Culture et environnement : le pétrole carbure, les costumes flamboient

Oxfam chiffre les superprofits fossiles à 3 000 dollars la seconde, le cadmium s'invite dans nos assiettes, et Moulins célèbre vingt ans de costumes de scène.

Culture et environnement : le pétrole carbure, les costumes flamboient
Photo de Raden Prasetya sur Unsplash

Pendant que six majors pétrolières empochent 3 000 dollars de bénéfices à la seconde, un métal cancérogène imprègne tranquillement les Français et un musée auvergnat fête ses vingt ans en sortant ses tigres d'opéra. La culture et l'environnement, ce lundi, dessinent la même carte : celle d'un pays qui sait protéger ses costumes mieux que ses sols. Bienvenue dans la France du tri sélectif inversé.

Pourquoi les fossiles encaissent-ils 3 000 dollars par seconde ?

Le chiffre est signé Oxfam, publié ce 27 avril, et il fait mal. Selon le rapport relayé par Reporterre, six des plus grandes entreprises du secteur des énergies fossiles devraient engranger en 2026 près de 3 000 dollars — environ 2 560 euros — de bénéfices à la seconde. Pas par jour. Pas par minute. Par seconde.

Le timing n'est pas anodin. Le rapport tombe pendant que se tient à Santa Marta, en Colombie, un sommet international inédit dédié à la sortie des hydrocarbures. Une tentative diplomatique née d'un constat : les COP n'ont pas tenu. Trop de blocages, trop de pétro-États, trop de lobbies dans les couloirs. Les climatosceptiques au pouvoir — Donald Trump, Javier Milei et leurs alliés — ne se sont d'ailleurs pas déplacés.

Et en arrière-plan, ce que documente Le Monde ce week-end : la guerre au Moyen-Orient relance l'appétit des majors. La hausse des prix du brut encourage l'industrie à chercher de nouveaux gisements. Chaque baril supplémentaire arraché au sous-sol vaut désormais davantage. Le conflit comme accélérateur d'extraction. La géopolitique comme prime à la pollution. On objectera que c'est mécanique. C'est aussi très commode.

Cadmium dans nos assiettes : qui paie l'addition ?

Pendant que le pétrole carbure, le cadmium s'installe à table. Ce métal lourd cancérogène imprègne une majorité de Français, rapporte Le Monde. Un dépistage remboursé arrivera cet été, mais réservé aux personnes « potentiellement surexposées » selon leur lieu de résidence. Les médecins jugent le périmètre « trop restrictif ». Les Français, eux, ont le droit de savoir, plaident-ils.

Dans une tribune au même quotidien, la médecin et chercheuse Anne Sénéquier élargit le diagnostic : « A force de privilégier les volumes, la sécurité alimentaire a relégué au second plan la sécurité sanitaire. » La phrase est posée, mais elle frappe. Les dégradations des milieux finissent par se retrouver dans ce qu'on boit et ce qu'on mange. Le modèle agricole productiviste a longtemps opposé production et santé comme deux mondes étrangers. Le cadmium les réconcilie de force.

Tout cela compose un même paysage : on extrait à grande échelle, on rentabilise au maximum, on dépiste a minima. Le coût est privatisé pour les firmes, socialisé pour les corps.

Comment le CNCS de Moulins est-il devenu un musée populaire ?

Heureusement, il y a Moulins. Le Centre national du costume et de la scène fête ses vingt ans avec une exposition baptisée « Tous en scène ! », rapporte Le Monde. À l'affiche, le costume du Tigre conçu par Jean-Marc Stehlé pour La Flûte enchantée à l'Opéra de Paris en 2000. Derrière, 10 000 costumes conservés, étudiés, restaurés.

L'institution s'est imposée comme un lieu de visite populaire et un centre de recherche sur la valeur patrimoniale des habits de scène. Vingt ans pour transformer une sous-préfecture de l'Allier en référence muséale européenne du textile vivant. C'est rare, c'est tenace, c'est précieux. Le récit français du déclin culturel oublie souvent ces chantiers patients qui réussissent.

Dans un autre registre, à Chaillot-Théâtre national de la danse, le Collectif ÈS revisite About Lambada, le tube planétaire de 1989. La trio à la tête du Centre chorégraphique national d'Orléans cherche, selon Le Monde, à conserver l'énergie festive du morceau tout en réinterrogeant ses sonorités. Ressusciter un succès commercial pour l'analyser sur scène : voilà aussi une manière de patrimonialiser, sans muséifier.

Ce qu'il faut retenir

Les superprofits fossiles fracassent les bonnes intentions climatiques au moment précis où Santa Marta tente de relancer la conversation. Le cadmium révèle l'angle mort de notre modèle agricole : on a confondu nourrir et protéger. Et pendant ce temps, à Moulins comme à Chaillot, la culture continue de faire son travail — préserver, transmettre, réinterpréter — avec des moyens infiniment plus modestes que ceux d'une seule major pétrolière en une journée.