Sortie du fossile : 50 pays en Colombie, sans les vrais coupables

Cinquante pays à Bogotá pour parler de la fin du fossile — sans les États-Unis, la Chine ni l'Inde. En Sologne, on braconnie. Theodora, elle, règne.

Sortie du fossile : 50 pays en Colombie, sans les vrais coupables
Photo de Cinq1 sur Unsplash

Revue de presse du 24 avril 2026
Dernière mise à jour : 07:29


Cinquante pays. Pas les bons. C'est le bilan diplomatique du sommet de Bogotá qui s'ouvre cette semaine en Colombie — première réunion internationale consacrée explicitement à la sortie des énergies fossiles. La France et l'Union européenne y participent. Les États-Unis, la Chine et l'Inde, non.

La Colombie joue les éclaireurs — sur un volcan

Le paradoxe est saisissant : c'est l'un des grands producteurs de charbon et de pétrole de la planète qui convoque le monde pour parler d'y mettre fin. Le président Gustavo Petro rêve de faire de son pays le fer de lance de la transition énergétique mondiale, rapporte Libération. L'ambition est réelle. La contradiction l'est tout autant.

Mais ce qui frappe davantage, c'est ce que cette réunion révèle sur l'état du multilatéralisme climatique. Selon Le Monde, ce sommet "acte l'échec du processus onusien à aborder de front cette question centrale dans la lutte contre le dérèglement climatique." Trente ans de COP, et personne n'avait encore réussi à convoquer une réunion spécifiquement dédiée à la sortie du charbon, du pétrole et du gaz. Ce sommet bogotain est une première. Et une fracture.

Sans Washington, Pékin et New Delhi — qui concentrent ensemble la majorité des émissions mondiales — on risque de réunir un club de convaincus sans contraindre les récalcitrants. C'est le péché originel du multilatéralisme climatique. L'Europe a beau signer tous les communiqués, elle ne pèse plus que 7 % des émissions mondiales. Les vraies décisions se prennent ailleurs. Ou ne se prennent pas. Bogotá sera au mieux un signal politique. Au pire, une vitrine.

Sologne : le braconnage des riches

Pendant qu'on négocie le climat en Colombie, en Sologne, on massacre en toute discrétion. Selon Le Monde, derrière les 4 000 kilomètres de grillages qui encerclent les grands domaines privés, de riches propriétaires s'adonnent à des pratiques de chasse illégales : pièges à mâchoires, toxiques interdits, battues démesurées. Six prévenus seront jugés en correctionnelle les 7 et 8 septembre prochains pour "destruction d'espèces protégées en bande organisée."

Ce n'est pas un fait divers rural. C'est un révélateur de classe. Ces domaines gigantesques et fermés ont toujours fonctionné comme des zones d'exception. On y chasse ce qu'on veut, comme on veut, à l'abri des regards. La Sologne, c'est la France des enclos — celle qui s'exonère des règles communes au nom d'un droit de propriété érigé en absolu. La buse, le héron, l'espèce protégée : ils n'ont pas de lobby. Les propriétaires terriens, si.

Que six personnes soient finalement renvoyées en correctionnelle est en soi notable. La justice cynégétique est historiquement clémente avec les puissants. Le procès de septembre dira si les grillages sont assez hauts pour bloquer aussi les condamnations.

Theodora règne, Céline divise

La nuit de jeudi a sacré Theodora. Cinq trophées aux Flammes 2026 — artiste féminine, meilleur album, meilleur clip, meilleure cover, nouvelle pop — pour celle qui incarne aujourd'hui la pop francophone dans ce qu'elle a de plus affûté. Gims a raflé le prix du meilleur artiste masculin, Hamza celui du meilleur morceau de l'année. La cérémonie, décrite par Le Monde comme "plus maîtrisée, mieux animée", tranche avec les éditions précédentes. Les Flammes sont en train de devenir ce que les Victoires de la musique ne sont plus : un baromètre fiable de l'état de la pop française.

En miroir, la polémique Céline Dion mérite un regard. Près de 500 000 billets vendus pour des concerts parisiens à l'automne — un chiffre qui laisse sans voix. Michel Guerrin, rédacteur en chef au Monde, s'interroge dans sa chronique sur les raisons qui poussent à aimer — ou à détester — la chanteuse. La question est moins anodine qu'elle y paraît. Adorer Céline Dion ou mépriser ceux qui l'adorent, les deux postures disent quelque chose sur celui qui parle — sur son rapport à la légitimité culturelle, à la culture populaire, au mépris de classe ordinaire que l'on drape volontiers en exigence artistique. Pendant ce temps, les 500 000 billets sont partis.

Ce qu'il faut retenir

Bogotá signe une rupture de méthode dans la diplomatie climatique : on sort enfin du vague onusien pour nommer l'ennemi — le fossile — sans pour autant avoir les principaux responsables à la table. Courageux ou vain, probablement les deux à la fois. En Sologne, six hommes vont devoir répondre de pratiques que des décennies d'impunité privée ont normalisées — un procès à suivre comme un test de la justice environnementale française. Et pendant ce temps, Theodora s'impose comme la voix d'une pop francophone qui a enfin retrouvé de la vertèbre.