Football : Strasbourg en demi-finale, l'Italie en chute libre
RC Strasbourg atteint sa première demi-finale européenne en renversant Mayence (4-0), pendant que l'Italie rate son 3e Mondial consécutif. Histoire et déclin.
Revue de presse du 17 avril 2026
Dernière mise à jour : 07:20
La semaine footballistique européenne avait deux visages ce jeudi : l'Alsace en fête, la Botte en deuil. D'un côté, Strasbourg qui entre dans l'histoire par la grande porte. De l'autre, l'Italie qui confirme, pour la troisième fois consécutive, qu'elle est devenue une puissance fantôme. Et quelque part entre les deux, un contrat à 100 000 euros par mois qui ravive les vieux fantômes du foot-business à la française.
Strasbourg fait ce que personne n'attendait
Renversement complet. Battus 2-0 à l'aller sur la pelouse de Mayence, les Alsaciens ont tout démoli jeudi soir à La Meinau : 4-0, qualification pour la première demi-finale européenne de l'histoire du club. Le RC Strasbourg affrontera les Espagnols du Rayo Vallecano pour une place en finale de la Ligue Conférence.
Ce qui frappe dans ce retournement, c'est la tenue mentale. Perdre à l'aller en déplacement puis revenir comme ça exige une solidité collective que peu de clubs français ont montrée ces dernières années en compétition européenne. Julio Enciso, le milieu paraguayen, a été étincelant selon Le Monde. Valentin Barco a été excellent sur le côté gauche, d'après Le Figaro. Emmanuel Emegha, entré en seconde période après avoir raté un penalty, a inscrit de la tête le but qui a mis son équipe définitivement à l'abri. Quant à Gary O'Neil, le coach anglais du Racing, il n'a pas caché son émotion à L'Équipe : « Un match dont je me rappellerai toute ma vie. »
C'est l'histoire d'un club qui revient de loin — passé par la Ligue 2, loin des projecteurs parisiens — et qui se retrouve aujourd'hui à disputer des demi-finales européennes. Dans un paysage footballistique français écrasé depuis une décennie par l'hégémonie d'une seule écurie, quelque chose d'assez rafraîchissant se passe du côté du Rhin.
L'Italie, troisième avertissement sans frais
Pendant que la France célèbre Strasbourg, l'Italie encaisse son troisième fiasco consécutif : la Nazionale ne sera pas au Mondial 2026. Battue aux tirs au but par la Bosnie-Herzégovine en éliminatoires, éliminée dès le premier tour de qualification. Troisième Coupe du monde de suite manquée depuis le sacre de 2006.
Le Monde pose un diagnostic sans appel : le football transalpin n'a pas su se réinventer après cette victoire planétaire. Vingt ans de frilosité tactique, de culture défensive qui a atrophié l'imagination offensive, d'académies qui recyclent plus qu'elles ne forment. Le résultat est là, cinglant.
Ce qui rend ce cas particulièrement révélateur, c'est que l'Italie ne manque pas de ressources. La Serie A attire des investissements massifs, les clubs italiens restent actifs sur les marchés de transferts. Mais la sélection nationale paie la facture d'un football de club qui a préféré importer des talents plutôt qu'en produire. Une génération perdue, probablement deux.
Pour la France, qui envoie déjà deux clubs en demi-finale européenne cette semaine — le PSG en Ligue des champions, Strasbourg en Conférence — le contraste de dynamique avec l'Italie est frappant. La puissance de formation française, longtemps théorique, commence à s'incarner concrètement dans les résultats.
Le LOSC et le fantôme des 100 000 euros mensuels
Moins glamour, mais tout aussi symptomatique. L'Équipe révèle l'existence d'un contrat liant le LOSC au CS Fola — club luxembourgeois dont Gérard Lopez, l'ancien propriétaire lillois, est originaire — entre septembre 2017 et août 2018. La somme engagée : 100 000 euros par mois. L'intérêt sportif pour le club nordiste dans cette opération : nébuleux.
Ce type de dossier cristallise ce que beaucoup soupçonnent depuis longtemps : les flux financiers dans le football professionnel ressemblent parfois moins à de la gestion sportive qu'à de la plomberie comptable dont personne ne détaille les canalisations. Gérard Lopez a quitté le LOSC en 2023 dans des circonstances elles-mêmes troubles. Cette révélation ravive des interrogations sur la gouvernance du club pendant son passage à la tête du Racing. L'Équipe ne mentionne aucune procédure judiciaire en cours à ce stade — les faits rapportés restent des questions, pas des verdicts. Mais l'existence d'un tel contrat à l'objet inexpliqué dit quelque chose sur la culture de transparence du foot professionnel français.
Combien de dossiers comparables attendent encore dans des tiroirs, dans d'autres clubs ?
Ce qu'il faut retenir
Une soirée qui résume assez bien l'état du football européen. Strasbourg, l'outsider, réinvente l'histoire d'un club par le bas, à coups de résilience et d'un entraîneur qui y croit. L'Italie, l'institution héritière d'une légende, continue de payer sa rente de situation en monnaie de fiasco. Et le foot-business, lui, ne change pas vraiment de nature — il change juste d'adresse et de propriétaire.