Géopolitique : Tchad, Iran, Bulgarie — le monde bascule

Géopolitique du 20 avril : cinq ans après la mort de Déby, l'Iran bloque Washington, la Bulgarie vote. Trois signaux d'un monde qui se recompose.

Géopolitique : Tchad, Iran, Bulgarie — le monde bascule
Photo de Philip Strong sur Unsplash

Revue de presse du 20 avril 2026
Dernière mise à jour : 09:15

Cinq ans jour pour jour après la mort d'Idriss Déby Itno, le Tchad n'a toujours pas fait son deuil politique. Pendant ce temps, Téhéran claque la porte à Trump et la Bulgarie vote dans un brouillard progressiste. Trois scènes, un même constat : les vieilles règles du jeu international s'effritent, et personne ne sait vraiment ce qui les remplace.

Pourquoi la mort de Déby hante-t-elle encore le Tchad ?

Le 20 avril 2021, les Tchadiens apprenaient à la télévision la mort de leur président, tué lors d'affrontements avec des groupes rebelles. Cinq ans plus tard, Albert Pahimi Padacké, ancien Premier ministre et opposant du défunt maréchal, livre son récit à Jeune Afrique. Témoignage d'un homme qui a servi le pouvoir avant de le contester — donc à lire avec la distance qu'exige sa position.

Pour le Maroc, ce cinquième anniversaire n'est pas anodin. Le Tchad reste un maillon essentiel de l'architecture sécuritaire sahélienne, cette région où Rabat cherche patiemment à étendre son influence diplomatique face aux ruptures successives avec Alger, Bamako et Ouagadougou. La succession dynastique opérée au profit de Mahamat Idriss Déby — sur laquelle Padacké ne se prononce pas dans l'extrait disponible — a verrouillé le pouvoir sans réellement trancher la question posée en 2021 : qui gouverne vraiment N'Djamena, et pour le compte de qui ? Pour les diplomaties africaines, dont le Maroc, la réponse conditionne les alliances de demain.

Iran-États-Unis : pourquoi Téhéran refuse de parler sous blocus ?

L'histoire se répète, toujours un peu plus crispée. Donald Trump a annoncé dimanche l'envoi d'une délégation américaine à Islamabad ce lundi, pour un deuxième cycle de pourparlers avec l'Iran sur un accord de paix, rapporte Courrier international. Réponse immédiate de Téhéran : pas de discussions tant que le blocus naval américain ne sera pas levé. L'hôtel Serena de la capitale pakistanaise, photographié dimanche sous haute sécurité selon l'AFP, pourrait donc rester vide.

Le choix d'Islamabad comme terrain de négociation en dit long sur la cartographie actuelle des influences. Le Pakistan, longtemps satellite américain, joue désormais les médiateurs entre Washington et un voisin iranien qu'il refuse d'isoler. Le blocus naval évoqué par Téhéran — sans que les sources précisent son périmètre exact — rappelle le précédent du détroit d'Ormuz, ce goulot d'étranglement où transite un tiers du pétrole mondial.

Pour le Maroc, qui importe une part significative de ses hydrocarbures et dont l'économie reste exposée aux soubresauts des prix de l'énergie, la suite compte. Une désescalade profiterait à tous les importateurs nets du Sud méditerranéen. Une escalade, elle, pèserait sur la facture à la pompe de Casablanca à Oujda. Trump annonce, Téhéran conditionne : le spectacle diplomatique se joue à guichets fermés, mais l'addition arrive partout.

Bulgarie : que cherche vraiment Rumen Radev ?

Pendant que Washington et Téhéran se regardent en chiens de faïence, la Bulgarie votait dimanche. Courrier international rapporte les déclarations de Rumen Radev, ancien président et désormais dirigeant de la coalition « Bulgarie progressiste », au siège de son parti après la fermeture des bureaux de vote à Sofia. Les résultats complets ne sont pas détaillés dans les sources disponibles — prudence, donc, sur toute conclusion définitive.

Ce qui se dessine en revanche, c'est le mouvement plus large : après les législatives françaises, allemandes et désormais bulgares, le vieux continent ne cesse de rejouer la même partition. Fragmentation, coalitions improbables, retour d'hommes politiques qu'on croyait retirés. Radev, ex-chef de l'État reconverti en leader d'opposition, incarne cette plasticité des élites européennes qui ne partent jamais vraiment.

Sofia n'est pas Rabat, mais cette instabilité chronique des partenaires européens a des conséquences concrètes pour le Maroc. L'UE reste le premier client commercial du royaume. Chaque gouvernement de coalition affaibli à Berlin, Paris ou Sofia est un gouvernement moins capable de porter une vision stratégique sur ses relations avec le voisinage sud.

Ce qu'il faut retenir

Trois scènes, une même mécanique : le vide. Vide politique au Tchad cinq ans après Déby, vide diplomatique entre Washington et Téhéran qui se parlent sans s'entendre, vide stratégique en Europe qui vote sans trancher. Pour Rabat, la leçon est connue : dans un monde de vides, seuls ceux qui arrivent avec un projet clair tiennent leur rang. Reste à voir si la diplomatie marocaine saura transformer ce moment de flottement global en gains tangibles — en Afrique, en Méditerranée, et au-delà.