Strasbourg, périscolaire, EPA : une France qui perd ses repères

Revue de presse du 10 avril 2026
Dernière mise à jour : 00:48


Ce jeudi soir, la France ne parle pas d'une seule voix. À Mayence, Strasbourg s'effondre face à une équipe de milieu de tableau allemand et voit ses espoirs européens s'évaporer. À Paris, le Paris Basketball démonte le Maccabi Tel-Aviv avec une aisance déconcertante. Sur le front social, le gouvernement déploie des mesures pour les agriculteurs en détresse — la FNSEA lui répond d'un revers de main. Dans les écoles maternelles de la capitale, des parents créent leur propre réseau de garde pour ne plus dépendre d'une mairie en laquelle ils n'ont plus confiance. Pendant ce temps, au Palais de justice, Sarkozy tient toujours debout. Et depuis Washington, l'administrateur de l'EPA américaine faisait de la tribune climatosceptique sa nouvelle scène officielle. Une journée sans grand fil conducteur, sinon celui-là : les institutions déçoivent, les individus s'adaptent.

Strasbourg dominé, Paris Basket souverain : soirée européenne en deux tableaux

Le Racing Club de Strasbourg avait rendez-vous avec l'histoire ce jeudi : un quart de finale aller de Ligue Europa Conférence, à Mayence, contre le neuvième de Bundesliga. Pas un favori, pas un épouvantail — une équipe prenable sur le papier.

Sur le terrain, le scénario n'a rien eu de théorique. Les Alsaciens ont été dominés de bout en bout, submergés au milieu de terrain, incapables de peser offensivement. Côté allemand, le Japonais Kaishū Sano a régné. La demi-finale semble désormais hors de portée, à moins d'un retournement spectaculaire au match retour à la Meinau — genre d'exercice dans lequel l'histoire récente des clubs français en Europe n'est guère encourageante.

Le contraste avec Paris Basketball est saisissant. À l'Adidas Arena, les coéquipiers de Nadir Hifi ont infligé une correction de 113 à 80 au Maccabi Tel-Aviv en Euroligue — leur bilan le plus flatteur de la campagne — deux jours seulement après leur première défaite de l'ère Julius Thomas. La réponse était attendue ; elle a été cinglante. Le Paris Basket consolide une crédibilité européenne qui commence à forcer le respect bien au-delà des frontières françaises.

En Ligue Europa, Aston Villa a pris une option sérieuse sur les demi-finales en s'imposant à Bologne. Porto, lui, a trébuché. Le football britannique continue d'occuper l'espace que les clubs français peinent à remplir de manière consistante.

Agriculteurs : des cotisations prises en charge, mais loin du compte

Le gouvernement a annoncé jeudi un dispositif de prise en charge des cotisations sociales pour les exploitants agricoles les plus fragilisés. La mesure vise à amortir la flambée des coûts — carburants et engrais alourdis par les tensions au Moyen-Orient. Des exploitations déjà vulnérables avant la crise absorbent aujourd'hui des surcoûts difficilement compensables par les revenus du marché.

La réaction de la FNSEA a eu le mérite de la clarté : mesures "largement insuffisantes". Trois membres du gouvernement s'étaient réunis pour présenter le plan — Stéphanie Rist, Jean-Pierre Farandou, David Amiel. La force du nombre n'a pas comblé la faiblesse du fond.

Ce décalage n'est pas nouveau, mais il se creuse. Les agriculteurs, las d'attendre une réponse structurelle, reçoivent depuis des années des chèques symboliques et des promesses de concertation. La confiance, elle, reste en jachère.

Périscolaire parisien : quand les familles font sécession

C'est l'une des histoires les plus révélatrices de ce jeudi. Selon Le Figaro, des familles parisiennes s'organisent en dehors des structures périscolaires municipales, en réponse directe à une multiplication de plaintes pour violences sexuelles commises par des animateurs dans des écoles maternelles de la capitale.

"La mairie abandonne nos enfants" : la formule dit tout d'un sentiment de trahison institutionnelle. Ces parents ne protestent pas — ils partent. Ils construisent des réseaux de garde partagée, préférant l'incertitude du système D à la confiance dans un service public qui n'a pas su protéger leurs enfants.

La mairie de Paris n'a pour l'heure pas communiqué sur l'ampleur des affaires en cours, ni sur les mesures correctives engagées. Ce silence-là ne ressemble pas à de la discrétion. Il ressemble à de l'évitement.

Sarkozy résiste, l'accusation recule

Au Palais de justice, le procès du financement libyen présumé de la campagne de 2007 a connu un retournement inattendu. Selon Le Figaro, les attaques des parties civiles et de l'avocat général ont paradoxalement offert à Nicolas Sarkozy — qui avait connu des séquences difficiles les jours précédents — la possibilité de reprendre pied et de structurer sa défense plus solidement.

Ce procès est un marathon judiciaire. Sarkozy, rompu aux longues batailles juridiques, n'a rien cédé jeudi. L'issue reste incertaine, mais sa résistance aux assauts du jour est documentée. Le procès continue.

Aux États-Unis, le climatoscepticisme est désormais politique officielle

Depuis Washington, un événement qui dépasse le cadre américain. Pour la première fois dans son histoire, l'Agence de protection de l'environnement des États-Unis a vu son administrateur, Lee Zeldin, s'exprimer lors d'une conférence du Heartland Institute — l'un des centres névralgiques du climatoscepticisme américain, selon Le Monde.

Ce n'est pas une anecdote. C'est l'officialisation d'un tournant. L'agence censée protéger l'environnement américain s'aligne désormais publiquement avec des organisations qui contestent le consensus scientifique sur le dérèglement climatique. Pour l'Europe, engagée dans une transition énergétique coûteuse et politiquement risquée, ce positionnement américain efface les derniers espoirs d'un partenariat climatique transatlantique cohérent. L'accord de Paris avait survécu au premier mandat Trump. Le second enterre l'idée même d'une convergence.