquête, pointe le décalage : la reconnaissance d'utilité publique vaut avantage fiscal, donc argent public en pointillé. Quand une fondation animaliste pèse autant et qu'elle se retrouve, selon la presse, dans des eaux idéologiques troubles, l'État régulateur se retrouve face à sa propre négligence. Une icône peut mourir. Une structure d'utilité publique, non — elle exige des comptes. Question simple : qui, à Bercy ou à l'Intérieur, va ouvrir le dossier ?
Microsoft enterre 300 millions d'ordinateurs, et alors ?
L'image est forte et c'est précisément ce qu'attendaient les associations. Devant le siège de Microsoft France, Libération rapporte une mise en scène funéraire : « 300 millions d'ordinateurs » symboliquement enterrés pour dénoncer l'arrêt des mises à jour gratuites de Windows 10. Le chiffre désigne la masse d'appareils incapables, faute de processeur ou de TPM 2.0, de migrer vers Windows 11.
L'argument est connu, l'angle environnemental moins. Un PC mis au rebut, c'est de la terre rare extraite, du cobalt congolais transformé, du transport maritime amorti sur cinq ans à peine. Et c'est aussi un signal envoyé aux fabricants : l'obsolescence logicielle reste, en 2026, le moyen le plus efficace de pousser à l'achat neuf sans changer une seule ligne de loi. La Commission européenne a son AGEC, sa directive éco-design, son indice de réparabilité. Aucun de ces textes ne contraint Microsoft à prolonger un OS. Le service après-vente écologique reste à inventer.
Adèle Haenel, sortir du silence pour faire de la politique
Sur France 5 ce samedi, dans C dans l'air l'invité, Adèle Haenel a parlé. Selon le compte rendu de Cinéma Premiere, l'actrice et militante revient sur le procès Ruggia et défend un projet politique qu'elle résume par la formule : « pour que toutes les vies soient vivables ». Elle avait quitté le cinéma en 2023. Elle réapparaît, non pour vendre un film, mais pour porter une parole.
Le geste mérite d'être noté. Dans un paysage médiatique qui consomme l'indignation à la chaîne, Haenel construit un discours articulé qui dépasse le cas judiciaire pour viser ce qu'elle appelle les « violences au sens large ». L'industrie du cinéma français, deux ans après la déflagration des Césars 2020, n'a toujours pas produit son équivalent de la grande purge hollywoodienne. Que l'une de ses anciennes vedettes le rappelle depuis le service public, c'est aussi cela, le service public.
Ce qu'il faut retenir
Quarante ans de Tchernobyl ne sont pas un souvenir, c'est un manuel. Une fondation animaliste richissime opère sans contrôle sérieux, et la presse fait le travail que l'État ne fait plus. Microsoft décide unilatéralement du sort de 300 millions de machines, et personne ne légifère. Adèle Haenel rappelle qu'on peut quitter une industrie sans quitter le débat. Quatre histoires, une même question : qui regarde encore ce qu'on laisse passer ?